Catherine Pozzi – Ave


manuscrit enluminé Atelier de Jörg Breu le Jeune mi XVIè siècle Très haut amour, s’il se peut que je meure Sans avoir su d’où je vous possédais, En quel soleil était votre demeure En quel passé votre temps, en quelle heure Je vous aimais, Très haut amour qui passez la mémoire, Feu sans foyer dont j’ai fait tout mon jour, En quel destin vous traciez … Continuer de lire Catherine Pozzi – Ave

Michel Pierre – Un seul mot


À l’intérieur d’un seul mot vous ne respirez plus. La phrase vous laisse l’oxygène indispensable pour en revenir à l’idée, elle-même ombre du paradoxe qui retenait vos poings liés à la page blanche. Sinon des animaux sauvages s’emparent de votre délire. Vous parcourez toutes les savanes, remontez les déluges, appliquez à votre mémoire le vide circonstancié qui aspire faits et gestes anciens, lesquels couturent votre … Continuer de lire Michel Pierre – Un seul mot

Gérard Pons – le ciel


peinture Eugène Boudin, musée du Havre Le ciel vierge de toute mémoirelaisse courir les nuages.Le solitaire démentcompte les étoilesdans sa douce euphorieet recommence chaque soirson festin de désir.Exils La mer dans son rôlepromenait les rêvesjusqu’au pied des remparts.La citadellecomme un poing fermé sur une tablepriait le cielde ses créneaux inutileset de ses meurtrières sans âme.Au milieu des roseauxagenouillée dans le tempspierres sur pierresérodées par les ventsne … Continuer de lire Gérard Pons – le ciel

revenir sur la confusion des paroles et des rêves – ( RC )


image – montage RC Les vagues souvenirsfont partie d’un toutque l’on emportesans s’en apercevoir,comme les oiseaux perchésemportent les imagesdes pays traverséssur le toit des églises. Esquisses de l’estompe,avant que la mémoire ne s’effacele carnet de poèmesa tout du sommeil de l’enfanceinterrompu inopinémentmais vers lequel on retourne,en feuilletant ces cahiersoubliés dans le carton.. C’est revenir fréquenterla confusion des paroles et des rêvesrevenir sur les hivers,les arbres … Continuer de lire revenir sur la confusion des paroles et des rêves – ( RC )

Tristan Corbière – fleur d’art


Oui – Quel art jaloux dans Ta fine histoire!Quels bibelots chers ! – Un bout de sonnet,Un cœur gravé dans ta manière noire,Des traits de canif à coups de stylet. – Tout fier mon cœur porte à la boutonnièreQue tu lui taillas, un petit bouquetD’immortelle rouge – Encor ta manière –C’est du sang en fleur. Souvenir coquet. Allons, pas de pleurs à notre mémoire !– … Continuer de lire Tristan Corbière – fleur d’art

Alain Bosquet – même la rose…


Même la rose, voyez-vous,avait appris a mentir. Mêmel’encre si douce des pigeonsservait à falsifier l’aurore.Comprenez bien! les jeunes femmesétaient perdues, car de leurs yeuxon retirait tous les matinsun peuple entier d’étoiles mortes.Même les mots, vous l’ai-je dit ?étaient des puces qu’on écrase.On n’a pas pu désinfecternotre pays de sa mémoire,et c’est ainsi qu’il a mêlécendre et froment, cheval et aube,amour et haine, homme et salive. … Continuer de lire Alain Bosquet – même la rose…

Paul Morand – Etrennes


Lire les visages et les mains,consulter les vêtements,surveiller l’usure des semelles,classer les tachesse fier aux initiales des chapeaux. INDÉPENDANT Je suis furieux de mon sommeil,je n’admets pas de syncopes,je ne suis pas doué pour le délire. IMPERMÉABLE Mais on ne lit jamaisqu’une même fortuneet qu’une même brûlante fatigueaux constellations obscures qui montentet tombentdans ce ciel rose et clos des paupières. INEVITABLE Faute de mémoireje n’ai … Continuer de lire Paul Morand – Etrennes

Lionel Bourg – les hauts-fonds de la mémoire


photo–> stèles arméniennes, probablement sur une des pentes proches du mont Ararat La succession des jours. Les nuits.L’espace dénudé, ravagé.L’effroi des stèles dressées comme si des mains les avaient su lever pour vouer on ne sait quel culte ou pour profaner l’innocence.Les eaux. L’étroite bande du ciel, plus loin, les ormes couchés dans la ravine. Au sortir de la forêt, de vieilles marches enfouies, les … Continuer de lire Lionel Bourg – les hauts-fonds de la mémoire

Richard Millet – Toute ma vie j’ai eu peur


dessin Ian Hodgson Toute ma vie j’ai eu peur. Peur de vivre, de mourir ? Non : pas même peur de moi ni de ces nuages que les vivants passent leur vie à redouter. Peut-être la peur est-elle une manière d’attendre, donc d’espoir. Je suis essentiellement un être espérant : j’ai la nostalgie de choses qui ont peut-être eu lieu tout en restant à venir. … Continuer de lire Richard Millet – Toute ma vie j’ai eu peur

Dans la tasse de lait – Susanne Derève , René Chabrière


Susanne Derève : Noyer la douleur dans la tasse de lait*je suis la rose errantefrêle pétale sous la peau claire du matinje suis cellequi arrache la douleur à la tasse de laitcelle qui porte de l’aube la déchirure blondedélivre de ses mains le vol clair des visagesqui partirent en fuméesecoue la poussière des mots et rompt le paindu repentirpères mères qui périrent sans l’ombre d’un adieusans … Continuer de lire Dans la tasse de lait – Susanne Derève , René Chabrière

Marcello Comitini – sur les ailes ( Sulle Ali )


dessin Odilon Redon Si je pouvais me glisser dans ses bras,je demanderais au vent de me porterlà où mes jambes tremblantesne peuvent plus me conduire. Je retrouverais les amis du passéne serait-ce que pour un salut,une étreinte, un regardqui me dirait que le tempsn’a pas consumé les années. Si le vent n’était pas pressé,il pourrait attendredans cette landedépourvue d’arbres pitoyablesque les images de longues années … Continuer de lire Marcello Comitini – sur les ailes ( Sulle Ali )

Jean-Claude Valin – garde-fou


Les oiseaux de l’enclosOnt cousu la journée.Pas une brindille de tempsQui n’ait tissé l’espaceoù je m’abandonnai.Les arbres protégeaientMa folie avec leurs bras,Bonne vieille familleAu bord du ciel profond.Je faisais semblant de tomberDans ma mémoire.Sans risque ; le présentavait pelouses, allées et parterres. – extrait de « la mort née » Continuer de lire Jean-Claude Valin – garde-fou

Odile Steffan-Guillaume – ocres


Ocres des originesLa brune, pierre d’aigleLimonite sombre La jaune, ambréeGoethite éclatanteDes termitières phalliques La rouge, pariétaleHématite sanglanteDes collines d’Afrique Je creuserai au couteauLes plaies de la terreSillons de latériteSur un fond craquelé Saupoudrerai de pigmentsLe large aplat fauvePuis empâterai la toileD’ocre rouge Savane rousse calcinéeSouffle brûlantSur ma peau tannéeTatouée par les vents Les ocres brutesFigent le mystèreMordent la mémoire @odilesteffanguillaume Continuer de lire Odile Steffan-Guillaume – ocres

John Ibocono – Il est 5 heures, Lyon s’éveille…


Il est 5 heures, Lyon s’éveille… 5h00 et quelques poussières d’étoiles tout là-haut dans le ciel… On entend déjà dans la nuit d’un matin récalcitrant le bruit de quelques moteurs qui commencent à s’agiter sur les avenues de la ville tandis que les tramways remplissent déjà leur office… « Il est 5h00 Lyon s’éveille ». Il est 5h00, il fait humide et frisquet en ville … Continuer de lire John Ibocono – Il est 5 heures, Lyon s’éveille…

Petite mère – Susanne Derève


Ceux qui les ont lus sur le blog au fil des mois savent combien me tiennent à cœur ces Petite mère, écrits lors des visites rendues à ma mère bientôt centenaire, atteinte d’une maladie d’Alzheimer.Ces poèmes m’auront sans doute permis de trouver la manière de lui parler encore. Les voici rassemblés dans un recueil qui a reçu en Février le Prix des Trouvères Lycéens 2025 … Continuer de lire Petite mère – Susanne Derève

En habit de printemps – Susanne Derève


Ville en habit de printempsconstellée d’étoilesde sèvefrissonnant des froides brises de mer-nuage d’aube et de fleurs ville vernalecombien de temps pour tes noces d’ivoirecombien d’annéespour dépouiller ton vêtementde cendre ta tunique de deuil Le vent défait ton frais linceulmoissonne au long des rues des voléesde pétales de blanches fenaisonsqui fleurissent les vagues -ville féconde Continuer de lire En habit de printemps – Susanne Derève

Alain Duault – La vie est un bateau


photo RC – le G 90 en partance – lors des fêtes maritimes de Brest 2024 La vie est un bateau qui vient de l’horizon loin petitSi petit puis qui grandit s’approche gonfle ses voilesBarre bientôt tout l’horizon semble remplir le portPuis s’éloigne trop vite diminue s’efface de la vueDisparaît ne laissant rien sur les doigts de mémoireQu’un peu de vent Continuer de lire Alain Duault – La vie est un bateau

Claude Saguet – Belle, pour quel désert suis-je promis ?


– Belle, pour quel désert suis-je promis, pour quel autre désert s’il faut, à chaque instant, retrouver sa solitude dans tous les yeux qui passent ? Lorsque les routes se dédoublent et s’amoncellent les fleuves ; lorsque lentement, dans le matin, s’élève l’haleine rouge des heures, je voudrais m’ouvrir comme une parole privée d’air depuis longtemps. La mer, de tous ces plis, m’apporte des chants … Continuer de lire Claude Saguet – Belle, pour quel désert suis-je promis ?

Alain Paire – Mantegna et la mort de la Vierge


.. J’ai souvent regardé La Mort de la Vierge,les grandes palmes sombres de l’Ange de Mantegna,l’écume d’un chemin nacré parmi les eaux de la lagune. Peut-être n’était-ce pas ce tableau que je contemplais.Mais plutôt, dissipant lentement les ombres du labyrinthe,sans envers ni lointains, sans même l’espace d’une voix ,le miroir de l’absente qui appelle encore, qui revient près de nous. Et toujours les mêmes signes … Continuer de lire Alain Paire – Mantegna et la mort de la Vierge

Nataneli – mélodie mélancolique


Musiciens yiddish – La musique Klezmer – Une complainte s’élève d’outre-tombe. J’entends au loin le souffle d’une clarinette qui vagabonde. Plus émouvante qu’une photo, plus parlante que des mots, cette mélodie ranime en quelques notes toute ma mémoire. Un flot de souvenirs, du fond de ma jeunesse, ressurgit et les mains pleines de tendresse, sur les genoux de papa , je chante et il sourit. … Continuer de lire Nataneli – mélodie mélancolique

Blanc sur blanc – ( RC )


La lune fait sa propre peinture,Quand tu es réveillée,au parcours de ton corps. C’est l’esprit de la nuit,Qui te repeint en blanc,Blanc sur blanc, Et seule l’ombre sur les draps,Dessine ta présenceLorsque tu sors des rêves. Le souffle de la mémoire,Prend une craie blanche,Pour s’inviter, Dessiner sur ta bouche ,Des souvenirs blafards,Infiltrés d’entre nuages — Faux témoins,Du parcours des heures,Traversant la nuit… –RC – août … Continuer de lire Blanc sur blanc – ( RC )

Cendres répandues – ( RC )


Les cendres se sont répanduescomme une traînée de poudre.Devrais-je reconstituer point par pointl’image de ton âmequi les a habitées ?Trop légères pour qu’on puisse les attraper,je les ai disperséescomme tu me l’as demandéau-dessus des océanspour que le souvenirrevienne à intervalles réguliers,à chaque maréebaignant les roches noiresd’un peu de ta mémoire. Continuer de lire Cendres répandues – ( RC )

Jacques Garelli – le geste minima – U Minimu Gestu


.peinture – auteur non identifié U Minimu Gestu Vous entendez ce bruit? plusieurs fois, déjàsans pouvoir le nommer, c’est juste une voix dans les feuilles, quelque chosedisantmoi, je viens du silence. une phrase connue.et pourtantrien à chercher dans la main, pas d’eau claire.mais la sueur qu’un chien au regard doux lèchera plus tard.rien du froid, ce moment où vous avez bu au trouble pour chasser … Continuer de lire Jacques Garelli – le geste minima – U Minimu Gestu

Carte postale de l’enfance – ( RC )


                     Il y a ceux qui prétendentrevenir sur les traces de leur enfance,ressentir les jardins d’antan,        grimper aux noisetiers,        parcourir les alléesqui n’étaient pas encore bétonnées.          Mais l’enfance est loin derrière,et même à revenir dans la mémoire,                    … Continuer de lire Carte postale de l’enfance – ( RC )

Michel Batifoille – quelques lunettes


peinture Anthony Cudahy Raymonde était très myopeNul ne saura si elle a vu de loin sa mort venirToutes ses lunettes que j’ai gardéesne lui pourront maintenant ouvrir les yeuxJe fouille l’obscur sous des papiers sans âgeet des aiguilles à tricoter inusablesQue remonte en surfacela noria des souvenirs qui s’emballe ?Nous oublieronstout ce dont sa mémoire portait traceJe n’ai pas toujours vu ce que tu ne … Continuer de lire Michel Batifoille – quelques lunettes

Marine Giangregorio – le chant de la rivière dans la bouche


sculpture Gerhard Demetz  J’ai le chant de la rivière dans la boucheet le feu de la lumière sur la peauTout ne cesse de couler et brûler dans ma mémoireles racines de ce temps croissent dans mes oset les os se souviennent m’a dit la terre du vieux saulequi murmure à l’oreille d’une ferme en ruineLe sang de ce beau afflue, par toutes les veines du … Continuer de lire Marine Giangregorio – le chant de la rivière dans la bouche

Ledo Ivo – sonnet de la conciliation


artiste non identifié Que l’amour ne me trompe pas, comme la brumeretient une sécurité imprévue.Avant tout, maintenez le sol sur lequel reposece qui sera perdu comme l’écume. Je vois que j’ai été élu mais sansraison pour le faire, et sans mémoirepour juste profiter et éviterque l’amour ne s’en aille vers nulle part. Cela aussi ignore précisémentle motif réel de l’offre,Alors rassemblez l’essentiel et l’accessoire. Avant … Continuer de lire Ledo Ivo – sonnet de la conciliation

Charles Dobzynski- vers ce futur


peinture Jean Bradley J’irai là où le sort refuse que l’on soitrien d’autre que le squatter des rencontres hasardeuses,-le marginal des jours bâtards, laissés à quai,le nomade des trains manqués, des transits sans issue.J’irai où l’on se perd. Les yeux à mauvais port,je sais comment les regards s’y sabordent.J’irai là où l’espoir mendie sa propre image,là où les éboueurs collectent les emballages perdusde notre mémoire, … Continuer de lire Charles Dobzynski- vers ce futur

Michel Baglin – à peine un peu d’écume


peinture Léon Spillaert Une vie,  à peine un peud’écume dans son sillage,   guère plus de tracesque l’oiseau n’en laissedans l’air qu’il fend. Une vie, ce qu’il en reste,cette traînée d’imagesdans les mémoires amiess’évaporant avec les ans. Un vie, une voile, un vol ,un grain de lumièredans les sillons du vent. Continuer de lire Michel Baglin – à peine un peu d’écume

Jorge Luis BORGES – Elégie de l’impossible souvenir


Que ne donnerais-je pas pour la mémoired’une rue de terre bordée de muretset d’un grand cavalier emplissant l’aube(le poncho est long et râpé)un jour quelconque de la plaine,un jour sans date.Que ne donnerais-je pas pour la mémoirede ma mère regardant le matinà l’estancia Sainte-Irènesans savoir qu’elle allait s’appeler Borges.Que ne donnerais-je pas pour la mémoirede m’être battu à Cepedaet d’avoir vu Estanislao del Camposaluer la … Continuer de lire Jorge Luis BORGES – Elégie de l’impossible souvenir