Jean Tardieu – pinceaux et combat


peinture W de Kooning Je prends alors mes pinceaux. J’engage un combat géant. Je me veux mesurer avec ce qui me dévore. Je veux exprimer avec des lignes et des couleurs (oh l’armement le plus léger !) mes angoisses ou mon délire, mon ivresse, mon secret vertige.Ce que j’aurai sorti de l’ombre de moi-même, brillera comme l’or et sera hors du temps. Il suffira d’un … Continuer de lire Jean Tardieu – pinceaux et combat

Face obscure, galbe d’une tête ronde – ( RC )


peinture Tina Berning Diary 01/11/17  Face obscure ,galbe d’une tête ronde:ce n’est pas la luneaprès la nuit les notes aigües sur la terrene donnent pas de blésau jour jalouxle sourcil répété à l’envi et le baiser gelé de l’hiveraura la bouche ferméedouble aspect du visageinstallé sur fond cerise avec une neige précoceun crépuscule de papiers collésrassemblés par hasardsoulignés de traits noirs l’aube de ton regardet … Continuer de lire Face obscure, galbe d’une tête ronde – ( RC )

Xavier Monnet – Et plus rien ne luttait


Le froissement d’un regardL’échancrure de la baieLa pénombre se pareDe tes larmes séchéesSous le voile des mânesTes mains tendues en vainDans l’onde courtisaneTu dérives sans finAu profond les remordsEmportés à jamaisEt les bruits étaient mortsEt plus rien ne luttaitFleuves de feuLes soleils soudain noirsChaviraient l’horizonUn ciel, une chevelureDes vents au loin en pleursDans la suie, ce frisson…Les fleuves étaient de feuLes remords ruisselaientDe mille et … Continuer de lire Xavier Monnet – Et plus rien ne luttait

Claude Chambard – je t’écris –


photo R Chabrière – dunes Ste Marguerite, Finistère nord Je t’écris.Je suis ivre. Après soixante-douze heures passées à boire.Je t’écris, tenté par la méprise. Le malentendu.Un tumulte près des tempes.Une étape dans ce qui nous rejette. A peine une virgule.Il n’y a pas de petites décisions comme celle de n’être pas près de toi.Tu es là. La plupart du temps.Je traverse tous tes voyages.Je t’écris … Continuer de lire Claude Chambard – je t’écris –

Un ailleurs sur une terre qualifiée d’étrangère – (RC )


Allons savoirce qui se passe ailleursdans nos parcelles quotidiennes…Je ne te connais qu’un peu,( pas assez pour savoirde quel soleil tu te nourrisà l’autre bout de la terre ). Nos méridiens sont trop écartés,le monde est trop incompletpour tenirdans un seul esprit,( même notre regardne porte passur les mêmes étoiles ): les angles de vuepeut-être pittoresquesn’élargissent qu’un peunos connaissances,qui d’une rive,qui d’une montagne escarpée…chacun dans … Continuer de lire Un ailleurs sur une terre qualifiée d’étrangère – (RC )

un fragment d’étincelles et de tremblements – ( RC )


peinture William M Turner Saisir un fragment d’étincelles et de tremblements,derrière l’horizon où le soleil a sombrécomme le mirage du jourdans les flammes d’un amourcelui qu’on aimerait réveillerpar le seul le souffle du regardconsolant le voile du tempsqui plonge dans la nuitpour déchirer le voile opaque de l’oubli…. Continuer de lire un fragment d’étincelles et de tremblements – ( RC )

Vénus vagabonde – ( Susanne Derève)


Cette suite de poèmes est inspirée par le travail photographique très personnel de Lo On sur le corps féminin ( liens en bas de page) 1- Ton corps devenu lieu de ton propre voyageVénus vagabondeOh tu ne t’y perds pastu ne fais pas fausse routetu navigues au gré de sinueux paysagesnomme sable le grain de ta peauépelle une languehors les motslangue signifiante du geste et … Continuer de lire Vénus vagabonde – ( Susanne Derève)

Jean-Pierre Balpe – Alexandre Farnèse


montage R Chabrière commence par regarder s’arrête puis ferme les yeux imagine se dit que ce n’est pas possible que ce soit ainsi qu’il a vu ce qu’il a vu préfère croire le monde que le voir rouvre les yeux regarde à nouveau n’y croit pas ça va pas comme ça ça va pas question de patience d’apprivoisement de surprise de peur ne sait pas … Continuer de lire Jean-Pierre Balpe – Alexandre Farnèse

Jacques Garelli – le geste minima – U Minimu Gestu


.peinture – auteur non identifié U Minimu Gestu Vous entendez ce bruit? plusieurs fois, déjàsans pouvoir le nommer, c’est juste une voix dans les feuilles, quelque chosedisantmoi, je viens du silence. une phrase connue.et pourtantrien à chercher dans la main, pas d’eau claire.mais la sueur qu’un chien au regard doux lèchera plus tard.rien du froid, ce moment où vous avez bu au trouble pour chasser … Continuer de lire Jacques Garelli – le geste minima – U Minimu Gestu

Terre incandescente sous soleil d’été – ( RC )


photo plateau de Valensole auteur non identifié La terre incandescentes’ensemence de soleil.Il faut que les pins se penchentpour que suivent les doigts finsdes aiguilles d’ombre.Un peu de fraîcheurau déluge de lumièretandis que les herbes brunissent,que les blés courent sur l’horizonque les lavandes répandentleur parfum mauveet qu’au loin le sol s’élèvedans un mouvement continupour s’adosser aux contreforts.Les montagnes presque clandestinesémergent d’une brume légèreles nuages les contournent.Le … Continuer de lire Terre incandescente sous soleil d’été – ( RC )

Rubén Darío – Oraison pour Antonio Machado


Mystérieux, silencieux,sans cesse il allait et venait.Son regard était si profondqu’on le pouvait à peine voir.Quand il parlait, il avaitun accent timide et hautain.Et l’on voyait presque toujoursbrûler le feu de ses pensées.Il était lumineux, profond,car il était de bonne foi.Il aurait pu être bergerde mille lions et d’agneaux à la fois.Il eût gouverné les tempêtesou porté un rayon de miel.Il chantait en des vers … Continuer de lire Rubén Darío – Oraison pour Antonio Machado

Jean-Gilles Badaire – la poussière de ma mère


peinture J-Gilles Badaire Le ciel de la lucarne ne pouvait descendre l’escalier,pas plus que ma mère, le bras cancéreux engoncédans un manteau de fourrure.Deux hommes, dont mon père la portaientsur une chaise de bois improvisée,mes yeux encore tendres fixaient cette procession.Le silence des hommes exagérait la douleur contre les murs.Entre torpeur et maladresse, le cortège balançait derrière moi,j’étais l’enfant de choeur qui ouvrait ce voyage … Continuer de lire Jean-Gilles Badaire – la poussière de ma mère

Florence Seyvos – la trotteuse


Suzanne appuie de toute la force de son regard sur la grande aiguille pour la faire descendre plus vite. Elle s’imagine assise dessus, sautant de tout son poids pour l’abaisser. Ses yeux s’attachent à la trotteuse, courent avec elle autour du cadran. La trotteuse est une amie, pressée, obstinée. La suivre est toujours le meilleur moyen de faire passer le temps. court extrait de son … Continuer de lire Florence Seyvos – la trotteuse

Parabole d’états totalitaires – ( RC )


groupe statuaire à Talinn Voila bien des froncements de sourcils,des vêtements de draps déchirés,le regard qui diverge entre harmonieet la chute attendue des temples.On a pu organiser des processions,échanger les ombres contre des statuesau corps étoilé de pierres brillantes,rien n’a changé et les gardienschacun dans leur guérite n’ont pas sourcillé,comme soudés à leurs consignes.Le peuple émacié a renouveléle mandat des conseillers à la peau de … Continuer de lire Parabole d’états totalitaires – ( RC )

J’essaierai d’atteindre le bord de ton regard – ( RC )


photo Stavros Stravrakis J’essaierai d’atteindrele bord de ton regardqui refuse le mien.D’autres horizonst’emmènent à demain,et moi je suis hier,pour l’instant…perdu dans un terrain vague,un paysage dont les couleurs ont passé,c’est une question de temps,mais ce temps, je vais l’effacerde ton miroir. Continuer de lire J’essaierai d’atteindre le bord de ton regard – ( RC )

Catherine Pozzi – Nova


photo RC – chapiteau du cloître d’Elne ( 66 ) Dans un monde au futur du temps où j’ai la vieQui ne s’est pas formé dans le ciel d’aujourd’hui,Au plus nouvel espace où le vouloir dévieAu plus nouveau moment de l’astre que je fuisTu vivras, ma splendeur, mon malheur, ma survieMon plus extrême cœur fait du sang que je suis,Mon souffle, mon toucher, mon regard, … Continuer de lire Catherine Pozzi – Nova

Pierre Moïse Célestin – lampes silencieuses


J’étreins le vide embrasse l’échoAu blanc de mon réveilL’absolu regard inondéDes lampes silencieusesDe travers me traverse le cœur Telle fuite lumineuseJ’épouse l’averseAux doigts de l’églantineEn relents de gestes bèguesOù le temps se déshabilleDevant mes oriflammes de lune. quelques informations sur l’auteur Continuer de lire Pierre Moïse Célestin – lampes silencieuses

l’éventail du regard – ( RC )


Les joues brûlées de vent et de soleilnous avons gravi les sentiers étroitspour atteindre, au-delà des bois parfumésle large éventail du regardembrassant les pentes. Le contour sinueux des rizièreslutte de leurs lignes souplespour offrir leurs couleurs printanièresau corps de lumière qui s’élance . La sueur accompagne l’effortde se hisser sur la ligne des crêtes,mais l’essentiel touche le ciel:c’est en quelque sorte notre récompensequel que soit … Continuer de lire l’éventail du regard – ( RC )

Jeanie Bogart – la chanson oubliée


peinture Manu Delibo Changer de monde, de peau, d’habitudes. Les changements se dessinent sous tes paupières rêveuses. Ta simplicité en sérénade sous ma fenêtre me répète une chanson longtemps oubliée au-delà des montagnes. Terre qui nous lie, nous délie la langue, terre de nos amours passées, présentes, marginalisées. Terre nègre. Pensées communes qui s’enracinent au plus profond d’une île à l’arôme de café, pensées rebelles … Continuer de lire Jeanie Bogart – la chanson oubliée

Des pierres à sculpter – ( RC )


Pierres, vous êtes sur le sol,reliées par votre masse.Le temps vous a façonnépendant des millions d’années.Vous dépassez de la terre mollesans vous soucier du temps présentni du choc des civilisations. Parfois les hommesdans leur quête d’éternitéviennent vous sculptervous polir vous donner forme humainecomme si l’imitation de leurs gestes,était votre condition,votre accomplissement. C’est pour orner une place,accompagner les arbres d’un square,vous transformer en oeuvre d’artvous donner … Continuer de lire Des pierres à sculpter – ( RC )

Une vitrine de Don Eddy – ( RC )


peinture Don Eddy Tu as devant toidu verre devant le verre,du verre à travers le verre. Les reflets se renvoient,brisés, et aussi rattrapés> C’est une matièrevirtuose et paradoxaleaffichant sa dureté et fragilité,on sent la lumière crisser . Une lumière qui n’arrive pasà traverser ou envelopperla coulée de silice.On a du mal à se situerdans ce all-over glacéqui semble repousser le regard. Car même si on … Continuer de lire Une vitrine de Don Eddy – ( RC )

Julian Tuwim – le septième automne


photographe non identifié l’offrandeT’offrir tout : chaque rêve, chaque sourire,Chaque tendon, chaque mot, chaque pas !Tout le passé n’est que ton souvenir,Tout l’avenir n’est que ton saint regard !T’offrir tout, le moindre battement des cils,Le dernier sou, et mes forces dernières,Dilapider pour toi ma rage juvénile,Te marquer le chemin du sang de mes artèresBlasphémer ! défier Dieu ! traiter avec Judas !Mâcher en sable doux … Continuer de lire Julian Tuwim – le septième automne

Virginie Gautier – A l’approche 01


Si je laisse seulement courir mon regarden transparence sur ce versantce qui commence d’apparaître ce sontdes éperons rocheuxdes gorgesdes travailleurs armés de piochesla consistance nouvelle de la lumièrel’ouverture d’un chemin plein oueston est tout le temps occupés à dégager le passageà traverser plusieurs espaces(l’œil ailleursle cœur diviséle tchakachak dans l’oreille)en regardant les choses défiler on vavers un lieu pour nous trèshabité.Couvant l’étendue du regardattendant qu’ailleurs … Continuer de lire Virginie Gautier – A l’approche 01

Luis Mizon – je voudrais quitter ma ville et mon corps


Je voudrais quitter ma ville et mon corps pour aller vivre ailleurs si le ciel était la lumière de l’instant je partirais en quête du ciel si le ciel habitait notre regard je chercherais la transparence pour voir le vol des oiseaux traverser tes yeux et l’instant de lumière se poser près de nous jour après jour j’imite je colle je reconstruis avec des mots … Continuer de lire Luis Mizon – je voudrais quitter ma ville et mon corps

esquisse trempée d’encre verte – ( RC )


peinture Jane Cornwell une esquisse rapide,dans ce lavis liquideun pinceau qui court,sans souci du détailni des contours,trempé d’encre verte à tout hasard,plus une touche de grisaillele tout sans symétrie, mais c’est ton regardqui y est inscrittoujours interrogatif: chaque fois que j’ouvre ce cahier,je pense à cet instant furtif,l’essence d’un secret,ce moment passagerque je vais conserverpour toujours, à l’abri de l’oubli… Continuer de lire esquisse trempée d’encre verte – ( RC )

variations en bleu et vert ( chez Whistler ) – ( RC )


W A Whistler – variations en bleu et de vert 1868 C’est peut-être une fin d’été. devant la merQuatre femmes sont les actricesd’une peinture de Whistler: presque une esquissepeinte à grands traits rapides.Sous un ciel paisible et lisse,une brise s’élève à peine :c’est une symphonie de bleus et de vertsdevant une eau claire et limpide,où rien ne bouge… Le personnage de gauche marche lentement.On le … Continuer de lire variations en bleu et vert ( chez Whistler ) – ( RC )

Chair de bitume – ( RC )


La pâte ,chair de bitume,lave solidifiée, la routesous le feu de l’été liquéfiée.Toi tu étales, moi je racle,mais rien ne s’en vasinon quelques graviersrebelles.Pieds englués. La pâte toujours,chair de peinture,poussée par la brosse,sera peut-être un jourlumière,un visage, un regard. Elle maintient le nôtreprisonnier,avec des caprices de geste,figés.Quelques poils de pinceaucollés, rebelles.Ils pourraient être nôtresces poils, sitôt enlisésdans le silence. Monochrome.Noir de bitume.Racles plus fort !et … Continuer de lire Chair de bitume – ( RC )

Yehuda Amichai – ton corps a gardé sa chaleur pendant longtemps


Montage Viki Olner Les cheveux étaient les derniers à sécher.Quand nous étions déjà loin de la mer, quand les mots et le sel, qui s’étaient mêlés sur nous, se séparèrent les uns des autres avec un soupir,et que ton corps ne montraitplus les signes d’une terrible ancienneté.Et en vain nous avions oublié quelques choses sur la plage,afin d’avoir une excuse pour revenir. Nous ne sommes … Continuer de lire Yehuda Amichai – ton corps a gardé sa chaleur pendant longtemps

Jean-Pierre Balpe – Solo de flûte narh Rajastan


Là regarde elle elle a l’air fragile si fragile la regarde voudrait la toucher savoir si elle est de chair et de sang comme lui ou d’une autre matière voudrait la toucher ne cesse de la regarder toucher son cou son pied son ventre ses seins ses lèvres la toucher rien que la toucher pour voir pour être sûr sûr de ce quelle est être … Continuer de lire Jean-Pierre Balpe – Solo de flûte narh Rajastan

L’envers et l’oubli – ( RC )


Cet endroit ne se visite pas,on n’a aucune raison de faire le détour,car il ne nous verra ni naître, ni mourir.Je ne l’ai entrevu que lors d’une exposition,de photographies ternes, annotéesen mots d’allemand, rajoutés en blanc. On devine que s’y est joué là quelque chose,maintenant hors de portée du regard,où celui qui a saisi ces portions de paysage,se couche contre son passé enfoui,les souvenirs gris … Continuer de lire L’envers et l’oubli – ( RC )

Marcher vers le blanc – ( RC )


Avant le blanc,je ne savais rien du passagequi se fraie dans le cœurinvisible du temps :l’émergence de la couleurne s’apprend quelorsqu’on en a oubliéle langage et la significationdes phrases apprises par cœur,mais qui nous masquentles bords du silence.Ainsi rien ne nous indiquele chemin, car nous suivonscelui qu’on nous a appris,à la place de l’inventeravec patienceen sortant des voiesoù les formesluttent contre les ombres. Mais la … Continuer de lire Marcher vers le blanc – ( RC )

Glissements du cœur en marche – ( RC )


Attention , surtout , aux glissementsdu cœur en marche:il pourrait se détacherdans la vitrine transparentede mon corps translucide,et offrir ses pulsationsau tout venant.Je suis le carrosse fixeplacé juste devant,emporté par la course circulairedu manège enchanté.Je reste à distance égalede ton petit cheval,alors que tout se brouileautour de moi:la place où les arbresdéfilent autour de nous,les visages flous,les réverbères aux éclats dorés.C’est un cinéma permanentque rien … Continuer de lire Glissements du cœur en marche – ( RC )