Sentinelles des esprits d’antan – ( RC )


Quelles présences encorecourent entre les rochers ,offerts au ventleurs têtes uséesentre les dunes herbes rousses …apparaissent sur la lande les ombres et les légendessont iciparmi les pierreshabillées de moussesle peuple des bruyèresau milieu desquelles je me promène : on entrevoit de temps en tempsun chemin qui se perddans le sable.Me voici devant la porte d’un dolmenqui surveille l’océandepuis sa table masqué partiellementpar la brume et … Continuer de lire Sentinelles des esprits d’antan – ( RC )

Michel Foissier – saute-mouton dans les coulisses du soleil


saute-mouton dans les coulisses du soleilà la santé de la mort et des buveurs de ventmauvais penchant félicité du videil se jette à genoux dans l’obscurité du sommeil commeun oiseau dans le mensonge de ses ailesil reste là puis il tombetête tranchée dans le panier garni d’un numéro gagnantl’entonnoir dans le fin fond du ventre de la terrela mort épongée en basdans une flaque invisible … Continuer de lire Michel Foissier – saute-mouton dans les coulisses du soleil

Jean Tardieu – disparition du témoin


L’air s’aplatit. L’air voisin tombe et roule,s’engouffre au fond d’une oreille aux aguets. La deuxième arche s’ouvre au choc. La houlecogne mugit s’écrase ; sans arret sous les piliers ce torrent gronde et passeinfatigable à se nourrir d’espace. Flot m’apportant ce que je n’ai point vusouffle peuple de fracas inconnus pressé gonflé par mes parois muettes !je n’étais que piliers ! Ta vague éveille un … Continuer de lire Jean Tardieu – disparition du témoin

Philippe Minot – griseries


dessin G Titus-Carmel – Janu 1973 boîte en carton grispleine de petits secretsgorgée d’une vie silhouette gris sombretrouant le luisant des lauzesd’un ciel incongru la ville en chaussonson glisse en neige sans bruitaux sons gris feutrés grises inertiesscie de l’ici-bas si lasterne griserie teint gris cils frémisun sanglot glace ta gorgele dire est de givre au champ gris de givrele ciel est vertige ivred’un noir … Continuer de lire Philippe Minot – griseries

Lisse, le monde se mire – ( RC )


Le monde se mireau-dessus des flotsalors que j’habite dans les eaux,ces eaux silencieusesoù je ne suis qu’un simple galetloin des rideslente ondulation suivant la pirogue. Je ne parle qu’avec les pierres voisines,les écrevisses et nénufarset quelques fois avec l’ombre légèredu saule pleureuraux feuilles qui s’agitent doucementsous la poussée du vent… Continuer de lire Lisse, le monde se mire – ( RC )

Essai de mesure par lâcher de nuage – ( RC )


Celui qui arrive à cernerla géométrie flouene s’attache qu’à mesurerun lâcher de nuages,l’allongement des filins de brume,le débordement des cimesqui ne se traduit pas en écrits,. Il en est ainsi de toutes les mersqui proposent à l’imaginaire,le débordement des idéesperdues dans le lointain et le grand large. A peine quelques mots surnagentdans la fuite des images,portées par le courant.Un courant qui se joue de l’esprit,de … Continuer de lire Essai de mesure par lâcher de nuage – ( RC )

Annick Le Scoëzec Masson – L’arbre au-dehors


photo Ansel Adams L’arbre vint à moi.Comme un petit oiseau, un chien, un chat.Sur la terrasse où j’étais assise,ses branches poussées depuis le baspar un peu d’air léger,s’accrochaient à ma frange.Derrière, sous la véranda,une rumeur de vent de plaine,de conversations inlassables.Des pétales tombaient à mes pieds.L’arbre contait bien des chosesque je ne saurais dire.Ses odeurs énergiquesde sève en ruisseaux, d’écorce saignante,me soulevaient.Je perdais consistance,mes yeux … Continuer de lire Annick Le Scoëzec Masson – L’arbre au-dehors

Luc Bérimont – demain la veille


Trente-sixième dessous de l’hiveron descend ! Le froid bloquera la portièreouvrant sur le trente-septième Jamais nul n’est allé plus loinplus triste et bas dans sa ténèbre L’aube hésite à gratter ses peauxses sillons galeuxses poubelles Pas de mots pour tricher le tempsUn chien perdu, et putrescentgravite dans l’horreur stellaire C’était l’appariteur du roinotre consul et envoyé au cirque assagides planètes J’entends ses abois consternésses cris … Continuer de lire Luc Bérimont – demain la veille

Jean Joubert – Voici la maison d’enfance.


Voici la maison d’enfance.Je pousse la porte grise,j’entre dans ce qui fut la cuisine,désormais sombre et vide.On dirait que dans le silencel’air tendrement frémitcomme si volait au plafondun papillon ou une chauve-souris naine.Odeur d’ail et de rose fanée.Ici il y avait la table et les trois chaiseset là l’évier, le placard et la cuisinière.Une silhouette vague et comme transparente est assise immobile, puis se tourne … Continuer de lire Jean Joubert – Voici la maison d’enfance.

Les oiseaux blancs – ( RC )


Les oiseaux attendentvêtus de leurs habits blancs,sur la grande scène. On ne saura jamais ce qu’ils pensent ,s’ils iront frotter leur têteaux horloges de la nuit. Mais quand tu auras appristous leurs secrets ,tu pourras penser comme eux ils te diront ce qu’ils saventet t’emmèneront dans leur nid ,d’un seul coup d’aile. Tu pourras contempler le mondedu haut des arbresoù les chiens ne pourront pas … Continuer de lire Les oiseaux blancs – ( RC )

Mokhtar El Amraoui – Mémorial


photo danse Marina Weishaupt La lune étale ses corolles,Jusqu’au bout de mes rêves,Jusqu’au bout de mes chants.Les souvenirs sont-ils perches ou restes ?Le vent, au si long cours,Guette la cendre et sa disparité.Le glas est si lumineuxQue les pétales de ton nombrilSe disloquent aux franges de l’eauAvec ces grains laissés à l’abandon,Quand brûlaient, au ciné, tant de rizières.Mais, pour toi,Le ciel ployait en centauresVers une … Continuer de lire Mokhtar El Amraoui – Mémorial

Michel Hubert – toi l’esprit dans la lampe flétrie


peinture : Patrick Lee Toi l’espritdans la lampe flétrie tu es seulavec ton masque d’ombresces nappes sur le ventcomme sur mon visage mort Je parle d’impatienter un feuet mes mains restent froidesrigides peignes de nacresur la frange plate des soleils noirs où couche l’ombre creuse l’usurevieux traits d’un visage pas autrementqu’à la rage des griffes ou au couteaucreuse le plus vieux puitsqu’un homme qui se … Continuer de lire Michel Hubert – toi l’esprit dans la lampe flétrie

Zeami ( Izutsu )- la cloche du temple à l’heure de minuit


Rarement en ce lieuje me rends à l’heure de minuitcette rumeur du vent dans les pinsl’entend-elle encore et toujoursdessous la mousse ? La cloche du temple résonnela nuit s’évanouit dans le jourle vent de l’aube traverse les pinsles rêves se déchirent, vient l’éveilles rêves se déchirent, vient le jour. – Zeami a contribué au théâtre Nô( pièce classique écrite par Zeami, la figure dominante dans … Continuer de lire Zeami ( Izutsu )- la cloche du temple à l’heure de minuit

Raymond Prunier – frêle


peinture Gabrielle Münter la jeune fille appelle de loinj’ai sa voix aux tympansruisseau d’émeraude briséec’est si léger que le vent un peu l’effacebruissements maritimes des saules bleuselle avance frêle par le sentieraucune herbe froisséeje l’attendais au solsticeje l’interroge sur son retardelle moque ma bouderiepose deux doigts sur mon avant-braspour prévenir la plainte son léger contact – de nos jours incorrect –assure ma gaietéet sa chanson … Continuer de lire Raymond Prunier – frêle

Attila József – les amis


peinture E L Kirchner GLI AMICI Les amis se désirent, sans s’aimer,ils connaissent suffisamment l’autre pour se connaître eux-mêmes. Ils exigent sans demander, ils savent sans comprendre. Nous nous frayons un chemin, comme s’il s’agissait deune rivière qui nous déchire à la source ,souffrant de douleurs qui ne sont pas les nôtres en ramant, souvent contre le vent. Alors, ceux qui viennent seuls meurent un … Continuer de lire Attila József – les amis

Angèle Paoli – du vent dans les palmes


. tu te souviens du vent dans les palmesavant la neigela violence de la rafalecoups de butoir dans les folioleschaque aiguillon secoué tordudans son affrontement avec la pique voisinel’ensemble pris dans un tourmentde basses de tambours se chevauchantdans le désordre discontinumouvement tournant inépuisable Continuer de lire Angèle Paoli – du vent dans les palmes

Menhir – (Susanne Derève)


Men-hir, pierre haute du souvenirveille sur la Baraque au ventsur la montagnes’enroule dans le voile invisibledu soufflefait chanter sous mon pas les pierres du passé-loin ce temps de fougueuse jeunessetantôt rugueuses tantôt lisses et poliescomme le galet des rivières Chemin de vieilles rengainesil salue au passage les fleurs ingénues-pulmonaires pulsatilesdans la tendre respiration des prairiesle disque d’or des cardabelles effeuillantleur semence -en la terre leur … Continuer de lire Menhir – (Susanne Derève)

Gigue – Susanne Derève


Les giroflées les girofléesles églantiers les églantiersdansent la gigue vaguent divaguentc’est le grelot du ventsur l’eau c’est autrefoisen grolles sur les grèvesc’est Avril en gants blancsles bras chargés de fleursployant sur la rivièrela rive un blanc-mangerde corolles froissées Iris colza ont essaimédans les falaises le grand corpssouple du printemps ondulesous la brise de mer-intermezzoles mouettes ont dompté le bleuun vol affairé de bernachesfend l’air du … Continuer de lire Gigue – Susanne Derève

Autour d’une bouteille de whisky – ( RC )


Ces falaises bleuesne parlent que de limitesèches et coupantesdans leur langue de rochede schiste ou de granite. Pourtant s’y accrochentquelques végétaux audacieuxbattus par ce vent violent Comme les vagues écumantesc’est le heurt tragiquecontre l’obstination de pierrehautaine et inamicaledes falaises de Moher derniers remparts contre l’atlantiquedont on suit le dessin vertical austère et mutique . Au-delà, c’est le grand largequi s’étend comme une plaque d’étainles jours … Continuer de lire Autour d’une bouteille de whisky – ( RC )

Denis Brebion – Promenade et Poésie


photo issue du site Ce matin, un héron,la course d’un renard,s’effaçant en maïs. Le ciel, le vent et l’eau,dans les yeux de mon chien. Un visage, le souffleet la saveur des mûres. Ce matin, je fus renard libellule et papillon.J’en savourai l’illusion. 20 août 2023 Denis Brebion publie d’autres textes visibles sur instagram avec le pseudo « Denthoval »..; il a participé aussi à la revue « Hélas » Continuer de lire Denis Brebion – Promenade et Poésie

Alain Duault – La vie est un bateau


photo RC – le G 90 en partance – lors des fêtes maritimes de Brest 2024 La vie est un bateau qui vient de l’horizon loin petitSi petit puis qui grandit s’approche gonfle ses voilesBarre bientôt tout l’horizon semble remplir le portPuis s’éloigne trop vite diminue s’efface de la vueDisparaît ne laissant rien sur les doigts de mémoireQu’un peu de vent Continuer de lire Alain Duault – La vie est un bateau

Arbre mort – ( RC )


Les feuilles sont au printemps,le soupir de l’été à venir.Elle ont bu la lumière,résisté au vent.Maintenant c’est fini.Elles ne sont plus que parcheminstombés au sol, oubliées. J’ai atteint le socle,la colonne de bois,l’écorce, puis l’aubier,enfin la porte d’où la sève s’est retiréene laissant que l’ombreet la matière. Coup fatal de l’hiverarbre aux racines inutilescœur refermé sur le passé ses branches noires leur écriture illisibleoù le … Continuer de lire Arbre mort – ( RC )

Vagabond des étoiles – ( RC )


C’est tracer un chemin,Le doigt posé sur la carte,Passant de collines en villages,Puis décider de le suivre,Avec de bonnes chaussures,Juste avec quelques ronds en poche,Un carnet de notes,Un appareil photo en bandoulière. Juste travailler d’étape en étape,Pour pouvoir manger,Et poursuivre sa route ,A travers le monde,Sous les azurs et les pluies,Et faire d’une cabane sa maison,Le temps de reposer le corps,Et continuer sur la voie … Continuer de lire Vagabond des étoiles – ( RC )

Aquarelle – Susanne Derève


L’aimeriez-vous, cette aquarelle singulièreoù les ocres et les bruns s’étalent, on jureraitqu’un ogre de buvard y croque la lumièreet l’absorbe ; pas de vert aux futaies ou si peu, pas de lavis de rosesrien que ce grand ciel mauve embrouillé de nuagesdont le grain se délie peu à peu sur la pageet la lande déserte où le pinceau dépose deux arbres sentinelles dans les bruyères d’étéOn … Continuer de lire Aquarelle – Susanne Derève

Thomas Bernhard – matin d’hiver


Non pas que je sois incapablede prononcer Ton nom… même s’ils me lynchaient sur la place du village,me jetaient dans une fosse obscuremême s’ils crachaient sur ma tête de mortmême s’ils en venaient à se disputer ma queue, vénérable père,accepte mon balbutiement,confie-moi un pro-nom qu’aucun de mes pères aubergistesne saluera d’une futaille,aucune truie de son grognement… Légendes, hivers, surpopulations…en sommeil les feuilles sauvages au cœur … Continuer de lire Thomas Bernhard – matin d’hiver

Quitter les instants éveillés – ( RC )


peinture Paul Klee Il faudrait que le rêve me poursuivejusque dans mes instants éveillés,           et se fasse réalité je quitterai terre– comme l’on dit –par la pointe des pieds et il n’y aurait plus de pesanteur,    ni de sens où le corpsdoit se soumettre je laisserais filerentre mes doigtsles flocons blancs comme si j’étaisau cœur de la rivière,frôlé par les … Continuer de lire Quitter les instants éveillés – ( RC )

Les champs se déplacent , sous la caresse des étoiles – ( RC )


Les champs se déplacentSous la caresse des étoiles. J’ai dans les yeux les batailles des blés,Mûrissant sous les vents, Les rangées de vignes,A l’assaut des collines…. Mes mains restent tendues,Vers les fruits nus  . Et les saisons  se succèdent,Au balancier des années. Tes lèvres  assoiffées,Ont la consistance des framboises. Et leur goût aussi. Continuer de lire Les champs se déplacent , sous la caresse des étoiles – ( RC )

Le bateau de mon père – Susanne Derève


Je devais avoir treize ansquand le désir vint à mon pèred’acquérir un bateau à voile-une coque de noixqui n’avançait que par gros tempset vent de largueIl n’embarqua personnerien que le chien et moi-je m’en souviensla crête des vagues heurtait dangereusementla poupe et il fallut un bon momentavant qu’une bourrasquene gonfle enfin la voileNotre petit bateau prit son envolle chien aboya d’aiseet je me cramponnai au … Continuer de lire Le bateau de mon père – Susanne Derève

Anne-Françoise Kavauvea – dehors il faisait beau


On m’a dit que dehors il faisait beau. Je dois leur faire confiance. Les pierres sont disjointes et laissent passer un souffle froid qui, d’abord, caresse mes orteils, effleure mes mollets, mais s’arrête avant d’atteindre mes genoux, le tissu qui colle à ma peau l’empêche d’aller plus loin. C’est dommage, j’aime cette sensation : comme une main glacée qui se poserait sur moi, remonterait le … Continuer de lire Anne-Françoise Kavauvea – dehors il faisait beau