Virginia Woolf – les femmes ne doivent pas avoir peur de l’obscurité


photo Agnès Perroux Les femmes doivent toujours se souvenir ce qu’elles sont et de ce dont elles sont capables. Elles ne doivent pas avoir peur de traverser les champs vaincus de l’irrationalité, ni de rester suspendues sur les étoiles de la nuit, posées sur le balcon du ciel. Elles ne doivent pas avoir peur de l’obscurité qui abuse les choses, parce que cette obscurité libère … Continuer de lire Virginia Woolf – les femmes ne doivent pas avoir peur de l’obscurité

Un dessin qui n’a peut-être même pas existé – ( RC )


Stoppages  avec mètres étalons ( Marcel Duchamp, page de magazine Life ) – Mon dessin a suivi son chemin: il n’avait pas le tracé sinueux des racines, en travers du chemin, pas l’épaisseur du trait repoussant les obstacles,           comme mes bottes dans l’épaisse  couche  de neige. Je me suis  demandé  comment  il avait commencé. Je l’ai senti avant de le … Continuer de lire Un dessin qui n’a peut-être même pas existé – ( RC )

Erwann Rougé – L’heure la plus étrange


L’heure la plus étrange est cinq heures et cette insupportable odeur de marée verte Entre deux soulèvements de sable une femme  chancelle   en riant Elle a les yeux cendres  elle ment C’est plus fort  les yeux   elle ment Elle dit  regarder un ange On dit cela au vent   à la cruauté du vent Dans cette absurde odeur de marée basse Il y … Continuer de lire Erwann Rougé – L’heure la plus étrange

Marine Laurent – Femme de papier


  peinture: Egon Schiele – Suis une femme de papier De celui dont on fait les arbres Et j’ai puisé à leur aubier Et mangé leurs feuilles vivantes Arraché l’écorce du fût Pour tenir debout à ma table L’hiver sur du papier glacé Je laisse mes traces effaçables La sève qui coule des doigts Trace des mots sans importance Je flotte au vent car mes … Continuer de lire Marine Laurent – Femme de papier

Trouver sa propre entrée – ( R C )


– peinture: Raoul Ubac     Il doit bien y avoir quelque part, une entrée gardée secrète, qui mène vers un ailleurs qu’empruntent  des explorateurs, et  –  dont ils n’ont jamais parlé : C’est une parole mutique dont chacun connaît la clef, le sésame, pour  y accéder… se guidant peut-être à tâtons, sur les parois de la conscience . C’est difficile à expliquer… Malgré  toute … Continuer de lire Trouver sa propre entrée – ( R C )

Salah Al Hamdani – Le jour se lève sur Bagdad


Avant l’Euphrate    il y avait un horizon qui guidait le nomade une larme au-dessus d’une dune une averse sur les falaises une grêle d’enfance une lumière qui inondait l’argile L’Euphrate est ma mère et je le reconnais comme on enjambe son matin pour un tatouage de soleil sur un palmier dans une vieille cour. Continuer de lire Salah Al Hamdani – Le jour se lève sur Bagdad

C’est pour celà que tu l’as reconnue – ( RC )


– Que se passe-t-il, une fois retraversé le temps ? Ou plutôt que le temps nous ait retraversé. Tu as enfoui dans ta mémoire un évènement vécu dans ta jeunesse… oh, rien de spectaculaire : une impression, un bruit, une odeur , une image. Et tout cela s’est transformé en une petite boule invisible, une graine, comme il doit y en avoir tant d’autres. Puis … Continuer de lire C’est pour celà que tu l’as reconnue – ( RC )

Alejandra Pizarnik – Parfois, dans la nuit


sculptures  Henri Laurens – L’amour dessine dans mes yeux le corps convoité comme un lanceur de couteaux tatouant sur le mur avec crainte et adresse la nudité immobile de celle qu’il aime. Ainsi, dans l’ombre, fragments de ceux que j’ai aimé, lubriques visages adolescents, parmi eux je suis un autre fantôme. Parfois, dans la nuit, ils m’ont dit que mon cœur n’existait pas. mais j’écoute … Continuer de lire Alejandra Pizarnik – Parfois, dans la nuit

Désintégration – un chant dans les hautes terres de Mongolie – ( RC )


Le soir devient un fait établi, et s’étale,          presque fluide, sur les hautes plaines de Mongolie. On perçoit dans la langueur des ombres, un chant étrange,       comme si les pierres, en tapis, étaient le fruit de paroles sèches, une métaphore du désert chantant  : le reste de l’explosion des roches, répandu dans le désert de Gobi, l’esprit des … Continuer de lire Désintégration – un chant dans les hautes terres de Mongolie – ( RC )

Yannis Ritsos – Jusqu’à ce que


  image,  montage perso  2017     La tante Maritsa,          la tante Katina         avec leurs petits chapeaux, avec leurs broches en or,       avec leurs meubles entassés l’un sur l’autre, avec les coffrets peints,         les paires de draps brodés, avec les mille cuivres de cuisine.       A quoi bon … Continuer de lire Yannis Ritsos – Jusqu’à ce que

Pierre de la Faille – Mort tuée


  Vient le bull géant de Silicon Valley. Il jette bas la plus haute cime de la sierra où trône, nu-crâne, l’épouvantail — les tibias croisés, une faux sur l’épaule. Ici se scelle l’alliance du soleil de minuit : lumière non-stop. S’évaporent les relents du roussi et de cierge. Passe le corbillard. Où sont les clairons des remparts ? L’électron quitte l’atome IL se tient … Continuer de lire Pierre de la Faille – Mort tuée

Dilution – ( RC )


peinture: Helen Frankenthaler   Ici l’ailleurs peut se diluer  . Les couleurs sont pâles   : Les idées ont pris de l’embonpoint . On les cherche, comme on le ferait pour la direction du vent ; Il faut mouiller son doigt pour le savoir. Ceux qui écrivent préfèreront l’encre : mais le plongeant dans l’encrier , ils le sortiront sec . La pâleur atteint même l’écriture . … Continuer de lire Dilution – ( RC )

Sylvia Mincès – Un ô combien charmant fatras


  Dans un cerceau de haine galactique, je dévore un ordinateur au parfum séculaire de citron et d’orgelet magnétique. Dans un cercueil d’angoisse poitrinaire, je palpe, de mon orteil en cendre, un haut-d’ici étiré sur cinq trous que débilisent igrek colonnes de guignols en atomes. Dans un nid d’horreur féerique, je joue au je-te-tiens-tu-me-tiens-par… avec un monstre à œil vert : le premier qui rira, … Continuer de lire Sylvia Mincès – Un ô combien charmant fatras

Véronique Janzyk – un chien dans les sables


  Un chien pris dans les sables Embourbé Dans les sables d’une mer Je rêve de moi aussi Qui m’embourbe Enlacée au chien Mais de nous embourber à deux Nous nous dégageons Nous nous tortillons Nous roulons vers le sec Au sortir de la nuit Au sortir de chez moi Je vois venir Une femme Un chien en laisse Couleur abricot Comme le chien des … Continuer de lire Véronique Janzyk – un chien dans les sables

Sur les murs d’Hiroshima – ( RC )


Je relie les choses à leur absence: Pas même  d’épitaphe sur le mur, Juste une ombre incrustée dessus. Aucun tracé à la craie Comme on le voit autour du corps, Les policiers en faisant le contour, préservant la disposition des membres, avant qu’on ne l’enlève.   Aucun effet autre que le témoignage de l’éclair gommant la présence des hommes sur les murs d’Hiroshima. – RC – … Continuer de lire Sur les murs d’Hiroshima – ( RC )

Joseph Brodsky – le cadeau béni, pour l’athée


Dans les villages, Dieu ne vit pas dans les coins comme pensent les sceptiques. Il est partout. Il bénit le toit,     il bénit les plats, il tient ouvertes à moitié les doubles portes .  Il est surabondant.  Dans le pot de fer ,  là. Cuisinant les lentilles le samedi. Il se dandine doucement et fait des craquements dans le feu, il me fait un clin … Continuer de lire Joseph Brodsky – le cadeau béni, pour l’athée

Jacques Borel – le loup


  Le loup n’a que la peau, les os, Mais il enterre sous la neige Le plus précieux de ses fardeaux, La victime veuve et dorée Qui pourrait seule le nourrir Il la préserve de mourir Dans la glaciale profondeur Où la raniment ses désirs Puis, les yeux clos sur une image, Brûlant d’un feu de pierreries, Il file seul entre les pièges Et c’est … Continuer de lire Jacques Borel – le loup

Laisser rebondir le soir – ( RC )


Tu laisses rebondir le soir : la harpe d’ombres accompagne ceux qui restent sur place . Comme un rituel, à la même heure, ou presque avant que le jour ne grise, et que le verger fasse semblant d’oublier la lumière solaire. Les ombres s’allongent donc, impudentes, et voudraient traverser les êtres, aussi . Elles les questionnent sur leur devenir . (  C’est que se poseraient … Continuer de lire Laisser rebondir le soir – ( RC )

Je ne sais rien du jour qui vient – ( RC )


  Hier devait aussi être incertain pour nos pères . Pour ne pas se perdre,     comme le petit Poucet, ils ont laissé des temples aux marches de pierre, avant d’entrer dans la courbure de la terre. Des forêts ont pris leur essor, leur foisonnement s’est épris du vent, leurs racines ont fouillé le temps, jusque aux ossements de ceux qui ont vécu . Mille vies … Continuer de lire Je ne sais rien du jour qui vient – ( RC )

Marlene Tissot – Une pelote rêche


  photo: Tamsin   J’ai retrouvé une photo de toi juillet 2003 écrit au dos et le temps se détricote une pelote rêche de souvenirs me fil-d’ariane jusqu’à toi toi en juillet 2003 toi encore là et il y avait tant de  soleil dans ton sourire tes yeux comme un ciel d’été qui aurait pu deviner  ces nuages sombres que tu  cachais et cette sale  … Continuer de lire Marlene Tissot – Une pelote rêche

Catherine Pozzi – Escopolamine


Le vin qui coule dans ma veine A noyé mon cœur et l’entraîne Et je naviguerai le ciel À bord d’un cœur sans capitaine Où l’oubli fond comme du miel. Mon cœur est un astre apparu Qui nage au divin nonpareil. Dérive, étrange devenu ! Ô voyage vers le soleil — Un son nouvel et continu Est la trame de ton sommeil. Mon cœur a … Continuer de lire Catherine Pozzi – Escopolamine

Je marche dans l’inconnu – ( RC )


peinture:  Ellsworth Kelly   – Là où le monde secret des inanimés perd de son mystère , en léchant ses plaies de lumière , on se tire difficilement du sommeil , dans le parcours des heures qu’interromp le réveil . On a encore dans la tête , mille rêves . Ils éclatent, comme une bulle crève , quand le jour s’élance l’aube effaçant le silence … Continuer de lire Je marche dans l’inconnu – ( RC )

Jacques Ancet – Diptyque  avec une  ombre


—   Tu passes toujours et tu reviens. D’autres t’ont donné un nom. Pourtant tu n’en as aucun, tu les as tous. Je dis cendrier, purée, pollen, je dis visage, herbe, bol, silex. Tu sors de l’un pour entrer dans l’autre. Tu tisses des fils qu’on ne voit pas mais qu’on sent partout. J’ouvre la porte, je suis sur le seuil: tu me regardes.   … Continuer de lire Jacques Ancet – Diptyque  avec une  ombre

Robert Creeley – Distance


photo: Tamsin   Distance   1 Comme j’avais mal, de toi, voyant la lumière là, cette forme qu’elle fait. Les corps tombent, sont tombés, ouverts. Cette forme, n’est-ce pas, est celle que tu veux, chaleur comme soleil sur toi. Mais quoi est-ce toi, où, se demandait-on, je je me demandais   toujours. La pensée même, poussée, de forme à peine naissante, rien sinon en hésitant … Continuer de lire Robert Creeley – Distance