Chevalet triste – ( RC )


peinture: Alice Rotival – Chinghetti 2012   C’est cet endroit suspendu dans le temps qui semble se refermer dans le sommeil , où la poussière se dépose lentement et finit par tout recouvrir . L’atelier est désert depuis la mort du peintre. Il y a encore des tubes aux couleurs incertaines . Ils voisinent une palette éteinte, quelques pinceaux raides, et une ébauche qui attend … Continuer de lire Chevalet triste – ( RC )

Quand résonne Septembre – (Susanne Derève)


          Quand résonne Septembre me revient la chanson de la pluie sur les verrières son bruit de verre pilé   celui du verre qu’on rassemble enclos sous le voile léger comme un rire étouffé éparpillant les cendres de l’été   Verre brisé Parfois les feuilles sèches des saules avaient ce tintement cristallin  en Juillet et le vide  du ciel  l’étincelant  reflet                     … Continuer de lire Quand résonne Septembre – (Susanne Derève)

Sandra Lillo – où ?


photo Juan Calderon – Où s’en vont dormir les oiseaux Quand la nuit dans un battement d’ailes Eteint la lumière floconneuse des fleurs Tait la tirade enfiévrée des voix andalouses Où s’en vont les étoiles Quand le jour avance à petits pas d’espion Sur le bord des rivières Sur la couronne brique des toits Où s’en va Paris Quand les projecteurs du monde Eclairent d’autres villes … Continuer de lire Sandra Lillo – où ?

Pierre Garnier – Jean-Louis Rambour – Ce monde qui était deux


  peinture  Duncan Grant –       Still life with omega paper flowers Chacun portait sa croix, laissait sa croix, la table était couverte de fenêtres qui donnaient sur d’autres parties du monde – l’idée que se faisait du monde l’escargot n’était pas la même que celle d’une huître « autant de coquilles, autant de monde », pensait l’enfant. nous, les enfants de la guerre, … Continuer de lire Pierre Garnier – Jean-Louis Rambour – Ce monde qui était deux

Nuno Judice – Ligne 1 (chaque poème a une ombre)


      Chaque poème a une ombre. Je tends les mains et je peux la toucher comme l’on touche l’ombre d’un arbre qui s’enfuit de nous quand nous cherchons à nous y abriter . Ainsi, le poème est un jeu de lumière  : et son ombre recule et avance en accord avec l’heure du jour.   Pourtant, à la fin du poème, l’ombre semble … Continuer de lire Nuno Judice – Ligne 1 (chaque poème a une ombre)

Alda Merini – la notte


  La chose la plus magnifique est la nuit quand tombent les dernières épouvantes et que l’âme se lance à l’aventure. Lui se tait en ton sein comme résorbé par le sang qui prend enfin la couleur de Dieu et toi tu pries pour qu’il se taise à jamais pour ne pas l’entendre telle une plénitude fixe jusqu’à l’intérieur des murs. – La cosa più … Continuer de lire Alda Merini – la notte

Quelque chose d’indéfinissable – ( RC )


                         Il y a quelque chose d’indéfinissable, lorsque ta voix s’empare des mots et les projette,             haut dans le ciel, un ciel qui ne semble être fait    que pour toi. Et les voilà qui redescendent doucement,       – ainsi ces graines de pissenlit, légères,     … Continuer de lire Quelque chose d’indéfinissable – ( RC )

Homme qui chavires – (Susanne Derève)


  Homme qui chaviresas-tu rompu l’amarre et laissé ta barque s’enfuir   coulé tes désirs dans le bronzefoulé ce que la vie mendiait de patiente douceur  et tu les mots  comme on renonce  Homme qui supplies je n’ai plus de rêves à t’offrirde bateau en partanceque l’étreinte de l’eau et les linges nusde l’absence Je n’ai plus que des nuits d’hiverà brûler   des cheminées de cendreplus d’aubes à partagerrien que … Continuer de lire Homme qui chavires – (Susanne Derève)

Amandine Monin – c’est pour ça aussi que la nature nous est si familière


    photo : John Finnan   Un mouvement continu brasse la terre. Whitman écrit que l’herbe, c’est peut-être les cheveux des morts, il y a tant de monde en dessous qu’au bout d’un moment ils refluent, ils sont les arbres, le lierre, les roches, c’est pour ça aussi que la nature nous est si familière.  Continuer de lire Amandine Monin – c’est pour ça aussi que la nature nous est si familière

Ronny Someck – Aéroports


      Dommage qu’on ne puisse atterrir à Brigitte-Bardot, voir des strings au duty-free de Marylin-Monroe ou bien acheter maquillage et mascara à Rafah dans un aéroport nommé Cléopâtre. Les nuages du jour deviendraient des écharpes glissées sur les épaules de Dieu, et les nuages de la nuit avant l’atterrissage seraient des robes de dentelle au bal des étoiles. On atterrit à Charles-de-Gaulle, Kennedy … Continuer de lire Ronny Someck – Aéroports

Zbigniew Herbert – la pierre blanche


idole aux yeux – mésopotamie         3500 av JC – Il suffit de fermer les yeux – mon pas s’éloigne de moi comme une cloche sourde l’air va l’absorber et ma voix ma propre voix qui crie de loin gèle en une pelote de vapeur mes mains retombent encerclant la bouche qui crie le toucher animal aveugle se retirera au fond de cavernes … Continuer de lire Zbigniew Herbert – la pierre blanche

Une pierre informe dressée dans un jardin- ( RC )


   Il y a une pierre informe dressée dans un jardin et que chaque matin entoure, comme des stries concentriques tracées dans le gravier .            De la mousse s’incline du côté où l’ombre persiste avec l’aide de celle de l’arbre qui s’épanche en brouillon de branches . C’est un monolithe griffé d’incidences, fendillé de gel, de lignes qui se prolongent, … Continuer de lire Une pierre informe dressée dans un jardin- ( RC )

Je la vois qui s’élance – (Susanne Derève)


        Je la vois qui s’élance sous le berceau des arbres de très loin                    je la vois   ( dans sa course aérienne en  a-t-elle oublié le tic tac des heures, a-t-elle encore le trac  d’ailleurs ? )   Il y a des fenêtres qui  penchent sur les grilles du parc   et le long des allées des promeneurs distraits des couples … Continuer de lire Je la vois qui s’élance – (Susanne Derève)

Lucio Mariani – Echec et mat


11 septembre 2001 Je suis né à Rockaway, non loin de Brooklyn, sur un morceau de terre qui ressemble à un grand doigt pointé vers l’Atlantique. Je ne me souviens pas qu’une femme ait entouré d’amour mon enfance et mes premiers émerveillements. Mais c’était beau de grandir derrière une haie, avec l’océan dans les yeux chaque jour,  aussi beau que de débusquer dans le visage italien … Continuer de lire Lucio Mariani – Echec et mat

Ahmed Kalouaz – Hôtel du centre


Tu ne connais de la douleur que l’abandon les attentes, le front posé contre une vitre. Le téléphone qui ne sonne que dans ta tête, la cigarette et ses réponses définitives. Lorsque tu marches dans la chambre tes pas te disent ce qu’est le silence. – extrait du recueil  » A mes oiseaux piaillant debout  »   voir  aussi  quelques  citations  de l’auteur… Continuer de lire Ahmed Kalouaz – Hôtel du centre

Tubes, couleurs, palettes, tableaux – ( RC )


  On n’imagine pas comment les familles de pâtes prisonnières libèrent leurs couleurs sur les palettes : – arcs-en-ciel bousculés , petits tortillons calmes, dans l’attente de la toile où grésillent déjà des ocres et les rouges. On n’imagine pas non plus, comment ces mêmes couleurs, extraites des tubes, – à la manière des bernard-l’hermite sortant la tête de leur abri – , vont tout … Continuer de lire Tubes, couleurs, palettes, tableaux – ( RC )