Ahmed Mehaoudi – la panne


-c’est la panne…mon corps ne répond plus..pas de vie,        suis-je mort ? Non mais yeux ne sont pas fermés , l’entourage s’agite , moi je ne bouge pas , à peine une légère respiration , quelques voix en sourdine , des pas de gardiens ,je ne mesure pas combien je suis vide!   Pas d’intelligence , pas même un sentiment , pas une émotion , peut-être alors … Continuer de lire Ahmed Mehaoudi – la panne

Zeio – Encore un jour


photo Jutland Danemark Encore un nouveau jourTrès loin de mon lieu d’origineMais je ne vais pas me plaindre comme les autresDe ma terre perdueAu contraireJe vais les prendre à pleines mainsLes nouveaux paysLes nouvelles coutumesLes nouveaux regardsLes tons de voix inconnusEt toutes les couleurs aussiJe vais être heureux de n’être pas iciPas là où je devrais me trouverEt continuer, sans jamais cesserNon, sans jamais cesserDe … Continuer de lire Zeio – Encore un jour

Un lavis aux nuages – ( RC )


lavis collaboratif de Sabine Chanavat texte Matthieu Gaines Était ce encore un tempsà faire s’éloigner les nuages ?Des maux croiséssur une pageun peu gondolée… C’est que la pluiea transformé le paysageen un lavisoù l’encre s’étenden petits grisdans un ciel immense. L’écriture est à double sens.C’est là qu’elle fleuritaussi discrètequ’une brise :une écriture secrètequi n’attend pas qu’on la lise…. Continuer de lire Un lavis aux nuages – ( RC )

Rainer Maria Rilke – il faut mourir parce qu’on les connaît


« Il faut mourir parce qu’on les connaît. » Mourirpar l’indicible fleur du sourire. Mourirde leurs mains légères. Mourirdes femmes. Que l’éphèbe aille chantant les mortellesquand hautes à travers l’espace de son cœurelles s’en vont errer. Dans son sein florissantqu’il les célèbre ainsi:inaccessibles. Comme elles sont étrangères…Aux cimes du sentir.elles surgissent et la douce nuit répandentqui change dans le val déserté de ses bras.Le vent … Continuer de lire Rainer Maria Rilke – il faut mourir parce qu’on les connaît

Lumière de Décembre – Susanne Derève


Les cimes têtues des sapinset prisonnière, la lumière rase de Décembrequi brasille à travers les branches nues des chênes,nous aveugle – arbres torches du soir cristallisantle moindre rayon d’or –           s’attarde dans les charmilles,traîne au cœur des bosquets,sombre dans le pli soyeux des dolinesavant de disparaître dans le moutonnement du causse,happée par les bas nuages d’hiver. La fine poudre de la neige lisse les courbes … Continuer de lire Lumière de Décembre – Susanne Derève

Pierre Zabalia – Cassiopée


La nuit s’endort radieuseNous cependantau delà de nos brûlants sacrifices activons la prunelle de l’aubeGarante de ce calme intouchableCassiopée souveraineQui pourrait croire les étoiles riveraines de l’ombre de nos motsA coup sûr aux semences prochaines nous nous multiplieronsCassiopée en témoinNous cependantblottis dans l’auge de la nuitmangeons de ce silence irisé La nuit est invisible en été Continuer de lire Pierre Zabalia – Cassiopée

mes pensées s’égarent dans le blanc – ( RC )


Il suffit d’une marcheà longue portéedans les draps mousd’un décembre en retrait, pour connaître la nasse du joursuspendu à son grispesant sur la neige – rapace – . Des seuls repères,nous verrons des arbres dénudés,noirs.Comme calcinésémergeant sans demeuredans la déclive. Un vent furieux les secoue,les ploie, les casseles noue de glacedans la tourmente. Mes pensées s’égarentdans le blanc. voir les publications de Marie Tavera, entre … Continuer de lire mes pensées s’égarent dans le blanc – ( RC )

Louise Warren – reprendre ma vie d’arbre


   peinture Marsden Hartley Il me faudrait reprendre ma vie d’arbre, m’enraciner dans la pensée, bien m’y positionner.Septembre m’a éparpillée dans tous les sens, dans une effroyable douleur collectiveoù l’imaginaire a été percuté, puis troué. De toutes parts, je sens l’ébranlementcomme une puissance sismique secouant toute la terre. Je voudrais tant glisser dans l’écriture en permanence,comme si on pouvait s’attendre à ce que la lune disparaisse sous … Continuer de lire Louise Warren – reprendre ma vie d’arbre

Une neige posée là,depuis des années – ( RC )


Te souviens tu de cette église où nous nous sommes réfugiés Un jour d’hiver ? Une lumière chiche filtrait à travers ces vitraux. Des dévôts en habits sombres S’étageaient sur les bancs de bois, Enroulés dans leurs prières et manteaux de laine. Des colonnes se perdaient dans les ombres, une brume de fumées sortie des ostensoirs. Nous avons fait quelques pas et découvert que nous … Continuer de lire Une neige posée là,depuis des années – ( RC )

Martine Cros – dans la splendeur


   peinture John Henry Twachtman Dans la splendeurqui n’a plus forme humainefroide et nuedans les paumes qui implorentleur tissu de beauté,écrire Sous les paupières closesoù se meurt le visagederrière le train au loinle visage du trainPoint de vue sans s’effacer jamais,aimer Sous le grain de papierce point de non retouroù à perte de souffle l’oubli posele poème Dessus s’érigent les barricadestrop de motsficelés trop serrés pas assezbientôt … Continuer de lire Martine Cros – dans la splendeur

Werner Lambersy – chante…


Chante la pierre qui se repose du long voyage dans l’espace,l’arbre qui s’habille de lumière et l’orée dans l’arène des vents,même l’hyène, à l’heure rouge ou tous vont boire, la nuquebaissée sous le couperet des lunes, chante l’homme seul dontles chiens dorment le nez posé entre les pattes et le poil tièdecontre tes cuisses, comme des marque-pages. Chantent les chats dont l’amande étroite te surveille … Continuer de lire Werner Lambersy – chante…

Murièle Modely – je suis heureuse de ne plus me soucier de vous


elle dit je suis heureuse de ne plus me soucier de voussa bouche laisse tomber sur la nappe des pierresde toutes les formesde toutes les taillesdes rocs épais comme des spasmesdont elles s’échinent à discernerles contours entre les quatre coins de la tableet la plus jeune pose ses mains sur ses genouxoù les rocs ont laissé de profondes entaillesl’aînée appuie ses deux mains contre ses seinspour … Continuer de lire Murièle Modely – je suis heureuse de ne plus me soucier de vous

Flaque fragile, petite mer figée… – ( RC )


photo RC Sur le chemin de terreune petite mer figéeune flaque fragileoù le ciel s’assèche. Avancerais tu d’un pas,sur la riveau risque de glissersur la boue qui la borde prenant appui sur l’herbe fragile,tu te penchessur le reflet opaqued’une eau de glace. Un dessin fantaisisteà l’invention concentriquen’est dérangéque par les stries d’un tracteur venues s’imprimerdans la terre encore molle,interrompant le sentier des fourmispar une nuit … Continuer de lire Flaque fragile, petite mer figée… – ( RC )

Forough Farrokhzad – Une nuit, de l’au-delà des ténèbres


   peinture H Matisse - la nuit à Collioure Une nuit, de l’au-delà des ténèbres,    comme une étoile, je viendrai vers toi    Sur les ailes du vent coureur du monde,    je viendrai te chercher avec joie.     Comblée de tendresse et d’ivresse,    comme un beau jour d’été,    je t’offrirai une jupe remplie    de tulipes sauvages de la montagne.     Une nuit je frapperai à ta porte.    Ton … Continuer de lire Forough Farrokhzad – Une nuit, de l’au-delà des ténèbres

Abdelatif Laâbi – abrégé d’éternité


—-peinture:  poissons Paul Klee 1926 Sur le radeau, j’allumerai un ciergeet j’inventerai ma prièreJe laisserai à la vague inspiréele soin d’ériger son temple Je revêtirai de ma capele premier poissonqui viendra se frotter à mes rames J’irai ainsi par nuit et par mersans vivres ni mouettesavec un bout de ciergeet un brin de prière J’irai ainsiavec mon visage d’illuminéet je me dirai Ô moitié d’homme, réjouis-toitu … Continuer de lire Abdelatif Laâbi – abrégé d’éternité

Ce que j’avais pâlit avec le temps – ( RC )


Il est grand temps que je passe de l’autre côté,:le ciel est bien trop grand pour moi:c’est une cause perdue,comme de ces îles où je n’irai jamais plus:tout ce que j’avais pâlit avec le temps. C’est la distance qui s’agranditLe poids des ans s’y alourdit :la mer pourchasse les roches qui lui résistentmais qui semblent si légèresaux enchanteurs du sel. J’ai dans les poches le … Continuer de lire Ce que j’avais pâlit avec le temps – ( RC )

Muhammad Iqbal – Shakespeare


Le miroir de la rivière à l’aubeChanson du soir, silence dans le miroir du soirLe pétale de la rose est le miroir magnifique du printempsUn beau serveur : miroir de la splendeur du vin.La beauté est le miroir de la vérité et le cœur est le miroir de la beauté.La beauté de vos mots tournés reflète tout le cœur de l’humanité.L’existence trouve la perfection dans … Continuer de lire Muhammad Iqbal – Shakespeare

Rendez-vous sur les hauteurs de l’Atlas – ( RC )


photo-collage Pierre Boucher Rendez-vous sur les hauteurs.L’Atlas a longtemps porté sur ses épaulesle poids du ciel et des années. Mais le dieu s’est fatigué après le pays conquis.Des temples démolis,se dressent encore à Volubilisdes tronçons de colonnes ,vestiges d’édificeset d’une gloire passée. Car l’empire de Romes’étend jusqu’au désert,mais a perdu la tête. ( on la trouvera peut-êtreun jour dans les pierres éparses ). On peut … Continuer de lire Rendez-vous sur les hauteurs de l’Atlas – ( RC )

Zakane – Si l’image m’amène


peinture Richard Diebenkorn Si l’image m’amène aux mots c’est que je m’y abîme, j’y blesse ma joieou j’embellis ma peine. Son mouvement fixe engendre des enfants fousaux courses incertaines, mes petits qui jappent. Et le vocabulaire giclecherchant son verbe fort. – Zakane est présent dans « les cosaques des frontières » Continuer de lire Zakane – Si l’image m’amène

Retour – ( Susanne Derève ) –


L’hiver nous pose sur la rive dans un coin du foyer , – bleus vestiges du voyage -, nous voguons désormais à l’amble d’un feu de bois vaguement ivres encore de la traversée. Je cherche un mot pour nommer le navire que la lame porta sur la plage, le chemin harassé du retour, l’échine grise de notre toit à l’horizon. Ta main dresse à présent … Continuer de lire Retour – ( Susanne Derève ) –

des morceaux d’étoiles dérivent dans ta nuit – ( RC )


photo: hubble space Les sourcils sont au bord du regard,mais dissimulent en partiele manteau de la nuit : -une métaphore de ce qui la limite-. Car elle m’enveloppe,et même si l’œil voyage dans l’espace,sa portée reste faible.Les frémissements des astres irradientde leur temps de lumière.La galaxie est une madone fluorescentequi s’incline sur le flot inconcevabled’un espace recourbé sur lui-même. Certains morceaux semblent accessibles.Dans tes yeux pétillent … Continuer de lire des morceaux d’étoiles dérivent dans ta nuit – ( RC )

L’arbre nu – William Carlos Williams


L’arbre nu Le cerisier nu plus haut que le toit a donné l’an passé beaucoup de fruits. Mais de quels fruits parler face à ce squelette ? Même s’il est vivant il n’en porte aucun. Alors abats-le et utilise le bois contre ce froid mordant. The Bare TreeThe bare cherry tree higher than the roof last year produced abundant fruit. But how speak of fruit … Continuer de lire L’arbre nu – William Carlos Williams

Gérard de Nerval – enfance


photo Sally Mann Qu’ils étaient doux ces jours de mon enfance Où toujours gai, sans soucis, sans chagrin, je coulai ma douce existence, Sans songer au lendemain. Que me servait que tant de connaissances A mon esprit vinssent donner l’essor,On n’a pas besoin des sciences,Lorsque l’on vit dans l’âge d’or !Mon cœur encore tendre et novice, Ne connaissait pas la noirceur,De la vie en cueillant les fleurs,Je n’en sentais pas les … Continuer de lire Gérard de Nerval – enfance

Ne pas se résumer en haiku – ( RC )


photo RC – nord Vietnam L’horizon est ouvertune fois franchies les collineset les rivières. Les pensées acquisesau fil de la marchenous aident à gravir les pentesmalgré la sueuret la fatigue des sens: une sorte d’épure.qui accompagne l’élévation du solles montagnes lointaines en semblent plus proches. On repère au loinla vallée d’où nous sommes partis,les courbes sinueuses des rizièresenlaçant les contours des monts. On croise de … Continuer de lire Ne pas se résumer en haiku – ( RC )

Sylvia Plath – arbres en hiver


Les lavis bleus de l’aube se diluent doucement.Posé sur son buvard de brumeChaque arbre est un dessin d’herbier —Mémoire accroissant cercle à cercleUne série d’alliances. Purs de clabaudage et d’avortements,Plus vrais que des femmes,Ils sont de semaison si simple !Frôlant les souffles déliésMais plongeant profond dans l’histoire — Et longés d’ailes, ouverts à l’au-delà.En cela pareils à Léda.Ô mère des feuillages, mère de la douceurQui … Continuer de lire Sylvia Plath – arbres en hiver

Les abîmes d’ombre s’apprivoisent – ( RC )


peinture – artiste non identifié C’est à la tombée de l’aube que tu avances,portant les ronces en couronnessur tes cheveux.La mer s’est retirée depuis longtemps,ne laissant que des ruines de rochers,qu’autrefois les vagues ont bousculé. Un piano incongru en cet endroit,attendait ton retour,et ta main, comme toujourscaressait l’aile noire. Le reflet de l’aube, découpée par les rochesy installe des courbes roses,tes doigts se posent sur … Continuer de lire Les abîmes d’ombre s’apprivoisent – ( RC )