Marcela Delpastre – pauvre Natanael


peinture Lucia Mendès (…) Suis-je assez pauvre ? Assez seul, assez nu. Suis-je vidé suffisamment de ma mémoire. Suis-je assez sombre. Assez obscur. Et dans cette ombre enfin peux-tu germer, lumière. Et dans l’humide de mon cœur prendre racine. Et croître dans ce corps, musique. Peux-tu monter de moi, murmure. Chant qui n’est pas mon chant, mais que je chante, à travers moi peux-tu fleurir ! À travers … Continuer de lire Marcela Delpastre – pauvre Natanael

Alain Bosquet – colibri


A Jorge Carrera Andrade. C’était un colibri, mais par ma faute.C’était un soir de lait, car j’avais soifd’un dieu qui fut tout blanc. C’était un fleuve :allez-vous m’en vouloir ? C’était la queued’un tigre : enfant, je n’ai jamais joué.C’était un arbre, et ses hiéroglypheslui faisaient un manteau. Comprenez-moi,je suis ne sous l’étoile la plus ivrede notre ciel, un ciel raccommodecar mon père était pauvre … Continuer de lire Alain Bosquet – colibri

Annick Le Scoëzec Masson – L’arbre au-dehors


photo Ansel Adams L’arbre vint à moi.Comme un petit oiseau, un chien, un chat.Sur la terrasse où j’étais assise,ses branches poussées depuis le baspar un peu d’air léger,s’accrochaient à ma frange.Derrière, sous la véranda,une rumeur de vent de plaine,de conversations inlassables.Des pétales tombaient à mes pieds.L’arbre contait bien des chosesque je ne saurais dire.Ses odeurs énergiquesde sève en ruisseaux, d’écorce saignante,me soulevaient.Je perdais consistance,mes yeux … Continuer de lire Annick Le Scoëzec Masson – L’arbre au-dehors

Denis Smith – Arles, cinq minutes d’arrêt


Les criquets redressent les torts, une truite tourne dans le reflet d’un arbre comme dans une toute petite chambre. Il sera bientôt midi. Bookman se réveille avec la certitude d’avoir murmuré quelques phrases justes. Le soleil lui chauffe la tête. Un mouvement et tout peut s’évanouir. Il serre les mâchoires avec l’idée qu’un grain de sable venu d’un désert sans bord ni mesure va éclater … Continuer de lire Denis Smith – Arles, cinq minutes d’arrêt

Edouard J Maunick – je me souviens de la pluie


… je me souviens de la pluie/la fuite des derniers oiseaux/l’arbre trempé jusqu’à l’aubier/un vieux calvaire flagellé/lourd album d’images mouilléesque je feuilletais tard la nuitpour agrémenter mes veilles… le latanier-livre-ouvert— vent de nuit sur verte ardoise —parlait une langue étrangedans mes sommeils attentifs/l’enfance/déjà/traduisait solitudesen terres lointainespréface de l’imaginaire… je me souviens de la pluie/dessein d’effacer ton corps/une eau/on dirait le feu extrait de « de sable … Continuer de lire Edouard J Maunick – je me souviens de la pluie

David Kristanveig – Inconnu du père –


Tes brasComme des branches roulées à l’intérieurQui pèsent sur le troncC’est que tu as plusieurs peauxDont certaines parlent une langue que tu ne reconnais pas.La langue étrangère de l’oubli tu dis.Tes draps sont témoins de cette guerre d’usureLa troisième que tu aies eu à menerAvec des combats dont j’ignore tout malgré moi. La pire crainte ? Né pas de père inconnuMais vivre inconnu du père. Continuer de lire David Kristanveig – Inconnu du père –

Jean-Baptiste Tati-Loutard – nouvelles de ma mère


Je suis maintenant très haut dans l’arbre des saisons ;En bas je contemple la terre ferme du passé.Quand les champs s’ouvraient aux semailles,Avant que le baobab n’épaule quelques oiseauxAu premier signal du soleil,Ce sont tes pas qui chantaient autour de moi :Grains de clochettes rythmant mes ablutions.Je suis maintenant très haut dans l’arbre des saisons.Apprends par ce quinzième jour de lune,Que ce sont les larmes … Continuer de lire Jean-Baptiste Tati-Loutard – nouvelles de ma mère

Arbre mort – ( RC )


Les feuilles sont au printemps,le soupir de l’été à venir.Elle ont bu la lumière,résisté au vent.Maintenant c’est fini.Elles ne sont plus que parcheminstombés au sol, oubliées. J’ai atteint le socle,la colonne de bois,l’écorce, puis l’aubier,enfin la porte d’où la sève s’est retiréene laissant que l’ombreet la matière. Coup fatal de l’hiverarbre aux racines inutilescœur refermé sur le passé ses branches noires leur écriture illisibleoù le … Continuer de lire Arbre mort – ( RC )

Quelques mots déposés dans ton nid – ( RC )


Une poignée de motssuit l’empreinte de tes pas. J’écris en interprétant les signes;certains diraient > un jeu de pistes où je recueille les indiceslaissés par un oiseau un peu de duvet, quelques plumes je les ramasse et mes doigtsforment avec ces quelques lettresqu’accueillent les pages comme le grand arbre rouxd’où l’on peut voir d’ici à quelque hauteur, le nid où mes mots iront se déposer … Continuer de lire Quelques mots déposés dans ton nid – ( RC )

William Carlos Williams – la fontaine à l’air pensif


Dans ce monde aussibeau qu’une paire de seinscomme j’ai toujours vula fontaine àMadison Squarefait jaillir de l’eauun arbre blancqui meurt et vitcomme l’eau ballottéedans le bassinrevient de la margellejusqu’au jetet de là s’élèveretombant l’air pensif. Spouts In this world ofas fine a pair of breastsas ever I sawthe fountain inMadison Squarespouts up of watera white treethat dies and livesas the rocking waterin the basinturns from … Continuer de lire William Carlos Williams – la fontaine à l’air pensif

Ada Limón – sauvetage


Au sommet du Mont Pisgah, sur le versant ouest des Macayamas,se trouve un arbousier.sur le versant ouest des Macayamas, il y a un arbousierà moitié brûlé par le feu, à moitié vivantpar le besoin naturel de se répandre.D’un côté est un frêne noir, et à sa racineil y a ce qui ressemble à une cavitépercée par la flamme. De l’autre côté, des pousses vertes argentéesde … Continuer de lire Ada Limón – sauvetage

Georg Trakl – à travers les murs de pierre


Qu’est-ce qui te force à te tenir en silence sur les marches effondrées, dans la maison de tes pères ? Noirceur de plomb. Que portes-tu à tes yeux, avec ta main d’argent ; et tes paupières sombrent comme saoules de pavot ? Mais à travers les murs de pierre tu vois le ciel étoilé, la Voie lactée, Saturne ; rouge. L’arbre nu frappe le mur … Continuer de lire Georg Trakl – à travers les murs de pierre

Novembre – (Susanne Derève)


Quelques arbres tiennent tête à l’hiverarc-boutés au ventdans les rouges vineux de NovembreC’est peine perduede batailler contre le tempset pourtant je m’obstine-la feuille rétivecramponnée à son nœud sur la brancheà son restant de sèvec’est moi * Le cerisier a perdu ce matin sa dernière feuilleet je suis là encoreà broyer le noir d’un vol de corbeausous la pluie Continuer de lire Novembre – (Susanne Derève)

Jean-Jacques Dorio – le sang des cerises


Pendant très longtempsJe ne me suis saoulé de cerisesQue sur l’arbre perchéLes disputant aux oiseauxRecrachant leurs noyauxEt même, parfois, ivreDu sang du cerisier,Je m’y endormaisEn rêvant d’une BelleÀ qui je faisais deux pendantsAutour de ses fines oreilles(je n’irai pas jusqu’à écrireQue nous jouions à la marelleCerisiers roses et pommiers blancs)—————————–extrait du site de l’auteur Continuer de lire Jean-Jacques Dorio – le sang des cerises

Serge Marcel Roche – ce silence de sable


photo RC Il y a ce silence de sableDevant la merCe silence de sable tien L’enfance près de la fenêtreDans la villeSi loin La chair muetteEt le beau désirA la cime de l’arbre Et puis toutes les annéesDe ciel lourdQu’il faut bien traverser Si l’on veut revenirUn jour làDevant la mer D’où surgira le cheval blanc… extrait des publications aux « Cosaques des frontières » Continuer de lire Serge Marcel Roche – ce silence de sable

Mémoire traversière – RC )


Ce sont comme les cernes, qui petit à petit en enveloppent d’ autres ,Celles des années qui les entourent , celles de l’arbre, les contenant, Si on déshabillait de ses couches d’années,ses écorces, pour y retrouver l’arbrisseau initial… Pas étonnant que la lumière vienne de l’intérieur,de cette jeune pousse que nous étions, et, te recourber en elle, à retrouver sans nostalgie,le souffle d’insouciance, et ses … Continuer de lire Mémoire traversière – RC )

Matin chagrin – ( RC )


Matin chagrin,gris plombé du ciel,l’ombre des corbeaux,l’arbre dans la cour,le reflet des glaceset les siècles qui passent. Les corbeaux sur le calvaire,les saints sculptés dans la pierre,leur ombre sur les tombes,les prières muettes,à genoux sur la dalle froide,les cierges éteints… Un matin chagrin,des herbes sur le trottoir,autour de l’enclos paroissial,le vendeur de cartes postales,les bols bretons à ton prénom,la silhouette de la croix sur les … Continuer de lire Matin chagrin – ( RC )

Louise Warren – reprendre ma vie d’arbre


   peinture Marsden Hartley Il me faudrait reprendre ma vie d’arbre, m’enraciner dans la pensée, bien m’y positionner.Septembre m’a éparpillée dans tous les sens, dans une effroyable douleur collectiveoù l’imaginaire a été percuté, puis troué. De toutes parts, je sens l’ébranlementcomme une puissance sismique secouant toute la terre. Je voudrais tant glisser dans l’écriture en permanence,comme si on pouvait s’attendre à ce que la lune disparaisse sous … Continuer de lire Louise Warren – reprendre ma vie d’arbre

Rahel Hutmacher – Noyer


Ma fille ne dort plus. Ma fille s’agite et se plaintFifille, va dormir. Qu’as-tu à t’agiter, qu’es-tu à pleurer , va dormir.Je ne peux pas dormir, mon oreiller est devenu trop petit pour moi. Mais ma fille continue à se plaindre, éveille les oiseaux sous mon toit :ils crient déjà bien qu’il fasse nuit et que le matin soit encore loin.Qu’as-tu donc à pleurer, que … Continuer de lire Rahel Hutmacher – Noyer

Quine Chevalier – l’herbe des secrets


Pour Annie Estèves Ensorcelées sous le soleilles ombres sont féroces l’aube sans voix décline ses miroirset le vent dans tout çaqui palabreviolente. Ensemble nous marchonsdans nos creuxsoulevantl’herbe des secrets que nous buvons le soirdans la lampe qui brûle. Quel hameau a quittél’enfant de nos désirssur quel arbre d’oublia-t-il planté ses rêves ? La main n’est plus qu’un nidl’ombre se reposeles yeux ardent la plaine où … Continuer de lire Quine Chevalier – l’herbe des secrets

Jean-Luc Steinmetz – L’image s’égare-t-elle ?


art Thierry Tillier Mes traces emplies du bleu du ciel.L’image s’égare-t-elle ? Rejoint-elleune vérité que rien ne laissait prévoiret qui soudain surgit ?Je m’en veux parfois de mon immobilité crânealors que pourraient être parcourusdes kilomètres, des miles, des verstes.Et je devance par prescience les découvertesqui attendent sous la tente d’un arbre.L’après-midi étend à perte de vueles surfaces de terre originellele tapis à prière du colza.Que … Continuer de lire Jean-Luc Steinmetz – L’image s’égare-t-elle ?

Yannis Ritsos – choses disparates


Il prend dans sa main des choses disparates – une pierre,Une tuile brisée, deux allumettes brûlées,Le clou rouillé du mur d’en face,La feuille qui est entrée par la fenêtre, les gouttesQui tombent des pots de fleurs arrosés, les paillesQue le vent d’hiver a déposés sur tes cheveux – il les prendEt là-bas, dans la cour, il édifie presque un arbre.En ce presque réside la poésie.Tu … Continuer de lire Yannis Ritsos – choses disparates

Charles le Quintrec – encore un peu de terre


miniature gothique – le régime des princes – 1450 Encore un peu de terreMe suffit son pelageC’est doux la terre entièreCelle qui prend de l’âgeAu jardin de mon pèreEt de mon parentage. J’y plante tant de rêve.J’y sème tant d’amourC’est doux la terre entièreEt la motte, c’est lourdAu jardin de mon pèreLes semis sont à jour… Joyeux arrive l’arbreQui chevauche la haie c’est doux la … Continuer de lire Charles le Quintrec – encore un peu de terre

Car c’est ta voix que j’ai reconnue – ( RC )


Dessin Victor Brauner Le temps se dénouequand s’élancele chant de l’oiseau .Il m’est revenu,chante pour moiune mélodie neuvequi , pourtant ,ne m’est pas inconnue ;c’est par ta voixdans un arbre lointainque s’effacent les doutespour la clarté la plus sereine.Cet arbre est en moiil étire ses branchesjusqu’à peut-êtrete frôler.Alors point n’aurai chagrin,de ton corps disparu,car c’est ta voixque j’ai reconnue. ( variation » réponse  » sur le poème … Continuer de lire Car c’est ta voix que j’ai reconnue – ( RC )

Antonio Gamoneda – Cecilia


Tu dors sous la peau de ta mère et ses rêves pénètrent dans tes rêves. Vous allez vous éveiller dans la même confusion lumineuse. Tu ne sais pas encore qui tu es ; tu demeures indécise entre ta mère et un frémissement vivant…. …Entre en ta mère et ouvre en elle tes paupières, entre doucement dans son cœur ; Redeviens fruit dans le silence. Soyez … Continuer de lire Antonio Gamoneda – Cecilia

La petite robe rose – (Susanne Derève) –


Brest, Siam, et le pavé nu à présent, souviens-toi, comme on suivait les rails du tram par tous les temps, nos pas mêlés, épaule contre épaule, toi et ta moue boudeuse, le tintement des rames, les passants frileux qui se pressaient sans un regard pour les fontaines vides de Marta Pan et les devantures mornes. Soudain, ton visage s’éclairait pour une petite robe rose nichée … Continuer de lire La petite robe rose – (Susanne Derève) –

Váno Krueger – témoin de trop d’ombres


pour Paulina Lavrova montage RC le champagne et les cerises je comprendsmais pourquoi y a-t-il un candélabre dans ta chambre ?ce témoin de trop d’ombres déjà…les flammes des bougies sont ongles sur les doigts—hommes ardents dans les yeux .un zèbre dans la nuit c’est les rayons du soleil qui se loventrayures noir sur blancun zèbre le jour est l’obscurité de la nuit qui se loverayures … Continuer de lire Váno Krueger – témoin de trop d’ombres

Paul Eluard – Air vif


J’ai regardé devant moiDans la foule je t’ai vueParmi les blés je t’ai vueSous un arbre je t’ai vue Au bout de tous mes voyagesAu fond de tous mes tourmentsAu tournant de tous les riresSortant de l’eau et du feu L’été l’hiver je t’ai vueDans ma maison je t’ai vueEntre mes bras je t’ai vueDans mes rêves je t’ai vue Je ne te quitterai plus. Continuer de lire Paul Eluard – Air vif

Caroline Dufour – Saturation


et l’arbre se tient béantdevant tant d’yeuxsur le videet tant de videà vendre d’autant béantqu’autour de lui,la blanche tombe cristallinecomme une grandechanson d’amour des milliards dediamants cosmiquesprojetésd’une bouche célestesur un monde gorgé mais quesais-je, se dit-il,de l’instablepeut-être, danssa parfaite élégance, sacourbure patiente · du site de Caroline D  » Si j’étais un arbre » Continuer de lire Caroline Dufour – Saturation

Octavio Paz – l’amphore brisée


Le regard intérieur se déploie, un monde de vertige et de flammenaît sous le front qui rêve : soleils bleus, tourbillons verts, pics de lumièrequi ouvrent des astres comme des grenades, solitaire tournesol, œil d’or tournoyantau centre d’une esplanade calcinée, forêts de cristal et de son, forêts d’échos et de réponses et d’ondes,dialogues de transparences, vent, galop d’eau entre les murs interminablesd’une gorge de jais, … Continuer de lire Octavio Paz – l’amphore brisée

Hannah Arendt – Heureux celui qui n’a pas de patrie


La tristesse est comme une lumière dans le coeur allumée,L’obscurité est comme une lueur qui sonde notre nuit.Nous n’avons qu’à allumer la petite lumière du deuilPour, traversant la longue et vaste nuit, comme des ombres nous retrouver chez nous.La forêt est éclairée, la ville, la route et l’arbre. Heureux celui qui n’a pas de patrie ; il la voit encore dans ses rêves. Die Traurigkeit … Continuer de lire Hannah Arendt – Heureux celui qui n’a pas de patrie

La maison où le cœur chante – ( RC )


La maison s’est blottieau creux des collinesà côté de l’étang. L’ombre est raresous le soleil de midi.Un arbre penchevers son ombre douce. De ses branchess’épanchent des gouttes de résine. L’été étend sa mainparmi les champs. Je reprendrai le cheminqui s’écarte des grandes voieset j’irai vers toi retrouver la maison accueillanteoù tu m’attendsdepuis bien longtemps, là, où toujours le cœur chante…. Continuer de lire La maison où le cœur chante – ( RC )