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L’homme qui marche – ( RC )


expo  A Giacometti-  musée Maillol     l'homme qui marche    14.JPG

photo perso – Alberto Giacometti: l’homme  qui marche ( son ombre).

exposition au musée Maillol – Paris  2018

Vois cette silhouette
découpée dans la solitude.

D’un pas décidé, elle progresse
vers quelque chose qu’on ne voit pas.

On ne sait si elle avance
ou reste sur place :

Il y a ce corps projeté en avant,
ce pas tendu ,et pourtant

les pieds englués au sol,
entre futur et immobilité .

RC- mai 2019


Robert Piccamiglio – C’est vraiment une grande forêt


Learning to fly at home.jpg

Yves LeCoq

 

C’est vraiment
une grande forêt       pour une fois
avec dedans des ours
et des hélicoptères miniatures

Je me couche sur le dos
au milieu des sapins
ils sont hauts
je regarde les fourmis courir
comme des folles
du lever du soleil
au coucher du même soleil

C’est vraiment
une grande forêt
une autoroute la traverse
           elle part de l’Est
se faufile vers l’Ouest
les cons en voitures à pieds
la traversent aussi
s’arrêtent pour y manger
et pour y faire pisser
leurs gosses

Je me couche sur le ventre
cette fois
les hélicoptères miniatures
sont au-dessus de ma tête
silencieux et beaux
transparents et gracieux
comme des ombrelles de femme

Alors à ce moment là
de l’histoire
          les ours bruns rappliquent
pas la peine d’ouvrir tout grands
vos yeux
                 d’être étonnés
–  je vous ai déjà dit plus haut
qu’il y avait des ours
dans cette forêt

Ils viennent danser avec moi
et moi avec eux forcément
les hélicoptères miniatures
jouent serrés
           un vieux truc de John Coltrane
on va essayer pour une fois
de ne pas trop se marcher
sur les pieds
les ours bruns et moi.

 

(poème affiche    Annecy )


Pierres de basalte, comme un mensonge – ( RC )


Deroc dessous (11).JPG

 

photo perso  :cascade  de Déroc –  Aubrac

 

C’est un peu une frontière incertaine,

où se dispute un sable noir,
proche de la vase ;
des plantes spongieuses,
et l’illusion de solide,
que des pierres symbolisent.

Aussi, si je risque quelques pas,
sur les pierres découvertes,
ce serait comme un gué,
permettant de passer
de l’autre côté.

Mais ce sont des rêves mouillés,

qui peuvent à chaque instant glisser,
sous la plante des pieds .
On imagine ces roches comme un mensonge,
venu se plaindre aux eaux .

Peut-être n’ont-elles aucune consistance,
et elles peuvent disparaître,
comme elles sont venues,
trichant , en quelque sorte,
prêtes à se dissoudre,
si besoin est .

Le petit ruisseau qui sourd,
ne les écoute pas,

juste le cri des grenouilles,
qui ne croient pas en leurs histoires.
Car des pierres, il y en a plus bas.

Elles ont chuté,
basculé du plateau,
hexagones de basalte
à la géométrie trompeuse,
entraînant une partie du ciel,
chute vertigineuse .

Là s’interrompt l’horizontale :,
tout est en suspens,
quelques instants,
avant que l’eau ne chute à son tour,
et s’évade en cascade blanche .
RC- oct 2017


Michel Leiris – La néréide de la mer rouge


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Le soleil qui se lève chaque matin à l’est
et plonge tous les soirs à l’ouest
sous le drap bien tiré de l’horizon
poursuit son destin circulaire
cadre doré enchâssant le miroir où tremblent les reflets
d’hommes et de femmes jetés sur une ombre de terre
par l’ombre d’une main qui singe la puissance

D’occident en orient un voyageur marchait serrant
de très près l’équateur et remontant en sens inverse la trajectoire solaire

Ses regards agrippés aux forêts peignaient
leurs sombres chevelures et ses mains balancées
selon le mouvement de ses pieds caressaient
les lueurs à rebrousse-poils comme s’il avait entrepris
de forcer le cours de son destin d’heure en heure
et de jour en jour en le prenant à contre-sens

De lieu en lieu la nuit oisive le suivait

Au bruit de ses pensées il la faisait danser
ainsi que font les montreurs d’ours et quand la bête lasse
se couchait hissée sur la boule du monde
c’était l’aurore qui se montra nudité fine étincelante et blanche

 

 

-Michel LEIRIS «           La néréide de la mer rouge (Gallimard)

 


Question d’électricité – ( RC )


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peinture:  Andy Warhol  –   electric chairs

Question d’électri-cité
voilà qu’une nuit éructe
haut voltage
des plumes et des néons.
Ils se confondent avec obstination
avec le brouillard des âmes.
Et ce sont des encres,
les plus indélébiles,
imprimant sarabande :
la ville obtuse
fait la sourde oreille
à la moiteur des nuées.
Aussi éveillées que peuvent l’être
les avenues désertes
jusqu’à ce que la lumière artificielle
soit dissoute dans l’ aube violette.
Je vois les indociles
qui pensent que le jour
n’est qu’un détour
accrochés aux barreaux :
la prison les ronge
dans quelques mètres carrés.
Ils n’ont que les murs grisâtres,
et la peau décolorée.
La langue fourbue,
la parole féroce,
une cuvette en émail
la lueur alternative
de la publicité lumineuse,
les maillons du mensonge,
le macadam des rues
marqué d’ombres vertes
comme de fer rouge.
Le reprise du trafic,
le grondement des rames,
les sirènes de police
pour lancer des conjectures.
Le sol est en verre pilé.
Qui ose s’y risquer pieds nus ?
Tu vas deviner l’heure..
( on éxécute mieux à l’aube) –
quand on viendra te chercher
pour te conduire
selon le protocole officiel
à la chaise électrique .


RC – avr 2016


Philippe Delaveau – Jardin du Luxembourg ( 1 )


peinture  – François Gall                    –   landeaux  au jardin du Luxembourg

 

 

Ongles blessés de mes mains vous le savez

j’ai déchiffré les cicatrices de la ville

oreilles la voix du vent vous l’avez pressentie

aux cheveux sur nous en bataille

écorce de marronnier aussi sèche que lèvres

écorce muette et nos bouches muettes

quand il fait nuit la moindre étoile émeut

ou seulement le mot étoile à sa propre fenêtre

nuit contre jour – lune pâle soleil

où nous habitons croît l’obscurité

je me promène dans les rues de Paris

mes mains scrutent le secret des pierres

je me promène dans les rues de ma tête

les yeux clos pour atteindre au secret de vie

joue contre l’arbre et yeux debout

nous affrontons notre navigation

sable en vie roule sous le bruit des pieds

l’ombre à nos pas cèle un secret

et la nuit sur la ville doucement refermée

la ville obstinément et violemment fermée

Paris erre Paris gémit dans la mémoire

avec la voix des morts et la voix des vivants

qui plus a disparu – qui plus est vivant ?

qui de vous disparaît qui infléchit le temps ?

je me perds dans les rues de Paris

mes yeux sont las mes paroles se perdent


Georges Séféris – Santorin 02


 

 La fin des temps et le déchaînenement du mal ( manuscrit de l'Apocalypse)

La fin des temps et le déchaînenement du mal ( manuscrit de l’Apocalypse)


Autels détruits
amis oubliés
feuilles de palmiers dans la boue

Laisse, si tu le peux, tes mains voyager
en cet angle du temps avec le bateau
qui toucha l’horizon.
Quand le dé frappa l’aire,
quand la lance frappa la cuirasse,
quand l’oeil reconnut l’étranger.
Et se tarit l’amour
en des âmes percées ;
quand tu regardes à l’entour et que tu trouves
partout les pieds fauchés
partout les mains inertes
partout les yeux obscurcis ;
quand il ne reste plus rien à choisir, pas même
la mort que tu désirais tienne,
en écoutant quelque grand cri,
le cri même du loup,
ton dû ;
laisse tes mains voyager, si tu le peux,
détache-toi du temps trompeur,
et sombre
comme sombre celui qui porte les grandes pierres.


Georges Séféris, in Gymnopédie [Poèmes 1933 – 1955, suivis de Trois poèmes secrets]
nrf Poésie/Gallimard


Ca n’ vaut pas un concert – ( RC )


photo:     Christophe Alary

Bien, — ça n’ vaut pas un concert,

Avec plein de guitares,

Un orchestre et un synthé ,

– Mais y en a pas ce soir –

Avec un son d’enfer,

Un micro nasillard,

Les amplis esquintés,

La voix de bluesmen noirs.

Ou la chanteuse d’opéra,

La dame aux camélias

Ses hautes vocalises,

Et puis … plusieurs rappels,

Projecteurs et caméras,

Vases de fleurs et dalhias,

Quand, au sortir de l’église

Résonnent encore gospels…

Elle va préférer le pop,

Et même le hard,

Avec tenue cloutée,

Et les clubs enfumés,

C’est sans doute le top,

Appuyée sur la rambarde,

Quand elle va écouter,

Les rockers allumés.

Dans le jukebox, rempli de disques

Tu peux aussi, glisser la monnaie,

Au boulevard des hits,

A côté du comptoir,

Et dans la salle, tu confisques,

Le silence, pour de vrai,

En vrai parasite,

De l’autre côté du bar,

Les succès de toujours,

«  Allez, venez, milord »

A convoquer les vedettes,

Avec le blanc-cass

Une chanson d’amour,

Qui fait vibrer le corps

Et trotte dans la tête,

  • quand c’est fini, ça passe –

Allongé, sur ton canapé,

Devant la télévision,

Tu peux monter le son,

Trompettes et saxophones,

Tu as failli zapper,

La jam-session,

Piano et percussions,

Sur le thème d’Ellington…

Les doigts rivés sur le clavier,

Fais défiler la musique,

Et choisis ton menu,

Pour la soirée,

Car, vont tanguer les pieds,

Alors, pris de panique,

—- Afin qu’ils remuent,

ça va bientôt démarrer.

RC  – 11 août 2013

photo extraite du film de           M Haneke: la pianiste


Claude Chambard & Juliette Thomas – Il dit qu’un homme peut mourir d’une lettre perdue


Au bord de la mer

Je ne me bâtirais pas de maison
(mon bonheur exige même que je n’en possède pas!).

« cabane’,  de Juliette Thomas

Mais s’il fallait que je le fasse,
Si je renonce, la cabane ne sera pas. Si je renonce, je n’aurais nulle part où aller.
Si je renonce, où me coucher le soir, où fermer les yeux pour ne plus voir le monde ou l’absence de monde.

Brindilles, branches, feuillages, paille… petit à petit une cabane gagne un destin… amor fati

. Une petite pièce, une dynamique paisible, détachée du monde, une dynamique polyphonique, très ancienne & très moderne.

Rien de complexe, rien de déconcertant, très peu d’éléments, une main, deux mains.

Répétition du thème, bourdon continu, lumière neuve & accents sombres. Une montée, échelon par échelon

Au bord de la mer

Je ne me bâtirais pas de maison (mon bonheur exige même que je n’en possède pas!).
Mais s’il fallait que je le fasse, je voudrais, comme certains Romains, la bâtir jusque dans la mer il me plairait de partager quelques secrets avec ce beau monstre.

il dit qu’un homme peut mourir d’une lettre perdue
une descente, échelon par échelon, rien de conceptuel, une singulière émotion oui.

Une laisse de mer, un murmure de lecture, une plainte au bord de l’eau.

La cabane & la mer, comme deux pages, face à face, lettre à lettre. Un soupir vers la pliure
Entre les gouttes & le sable, entre le vent & la paille, un  cillement de la mémoire.

Petite rognure de phrase, cerise qui tombe, oursin  ouvert & dégusté sur le rivage, immense océan ou petite larme,
qu’importe : une collection de très petits mouvements.

Les pieds dans l’eau, le crayon dans la bouche, le  papier sur les genoux.
Il dit que le seul secret est qu’un homme peut mourir d’une lettre perdue.

On peut retrouver  l’association Claude Chambard, Juliette  Thomas  dans la revue en ligne   » à la dérive »

revue littéraire  » à la dérive »


Karla Olvera – Première culbute


extrait du site  de la  « petite  librairie des champs » ( Sylvie Durbec)

 

 

installation – sculpture  animée:  Rebecca  Horn

 

 

Je tombai aux lignes d’une lettre comme un miroir

Je tombai très vite cheveux volant au ciel

Chauve-souris en fuite heurtant le vent

Je tombai poings ouverts et pieds en avant

Je tombai les falaises et espaces libres

Je tombai mille crabes en dessous du sable

Je rencontrai des télégrammes en tchèque

Je lus des messages dans des bouteilles

Je rêvai avec les frères Montgolfier

Je tombai et installai une tente en Mongolie

Arrivée dans un kit cinématographique

Chien jaune

Toiles

Chèvres

Bols

Plateaux

Charrettes

Tout ça miniature

Et démontable

Je tombai à l’horizontale

A travers des plaines vertes sans fin

Je tombai en suivant l’ horizon

Zig zag zag zig

Je tombai de toute la largueur du ciel

Et à l’envers.

 

Karla Olvera  –             trad. sylvie durbec (fragment)


Claude Roy – Les corridors où dort Anne qu’on adore


KEES VAN DONGEN (1877-1968) Le Sommeil Encre de Chine et gouache sur papier. S

peinture  –  K Van Dongen

 

La petite Anne, quand elle dort,
Où s’en va-t-elle ?
Est-elle dedans, est-elle dehors,
Et que fait-elle ?
Pendant la récré du sommeil,
A pas de loup,
Entre la Terre et le soleil,
Anne est partout.
Les pieds nus et à tire-d’aile
Anne va faire
Les quatre cent coups dans le ciel
Anne s’affaire.
La petite Anne, quand elle dort,
Qui donc est-elle ?
Qui dort ? Qui court par-dessus bord ?
Une autre, et elle.
L’autre dort et a des ailes,
Anne dans son lit, Anne dans le ciel.

When sleeps, little Anne,
Where does she go?
Is she in, she is outside,
And what does she do?
During the playtime of sleep,
On tiptoe,
Between Earth and sun,
Anne is everywhere.
Bare feet and on a wing
Anne will do
The four hundred shots in the air
Anne is very busy.
Little Anne, when she sleeps,
So, who does she be ?
Who’s  sleeping? Running overboard?
Another, and she.
The other is asleep and has wings,
Anne in her bed, Anne in the sky.


Claude ROY


Philippe Vallet – sous la main mon souvenir


art: E Vuillard Avenue 1899

 

 

Philippe Vallet  est l’auteur de nombreux   haikai, dont  certains  sont visibles  sur cette page,  voici  l’un d’eux

 

 

sous la main mon souvenir
d’un chemin presque rectiligne
j’ai froid aux pieds