Anthony Phelps – les anges de la pleine lune


photo: Brassaï À la fontaine lumineuseon joue un quatuor de Mozartdont le motif de l’andanteme met au cœur un chant vodouet je m’en vais en sifflotant pour mon payscet air congocet air si beau à quatre voix En cours de route j’ai trouvédeux compagnons de clair de luneet bras dessus et bras dessousnous arpentons de long en largetout le Boulevard Harry-TrumanMoi je préfère assurémentBOULEVARD DES … Continuer de lire Anthony Phelps – les anges de la pleine lune

L’endormi dans sa gangue de pierre – ( RC )


sculpture Jaume Plensa ‘nest’ Il a encore le visage lissece petit être découvertencore endormipour un temps indéfini,serein, à l’abri de la pierre, modelé délicatdes oreilles aux paupièresjuste un enfantau visage purdans le gemme de la matièredont on ne voit que la tête: allégorie de la naissanceà la parole muetteet pourtant si présentignorant les bruits de la terreà même la roche dure si l’on penseà ce … Continuer de lire L’endormi dans sa gangue de pierre – ( RC )

Jacques Imbert – soleil inquiet


Est venue la descente en caddievers l’observatoire des profondeurs chaudes.Escrime prisonnière d’une douleur de lame.Soufre des couloirs, des verrous. Qui sur le seuil prépare l’offertoire ?Je donnerais l’assemblée de tous mes arbrespour que m’attende la mer et sa neuvième vague.(Ma fille marche à mes côtés,comme au temps du chien fou.Soleil inquiet, lionne tendre. L’ai-je jamais autant aimée ?)Une cour traversée, quelques tilleuls.Les yeux se consument.Je … Continuer de lire Jacques Imbert – soleil inquiet

Yanka Diaghiléva – Une pluie de cent ans


Une pluie de cent ansCaoutchoucs dans le sable détrempéYeux figés dans un plafond rouilléTout gai délire perdu en cheminLes anneaux du malheur s’enchaînent en riant Une pluie de cent ansRêves qui tanguent abrutisAu-dessus de l’abîme du printempsGorges précoces de la nostalgieGriffes d’avril grattant la paroiComme si des fleurs poussaient derrièreComme si on pouvait les voir depuis l’au-delà Une pluie de cent ansUn siècle déjà vécu : … Continuer de lire Yanka Diaghiléva – Une pluie de cent ans

Barbara Auzou – oiseau de l’enfance


peinture P Picasso l’enfant à la colombe 1901 où étais-tu alorset au creux de quel silencequand je promenais de mon côtéles attributs concrets de l’innocenceà l’âge où l’on se fout de l’âmeparce que l’âme est un oiseaufrotté au vieux bois de l’enfanceet que sur des rectitudes ancienneson se fait le lieu double d’une peineet d’une traversée j’entends encore le moulin à eaubattre la preuve de … Continuer de lire Barbara Auzou – oiseau de l’enfance

Miguel Veyrat – je suis comme une volée d’oiseaux


peinture Juan Miró – Passage of the Divine Bird Parce que maintenantje suis comme unevolée d’oiseauxsoudainement arrêtéeen plein vol.Isolé parla sombre menacede leurs empreintes légèresqui brûlent et scellent mes lèvres. Eh bien, il sembleque la mortcherche le silencealors qu’elle s’arrêtedans la plénitude musicaledu monde infiniet permanent -toujours en dehors de moi,lieu présent du passé. –M Veyrat Porque ahora soy comobandada de avesdetenida de prontoen pleno … Continuer de lire Miguel Veyrat – je suis comme une volée d’oiseaux

Estelle Dumortier – L’air a un goût de longue récitation


photo Gregory Crewdson Je ne sais rien de la guerre mais je reconnaisLes colères qui parlentAu monstre que je suis*Le meurtre commence dedansLes images s’allumentJe passe des jours dans le silenceQuelque chose en moiSe brise*Le matinLes clochesLes alertes*L’air a un goût de longue récitationLes voixEnterrées vivantesDans les corps (Tant que la chair est un refuge où veillent les morts) Estelle Dumortier Juillet 2014 dans le … Continuer de lire Estelle Dumortier – L’air a un goût de longue récitation

Gil Pressnitzer – À pas d‘oiseaux sur la neige


À pas d‘oiseaux sur la neige
je m’éloigne de mes visages disparus
quelques graines de parolesposées à même le ciel
 elles pousseront un jour grâce au vent
comme parfois mes mains sur ton corpsperce-neige de la lumière Ne pas se retourner
même si on entend le papier froissé des rêvesne pas surprendre les adieux Un souffle d’aile et la terre se parfume


et puis se jeter en boule au pied … Continuer de lire Gil Pressnitzer – À pas d‘oiseaux sur la neige

Bernard Bienaimé – sur le lisse des feuilles


sur le lisse des feuillesl’immobilitésilencela source par éclatsse coule sous la robe du cresson vertla mouche avide esquissevoltes pas de danse etbaisers sirupeuxle soleil glisse un doigtsur l’abricot bombé sur le lisse des feuillessans âme le temps s’écrouledans le secretmots de tourbe qui s’évadent Voir les écrits de Bernard Bienaimé sur son compte FB et dans La voix du poème Continuer de lire Bernard Bienaimé – sur le lisse des feuilles

Jacques Garelli – le geste minima – U Minimu Gestu


.peinture – auteur non identifié U Minimu Gestu Vous entendez ce bruit? plusieurs fois, déjàsans pouvoir le nommer, c’est juste une voix dans les feuilles, quelque chosedisantmoi, je viens du silence. une phrase connue.et pourtantrien à chercher dans la main, pas d’eau claire.mais la sueur qu’un chien au regard doux lèchera plus tard.rien du froid, ce moment où vous avez bu au trouble pour chasser … Continuer de lire Jacques Garelli – le geste minima – U Minimu Gestu

Mylène Charrier -Dansaient les hommes -dansaient les femmes


image : Taras Haida Dansaient les hommesDansaient les femmesIls avaient donc fait çaEnsembleDu tempsOù le cœurSerait Les choses à dire sur la plénitudeToutes les choses à direComplètementFais du bruit et fais du silence avec moiFaisons tinter nos oreillescomme de l’or dans le noir Là où tu commencesEt là où je finisViensTout au milieu du cheminViens Faire tout ce que tu ne sais pasTu sais bienAvec … Continuer de lire Mylène Charrier -Dansaient les hommes -dansaient les femmes

Gustave Roud – mais je ne veux que mon silence


photo S Hantaï – toile peinte détendue – mais je ne veux que mon silence, le même cercle de pensées dévorantes, mon pas toujours seul sur toutes les routes et qu’un soir je meure aboyé par les chiens de village, sans qu’on ait voulu répondre à mon seul bonsoir, et parce qu’il est mortel de faire de sa vie un immense miroir de toute vie … Continuer de lire Gustave Roud – mais je ne veux que mon silence

Thomas Pontillo – liturgie du fragile


photo RC – depuis Ensérune – Hérault -Le visage du promeneur est plus libre que l’air et son corps est obéissant, délivré de la nécessité d’agir. Mains négligemment glissées dans les poches, sourire apaisé de l’acquiescence, il compte les flocons dans le blanc torturé de l’absence. Plus il fait silence, plus il s’approche de ses rêves. Liturgie du fragile, blocs de neige pure, pratique de … Continuer de lire Thomas Pontillo – liturgie du fragile

Veronique Joyaux – poème à Salah


J’écris aussi pour toiprisonnier des geôles de Bagdad ou d’ailleursPour toi que l’on fait taire que l’on tortureJ’écris pour toi qui n’as pas de motsParce que tout enfant déjà tu travaillaisJ’écris pour les femmes cachées dans leurs voiles et leurs maisonsJ’écris pour ceux qui n’ont pas la parole pour leur donner existence et dignité J’écris pour ouvrir les portes Je m’immisce dans les interstices.Si je … Continuer de lire Veronique Joyaux – poème à Salah

L’écriture a laissé place à d’épaisses lignes noires – ( RC )


peinture : Jean-Pierre Pincemin L’écriture a laissé placeà d’épaisses lignes noiresqui se voulaient parallèlesmais se rejoignent pourtantsans attendre l’infini.Le récit est caché sousla matière des phrases .Elles se retournent dans un récitqui se heurte aux bords de la page.Le fond beige respire à certains momentsquand on aborde le silenceen contrepartie des accents soulignés ,des instants raturésqui confondent les idées les plus communes,le repentir prend trop … Continuer de lire L’écriture a laissé place à d’épaisses lignes noires – ( RC )

Je ne prends tes mots qu’avec le bout de mes lèvres – ( RC )


Je ne prends tes motsqu’avec le bout de mes lèvres;le silence est de la partie,je ne l’aime que du bout des doigtsposés sur ma bouche. Les mots sont déjà repartisvers une autre fête.Nous les reverrons demain,si demain est peut-être ( et la trace de tes lèvres sur mes mains )comme mes mots pourraient être les tiens,quand ils se croisent dans ma tête… Continuer de lire Je ne prends tes mots qu’avec le bout de mes lèvres – ( RC )

Ile Eniger – En silence habité


montage RC Tu m’as donné deux fois la vie, un matin de septembre quand sonnait la sirène du marché sur la place du village, puis, quand lisant mon premier poème tu m’as dit : « Continue ma fille…« . Maintenant ma mère est ailleurs, en silence habité. Elle a depuis longtemps fermé son nom, sa voix, comme on ferme une page et la porte derrière soi. Elle … Continuer de lire Ile Eniger – En silence habité

Serge Marcel Roche – ce silence de sable


photo RC Il y a ce silence de sableDevant la merCe silence de sable tien L’enfance près de la fenêtreDans la villeSi loin La chair muetteEt le beau désirA la cime de l’arbre Et puis toutes les annéesDe ciel lourdQu’il faut bien traverser Si l’on veut revenirUn jour làDevant la mer D’où surgira le cheval blanc… extrait des publications aux « Cosaques des frontières » Continuer de lire Serge Marcel Roche – ce silence de sable

Blas de Otero – il me reste la parole


photo Guy Bourdin 1976 me reste la paroleSi j’ai perdu la vie, le temps, tout ceQue j’ai jeté comme une bague à l’eau.Si j’ai perdu la voix dans le désert,Il me reste la parole.Si j’ai souffert la soif, la faim et toutCe qui était à moi, qui n’est plus rienEt si j’ai moissonné l’ombre en silence,Il me reste la parole.Et si j’ai ouvert les yeux, … Continuer de lire Blas de Otero – il me reste la parole

Jean-Gilles Badaire – la poussière de ma mère


peinture J-Gilles Badaire Le ciel de la lucarne ne pouvait descendre l’escalier,pas plus que ma mère, le bras cancéreux engoncédans un manteau de fourrure.Deux hommes, dont mon père la portaientsur une chaise de bois improvisée,mes yeux encore tendres fixaient cette procession.Le silence des hommes exagérait la douleur contre les murs.Entre torpeur et maladresse, le cortège balançait derrière moi,j’étais l’enfant de choeur qui ouvrait ce voyage … Continuer de lire Jean-Gilles Badaire – la poussière de ma mère

Alignement des planètes – ( RC )


photo – Stanislao Farri (1924 – 2021) Total eclipse, Bergonzano, Italie, 1961 Tombe une nuit soudaine,et ne se dressent dans l’airque les branches nues,les rangées de vignedes plantations en hiver.C’est heure où les planètes s’alignent,dans un silence absolu.De la neige, une étrange lumièrevibre par ici.Trois vues combinéesdes minutes qui passentdans le ciel obscurci. Les planètes se déplacentsans se rencontrermais leur ombre portéeoppose leur contre-joursur la … Continuer de lire Alignement des planètes – ( RC )

Mélodie en sourdine – ( RC )


    peinture la grande Jatte - A Sisley 1873 Un hiver seulementpour mettre en sourdineles voix du jardin.Les jours sont au déclin :le soleil obliquen’entretient plus la choralede la mélodie échevelée.Les plantespassent soudain au silence.Elles se fatiguentaprès la course des beaux jours. Un peu de répitune mort provisoire.Et toi aussiprête à l’hibernationdans un coconoù le souvenir du printempsest toujours vivace.Belle au bois dormantsous une coucheépaisse de feuilles mortes. Continuer de lire Mélodie en sourdine – ( RC )

Muhammad Iqbal – Shakespeare


Le miroir de la rivière à l’aubeChanson du soir, silence dans le miroir du soirLe pétale de la rose est le miroir magnifique du printempsUn beau serveur : miroir de la splendeur du vin.La beauté est le miroir de la vérité et le cœur est le miroir de la beauté.La beauté de vos mots tournés reflète tout le cœur de l’humanité.L’existence trouve la perfection dans … Continuer de lire Muhammad Iqbal – Shakespeare

Un regard oblique, pour Monsieur Max… – ( RC )


peinture: Max Ernst  » l’Antipope » 1942 On peut se permettre un regard oblique, –à cheval sur mon dada -,où Max Ernst en pantalon de pyjamastationne devant un paysage onirique,si, en ce jour définitif et uniquenous sommes ( comme toute chose )…sujets à métamorphose. Confrontés à bien des dommages( car les décennies laissent quand mêmeun certain nombre de traces,de nos âges … témoignage)…nous dénicherons bien dans … Continuer de lire Un regard oblique, pour Monsieur Max… – ( RC )

Marcello Comitini – le baiser


photo Jm Satto – « le baiser » de Rodin Non, ce n’est pas la force bruyante du vent qui nous poussevers l’infini désiré.Le silence des regardsle dos des mains sur les pages du livre.Nous ne sommes que deux.Nos doigts se croisent,nous lient l’un à l’autrenos lèvres se touchent dans un souffle mystérieux.Au loin, les ailes des rêves brûlent dans les nuages.Le feu se propage comme s’il … Continuer de lire Marcello Comitini – le baiser

Cécile Coulon – attendre qu’un soir enfin


art Olafur Eliasson Le soir est là : tu ne reviendras pas.C’est une chose simple à écrire :le poème est un tombeaupour ceux qui se sont aimés,pour ceux qui se sont gardésl’un contre l’autrepour un jour ou trente années. Chaque ligne est le barreau d’une échellequi monte vers le passé. D’en haut,je t’entends murmurer : ce n’est pas une erreur.Nous voilà pauvres de caresses,toutes nues … Continuer de lire Cécile Coulon – attendre qu’un soir enfin

La ville dans ses murs de silence – ( RC )


Dans le vide soudain des ruesqu’écrase le soleil :même pas un arbrepour donner quelque fraîcheurau bitume. Mais, cloués sur un fond de ciel blancimpitoyable,de grands oiseaux aux ailes brunestournent en silence,à l’affut. Furtivement leurs ombres passentsur les façades et sur les toits,hors de portéedans l’incandescence immobileoù s’accroche la ville isolée dans ses murs de silence. Continuer de lire La ville dans ses murs de silence – ( RC )

Angèle Vannier – vent printemps


photo Sylvia d’Alessi Celles qu’on éteignait celles au blanc promisesCelles qu’on habillait de silence et de froidCelles qui ronronnaient des leçons bien apprisesCœur battant cils baissés mais qui n’y croyaient pas. Celles qu’on enfermait dans des chapelles grisesCelles qu’on emmurait dans les plus hautes toursCelles qui n’attendaient qu’un signe de la briseOnt cassé leurs carreaux pour passer dans l’amour. Nous t’embrasserons trois fois sur la … Continuer de lire Angèle Vannier – vent printemps

Odile Crespy -le feu, le silence, l’absence


Le feu le silence l’absencecette table devant le feucercueil que j’entrouvre tous les soirsnaissent les images sur l’écran de ce que nous sommeslumières qui vont s’éteindreregarde le feu de tourbeécoute le silence du tumulte passé des enfanceslointainespalpe l’absencepalpe en avançant les mains vers la tasse de thépalpe l’absence ton absenceécoute le silenceregarde le feufais de ta bouche la grimaceregarde le feuécoute le silencepalpe l’absencefais de … Continuer de lire Odile Crespy -le feu, le silence, l’absence

Christian Dotremont – ensevelis sous quelle neige


collaboration Ch Dotremont & Pierre Alechinsky  » Fable abrupte » 1976 Est-ce qu’il neigeait ? – Lorsqu’elle m’a glissé ce petit peu de neige,le soleil s’était caché pour que rien ne fonde de notre rencontre,pour que le feu entre nous s’allume sans secours,à seule raison de notre chaleur, à seul défaut de notre silence,et d’ailleurs… – Et d’ailleurs ?– Et d’ici je vois que nous étions … Continuer de lire Christian Dotremont – ensevelis sous quelle neige

Yanka Dyaghileva – mots plus brûlants que le sel


photo Valentin Figueiras Mots plus brûlants que le selÉclats de verre dans la peau viveValeur rime avec voleurDire cela revient à rireDe ce qui fut nôtre ou étrangerDemain matin je m’en iraiTête plongée dans l’eau d’une bassineVoix arrachée aux branches nuesChanson chantée et déjà oubliéeSurvivre comme on s’arracheÀ l’encerclement ennemiÀ une maison en feuMort vivifiante qui sans honteBondit de contusion en conclusionM’arracher à moi-mêmeToutes portes … Continuer de lire Yanka Dyaghileva – mots plus brûlants que le sel

Tragédie antique – ( RC )


Tu avances devant le fond platdu destin – dicté par le récitde la tragédie antique –qui se joue aujourd’huidevant les gradins sombresde la demeure du théâtre. S’ouvre une nuit profondeen quelques actesoù recommence la viedevant le décoroù les mêmes paroles résonnentaux bords du marécage. C’est comme si la mortn’avait jamais eu raisonsur le soleil obliquedes projecteurs,et qu’éternellementla même scène recommence. Le jeu emplit l’espace noir,la … Continuer de lire Tragédie antique – ( RC )