Marie-Claire Bancquart – comme si le matin servait toujours


      – Au début mars les racines fendent la peau des graines la fenêtre libère une mouche engourdie. Nous recommençons comme si nous n’avions pas été moulus jusqu’aux os comme si le matin servait toujours avec son fragment de ciel entre les maisons. Nous ignorons une fois de plus l’autrefois pour croire ces heures à l’aventure. de  « COMME SI LE MATIN SERVAIT TOUJOURS«  Continuer de lire Marie-Claire Bancquart – comme si le matin servait toujours

Amin Khan – J’oublie les visages


– J’oublie les visages je ne me souviens pas des noms j’endure des odeurs et des gestes des parfums l’émail de certaines morsures la vision de certains sangs des courbes des accidents des silences profonds de longues heures et des jours certains mots les mêmes des lèvres de roses luisants dans la même lumière du même regard plein de douceur et d’amertume AMIN KHAN   ( … Continuer de lire Amin Khan – J’oublie les visages

Vampire et vautours (RC)


J’ai choisi ma victime J’ai déployé mes ailes pour commettre mon crime selon le rituel (inscrit au manuel) Aiguisant mes dents j’ai choisi une belle femelle dont le sang giclant sentait l’eau d’javel Il fallait s’attendre  au pire avec cela,  gluant sur ma poitrine hémoglobine, qui lentement s’agglutine car je suis l’étoile noire, le divin vampire Aux côtés duquel, Gilles de Rais qu’aimait faire souffrir … Continuer de lire Vampire et vautours (RC)

Henri Meschonnic – Seulement attendre


– l faut seulement attendre ne pas demander quoi quand serrer les yeux comme on serre les dents on ne peut pas éviter des remontées de la nuit dans le jour une indigestion de nuit qui revient aux yeux aux dents (JTE, 49) ——– la douceur à mots fermés elle ne dit rien seulement vivre c’est tout ce qu’elle saura faire elle se roule dans … Continuer de lire Henri Meschonnic – Seulement attendre

Norbert Paganelli – Nous revenons


Nouvelle parution à partir    du site poétique  du corse Norbert Paganelli, dont j’avais déja  fait part de son texte   « timons » Nous revenons Quoi Tu ne t’en souviens plus C’est moi C’est vrai j’ai changé Ma barbe a poussé Près des lèvres qui t’embrassèrent Mais c’est bien moi Toi tu es toujours la même Enfant de la pierre odorante Et du spectre marin Cet oiseau noir … Continuer de lire Norbert Paganelli – Nous revenons

Ombres contre vents – sous ce soleil neuf


encore un « ping »  comme on dit,  du blog d’Adelline… – Et sous ce soleil neuf les fleurs  vivront elles ? le sourire de leurs pétales sera-t-il aussi éblouissant que l’an dernier ? J’ai gardé le souvenir de leurs effluves de leur  frémissement de soie cette musique douce  invitait à la danse à la joie Tout reste inscrit dans le bleu pur Dans l’espace de tes sourires H … Continuer de lire Ombres contre vents – sous ce soleil neuf

Guy Goffette – Dès l’aube tout est dit


– Dès l’aube tout est dit – les pas que nous ferons, l’herbe en porte déjà la trace, et nos paroles, la brume en use le tranchant sur le sein des collines, l’échine bleue de la rivière les tuiles cassées par le gel et sur les trois notes inlassables du merle dans le cerisier qui s’émerge. Tout est dit, mais le plus dur reste : … Continuer de lire Guy Goffette – Dès l’aube tout est dit

Lucien Laborde – Mal végétal


Mal végétal Que ceux qui n’ont jamais souffert d’un mal végétal de chou tranché d’une angoisse cristallisée de sucre ou de sel d’une cassure de silex en pleine rotule que ceux qui n’ont jamais été fusillés avec les murs à l’aube qui n’ont jamais levé leurs cris leurs mains comme un épi debout sur les épis fauchés que ceux qui n’ont jamais senti le poids … Continuer de lire Lucien Laborde – Mal végétal

Ulysse est de retour ( RC )


–   Ulysse est de retour – c’est ce qu’il paraîtrait Mais se souvient-on, encore de ses traits ? Ou le reconnaître à quelque chose, peut-être sa bague ? si son corps émerge un jour d’entre toutes ces vagues…   Or comme la chance tourne, aussi, les vents contraires Permettent avec Neptune, un retour vers la terre Contre les sorcières  —  des efforts insensés Pour … Continuer de lire Ulysse est de retour ( RC )

Gertrud Kolmar – Des tourments se dressent sur mon chemin


  –     je le sais des tourments se dressent sur mon chemin que je dois prendre la détresse se dresse sur le chemin que je dois prendre la mort se dresse sur le chemin que je dois prendre des plaintes se dressent sur le chemin que je dois prendre et chaque borne kilométrique a des langues et tous les petits cailloux crient crient … Continuer de lire Gertrud Kolmar – Des tourments se dressent sur mon chemin

Surprise de la chaîne de fredonne. ( RC )


surprise de la chaîne de fredonne… — Il faut que je ressource, en lumière délectable… et, que léger, je chantonne Une cascade de mots, qui font source, à l’aimable chaîne de fredonne… Que je source, que je me ressource, que je prenne la queue des mots pour tremplin Et que je rebondisse, pour que j’ajoute un maillon à cette chaîne sans fin… Heure d’hiver,   heure d’été … Continuer de lire Surprise de la chaîne de fredonne. ( RC )

Jules Supervielle – C’est tout ce que nous aurions voulu faire..


  –     C’est tout ce que nous aurions voulu faire et n’avons pas fait, Ce qui a voulu prendre la parole et n’a pas trouvé les mots qu’il fallait, Tout ce qui nous a quittés sans rien nous dire de son secret, Ce que nous pouvons toucher et même creuser par le fer sans jamais l’atteindre, Ce qui est devenu vagues et encore … Continuer de lire Jules Supervielle – C’est tout ce que nous aurions voulu faire..

Futurs en flaques , déviations au même endroit (RC)


– Je prends les flaques, à l’envers, en plaques, modèle l’impensable et découpe de l’ombre, la tienne, et celle qui me vient de l’obscurité des jours. Un bon coup d’éponge, et j’efface, de ton visage, la météo des orages qui se préparent.. je déforme l’incassable, l’impossible distance qui sépare le soleil de son ombre. A portée du futur , à portée demain, la palette du … Continuer de lire Futurs en flaques , déviations au même endroit (RC)

Ile Eniger – C’est


C’est C’est un chemin de moi à moi, j’ai cru longtemps qu’il fallait quelqu’un d’autre. C’est un printemps derrière Des saisons d’usinage et des mains de fabrique Des ablais pour le pain L’abée qui porte l’eau vers sa dernière crue Des mots qui suent, sifflotent Buissonniers et solides C’est le centre des joies sur les trois-quarts du fil L’errance d’un temps qui sait prendre le … Continuer de lire Ile Eniger – C’est

Prise la main dans l’sac ( RC)


  –     Prise la main dans l’sac Arsène lutine tout à trac Arsène au féminin Avec son tour de reins Elle  a voulu prendre mes parures Par chance l’accessoire assure Et rend des murmures De belle confiture Ce n’est pas  très discret D’apprendre mes secrets Car ceux-ci débordent çà fait un peu désordre Car tes petites mains Surtout en calin Ne cachent pas … Continuer de lire Prise la main dans l’sac ( RC)

Ombres- contre vent – Neige sur les pierres


– Neige sur les pierres   Il suffit de mots noirs  lourds glacés de pierres  écroulées sur une espérance dans un son  étouffé   la neige parfois  vient éclairer  le  vert effacer l’erreur   pourtant  on grelotte trébuche sur ses certitudes   on s’approche d’une fenêtre imitant  le rouge-gorge ce solitaire affamé   surtout qu’aucun bruit vienne fendre l’abri du silence     – Continuer de lire Ombres- contre vent – Neige sur les pierres

Philipp Larkin – album de photos d’une jeune femme


    –   à propos de l’album de photos d’une jeune femme Enfin vous m’avez laissé voir cet album qui, Une fois ouvert, m’affola. Tous vos âges En mat et en brillant sur les épaisses pages ! Trop riches, trop abondantes, ces sucreries Je me gave de si nourrissantes images. Mon œil pivote et dévore pose après pose – Cheveux nattés, serrant un chat … Continuer de lire Philipp Larkin – album de photos d’une jeune femme

Jean-Marc La Frenière – Difficile


Après mon post  « facile »… , voila  l’inverse Difficile Difficile d’aimer l’homme en treillis de combat, la fillette en poupée, le môme qui fait l’homme. Difficile d’aimer l’homme quand il compte ses sous, tuant l’air qu’il respire, saccageant la forêt, affamant l’océan, mettant l’espace en carte et l’espérance en berne. Difficile d’aimer l’homme quand il lance des pierres au lieu de caresser, transformant la terre des … Continuer de lire Jean-Marc La Frenière – Difficile

Miquel Marti I Pol – Les mots nous accablent


– Miquel Marti I Pol, traduit par lignelila,           voir son post, qui par ailleurs, sur son blog  a plein de choses intéressantes — Finalement, les mots nous accablent, Nous courbent les épaules et nous soumettent à la beauté incertaine des concepts. Regarde, ce n’est pas difficile. Tu peux reprendre l’après-midi Mot après mot et y ajouter Des formules qui t’éloignent des choses Et te rendent, … Continuer de lire Miquel Marti I Pol – Les mots nous accablent

Francis Combes – Facile


Facile C’est assez facile changer la nuit en jour (le soleil fait ça tous les matins). C’est assez facile changer la glace en eau (quelques rayons suffisent). C’est assez facile faire naître des fleurs au bout de nos vieilles branches (un peu de printemps suffit). C’est assez facile changer ce monde inégal et injuste (il suffit pour cela d’assez peu : s’unir). – Continuer de lire Francis Combes – Facile

Laissés pour compte ( RC )


–     Il pleut  des personnages, en habit de ville Raides comme des soldats de plomb En contre-jour de lampes d’un destin immobile Ne traçant que vers le plus long   Les hommes s’étalent dans l’alcool Et ne cessent  de revenir en arrière A même la dure surface de béton, du sol Tatouages bleutés de leur mémoire de chair.   L’humanité a la gueule  … Continuer de lire Laissés pour compte ( RC )

Boris Vian – la rue traversière


– Dans la rue Traversière Il y poussait des roses Et tout un tas d’aut’ choses Que personne ne voyait. Dans la rue Traversière Y avait un vieux bébé Qui pleurait à la f’ntre Pac’ qu’il allait tomber. Dans la rue Traversière Y avait un’ grand’maman Qui montrait son derrière Pour deux cent trente-cinq francs. Dans la rue Traversière Silencieux près d’une borne Y avait … Continuer de lire Boris Vian – la rue traversière

Patricia Grange – Ennui en estampe chinoise


Ennui en estampe chinoise C’est une goutte De peinture grise Qui coule le long D’une feuille de vie Au bord du même Pinceau Sans jamais S’arrêter Sans rien dessiner. C’est une larme De froid Qui roule Eternellement. C’est un vide Palpable. C’est le café noir De l’obscurité Que l’on coupe Au couteau. C’est l’absence De couleurs D’odeurs De sons Où tous les sens S’éteignent Comme … Continuer de lire Patricia Grange – Ennui en estampe chinoise

Georg Heym – Les Démons des villes


– Georg Heym – Les Démons des villes (Die Dämonen der Stadt, 1911) À travers la nuit ils parcourent les villes Qui se tapissent, noires, sous leur pied. Comme des barbes de marin, à leurs mentons Se pressent les nuages, charbonneux de fumée et de suie. Leur ombre longue tangue sur l’océan des toits Et étouffe les lumières en enfilade dans les rues. Elle rampe comme … Continuer de lire Georg Heym – Les Démons des villes

Miguel Veyrat – J’ouvre les yeux et meurs


– J’ouvre les yeux et meurs, mémoire réchappée d’un autre exil qui parcourt la peur. Peut-être un dieu atterré comme l’enfant qui me regarde —vie perdue. – extrait  du « vide du ciel  »   2003     —  que M Veyrat a complété  avec:   — Et d’ouvrir nos yeux qui disent : bloquer les racines plutôt que de croiser la bouche des élèves alors qu’ils … Continuer de lire Miguel Veyrat – J’ouvre les yeux et meurs

La mer ne parle plus, elle se tait. (RC)


– La mer ne parle plus,  elle se tait. – Et si la mer  parlait dessous  son tapis  d’écume et de vagues, Au silence de la mer  celle  réduite au silence, Et aux arbres  qu’on élague Encombrée de sables Et  de débris innommables La voilà immobile,  et presque entièrement recouverte D’une  épaisse confiture De toutes ces algues vertes Et d’un semis  d’ordures D’où s’échappent  gaz, … Continuer de lire La mer ne parle plus, elle se tait. (RC)

Spécialiste ( RC )


    Presque à l’horizontale, je ne plane pourtant pas, en lévitation, Mais ce sont, contre toute attente, brutales sensations Car je ne vois pas de ciel, à travers mes paupières Envahies d’un reflet, de violente lumière. Ce qui me maintient, n’est pas un tapis volant Et je ne m’appuie pas sur l’air, indolent… Ma vue envahie, d’un rayon fixe, ne fait pas le tri … Continuer de lire Spécialiste ( RC )

André Velter – Marche d’approche


        Marche d’approche. Bien sur j’irai seul Affamé volontaire J’irai pour te plaire Serré dans ton linceul Le sommet t’appartient Au-dessus des alpages J’atteindrai le nuage Qui ne recouvre rien Il n’y aura plus d’ombre sur la terre le soleil sera peut-être entre mes mains Ravivé Avec moins de violence Souverain Sans impatience Par l’altitude reconquis par la solitude rappelé au désir … Continuer de lire André Velter – Marche d’approche

Jean-Jacques Dorio – Nuit


          NUIT                     Cette nuit        le monde se retire    Ce sont deux mains       qui ne s’agiteront plus      sur terre     des pas au bout du chemin         Mais la peine ni la joie       ne s’expriment         la langue sèche      pendue au clou                     Des deux mésanges       qui frappaient ce matin             à ma vitre … Continuer de lire Jean-Jacques Dorio – Nuit

Karen Dalton ( RC )


Karen Dalton       -( C’est un hommage à la voix de la chanteuse des années 70..(lien Youtube).. pas si connue  que cela aujourd’hui,  et dont j’ai essayé de traduire la sensation éprouvée…) – Elle me parle… Je ne sais Comment dire, comment la dire Etre happé par la musique Et le déroulement sans heurts D’une mélodie douce Mais cette voix Ecorchée, rouge et … Continuer de lire Karen Dalton ( RC )

Robert Juarroz – Nous rêvons d’un lecteur parfait


Robert Juarroz – Nous rêvons d’un lecteur parfait (Soñamos con un lector perfecto, 1994) Nous rêvons d’un lecteur parfait. Supérieur à nous. Meilleur aussi que la propre lecture faite par nous-même. Nous écrivons pour lui même s’il n’existe pas. Nous ne pouvons pas ne pas ressentir sa présence cachée derrière ce silence que les mots entraînent comme une tunique fendue. Si nous persistons dans ce métier … Continuer de lire Robert Juarroz – Nous rêvons d’un lecteur parfait

Mario Benedetti – Depuis la nuit le matin la nuit


[Chap. 8 : 6] Depuis la nuit le matin la nuit, pantalons verts, pantalons bleus, le noir, le bleu clair, le cuivré, tout. Parce que n’est plus un mot. Les mers, les routes sont des maisons et les maisons, des routes et des mers. La pierre s’enfonce sans la corde autour du cou. Affleurent en cercles les mots sur ses lèvres. Mais peu importe, peu … Continuer de lire Mario Benedetti – Depuis la nuit le matin la nuit

Florence Noël -Donnez-nous des pierres…


Donnez-nous des pierres… donnez-nous des pierres pour le repos, leur bogue de granit ocre connivente au cœur, en projection l’enlisement des silhouettes jetées, cassées dessus ces marches et toute l’aumône des mouvements d’hommes bordant nos peines comme fleuves équarris à grandes enjambées de désirs qu’on puisse mourir de la longueur d’un arbre ou de son vêt d’ombre jetés bas par le midi trop plein par … Continuer de lire Florence Noël -Donnez-nous des pierres…

Caméléon (RC)


Caméléon Des colonies de fourmis          se suivent C’est à peine si on dirait qu’elles bougent Même celles à tête rouge Sagement alignées,          – point de rétives. Sous les vents désignés par la rose Pucerons aux entrelacs des épines Sous l’oeil de la grande assassine Allongée, et qui prend la pose… Voila , Messieurs, la reine des amantes Celle assoiffée de globules Vous copule , aux … Continuer de lire Caméléon (RC)