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Articles tagués “crépuscule

Joseph Brodsky – Dédicace à Gleb Gorbovski


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Quitter l’amour, dans le soleil de midi, sans retour,
et le chuchotement de l’herbe sur les pelouses qui s’enfuient.
Dans le nuage brûlant du jour, dans le crépuscule assoupi
l’aboiement des chiens de la nuit traverse les allées obliques.

Il faut résister à notre époque sombre et courir au-delà de ces années,
il faut oublier à chaque souffrance nouvelle l’infortune d’hier,
accepter à chaque instant la blessure et la douleur,
pour entrer paisible dans la brume des aurores vierges.

L’automne et impétueux en cette année de voyages,
les processions silencieuses du rouge et du noir longent le ciel,
près des arbres nus les feuilles s’envolent et trébuchent
contre les fenêtres et les pierres

Joseph Brodsky


James Joyce – musique de chambre – IV


photo  Chris  Wage

 

IV
L’améthyste du crépuscule mue
Et vire en un bleu toujours plus profond,
Sous la lampe les arbres de la rue

S’emplissent d’un vert et pâle rayon.
Le vieux piano compose un air,
Mélodie gaie, lente et légère ;
Courbée vers les touches jaunies,
Sa tête penche par ici.
Chastes pensées, grands yeux inquiets,
Et mains qui errent à leur gré –
Avec le sombre bleu persistent

Quelques lumières améthystes

 

 

NB  ce texte de James Joyce extrait de  « musique  de chambre »  a été publié aux  éditions « le Bousquet- la Barthe »


André Bay – Dérives blanches


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assemblage-sculpture: Louise Nevelson

 


En « avant-propos »

Le Blanc m’obsède
Le Blanc me tourmente
Le Blanc me poursuit, m’aveugle
Couleur des limbes crépusculaires
Suaire des résurrections mortes
Compagnon des crépuscules du soir et du matin
Candidat de blanc vêtu
Blanc qui es-tu ?
Mort poursuivant la vie
Vie poursuivant la mort
Rideau de ma vie morte
Jour tissé de nuit
Blanc de l’amour ici
Et de la mort Là-bas
Blanc de l’absence remplie de vide
Complice du temps qui passe
Le Blanc m’envahit doucement
Et irrésistiblement m’entraîne
Devant la Grande Porte.
Tandis qu’il me pousse et m’attire
Je le distingue partout
Il apparaît là où je ne le voyais pas
Il me poursuit et je le traque…
Avec espoir de mieux le comprendre
Doux compagnon de mes vieux jours…


Georgii Adamowich – Tous les crimes seront pardonnés


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Pour le mot dont vous vous êtes souvenu une fois
Et puis avez oublié pour toujours,
Pour tout cela dans le crépuscule brûlant
Vous avez cherché et vous n’avez jamais trouvé,
Pour le désespoir de vos rêves,
Et pour la maladie grandissant dans votre poitrine,
Pour cette mort à croissance lente
Sans aucun espoir de passer à autre chose,
Pour le « sauvetage », vêtu en blanc,
Et pour le sombre nom de l’amour
Tous les péchés seront pardonnés,
Et tous vos crimes.

Georgii Adamowich (1894 – 1972)


Bernat Manciet – Parmi ce monde aérien le crépuscule


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Image       Ulla Gmeiner

 

 

Parmi ce monde aérien le crépuscule
se fait gouffre bleu puis jardin incendié
puis lampe haute puis flambeau des infernaux
par lande et par bruyère il se cherche un repos

le voici donc mon temps de mauvaise farine
mon lit s’en va avec le soir et le marais
où trouverai-je où se meure ma destinée mauvaise?
où m’endormir en remuant sur un mauvais sommier?

souffle ou songe ton rutilant fantôme
vainement cherche aussi un lieu de refuge
aux fins d’une dernière et triste flambée

une âme comme une carafe nette un angle aigu

où puisse un ciel de neige monter et se
retirer sur une épaule vaine et proche au ciel perdu 


Il n’y a plus dans l’onde …. – ( RC )


 

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Tu es partie , mon amour

Portée par le courant

Dérivant lentement ,

Jusqu’à l’extinction du jour.

Je ne voyais plus dans l’onde

L’empreinte de ton corps,

Mais juste les nuages, brodés d’or ,

En reflets, glissant sur l’eau profonde.

Serais-tu une nouvelle Ophélie … ?

De la vase monteraient des bulles,

Jusque vers le crépuscule ,

Aux rivages lointains de l’oubli…

RC –  oct  2015

 

You’re gone, my love

Carried by the current

Slowly drifting,

Until the extinction of the day.

I could not see in the wave

Any mark of your body,

But just the clouds, embroidered with gold,

In reflections, gliding on the deep water.

Would you be a new Ophelia?

From the mud would rise bubbles,

Amount towards dusk,

The distant shores of oblivion …


Derrière le mur, le ciel joue un concert – ( RC )


la- thphotographe non identifié


Derrière le mur,
Le ciel joue un concert,
Avec des cuivres,
Et des ors,
Brodés sur les nuages.

L’herbe est profonde,
Le champ en pente  douce,
Jusqu’à la rivière,
Dont on perçoit,
Juste le murmure .

On dirait que  dehors t’attend,
Mais tu restes immobile,
Derrière le mur .
Les os sont fragiles,
Mais tu peux risquer quelques pas,

Et ouvrir la porte.
Le crépuscule n’est pas la nuit,
Et du soleil couchant,
C’est sa lumière encore,
Qui donne le relief à la vie.


RC – mai  2015

 


Sur le sommeil du Gange – ( RC )


 

Edelhoff  Varanasi 9193 feet and sari refl--

photo  Ellie  Edelhoff

 

Le regard glissé sur l’horizon jaune
suit l’étale liquide
froncée de vaguelettes.

Des marches s’enfoncent dans l’eau.
Elles mênent peut-être
à un temple submergé

où les couleurs safran
se diluent
comme dans un soleil.

On a quitté la terre.
Les berges déjà loin .
Et dans le contre-jour

une femme ruisselante
au sari rouge,
hypnotise le crépuscule

sur le sommeil du Gange .

RC – mai 2016


Ile Eniger – La lampe de l’ange


art 496

 

peinture: –       artiste non identifié

 

On tombe toujours de plus haut à l’intérieur. Mon père, ma mère, où êtes-vous qui m’avez faite et abandonnée sans même le savoir. Où êtes-vous si loin si près que la compréhension fissure et fond en larmes. C’est un temps périlleux de marche sans appuis, d’existence dépouillée de ce qu’elle n’a pas. La vie est une poignée d’olives sous le pressoir des jours. La mue du temps quitte sa peau au crépuscule, que suis-je dans cette grande conversion ? La lanterne brisée du monde s’agite en tous sens. Quelque chose tremble quand vivre joue avec des allumettes. Je cherche une certitude, une seule mais qui vaille. La fleur dans le jardin en friche. La lampe de l’ange sur la nuit qui se perd. Un silence d’ombre violette quand se déchirent les anciennes écritures et leurs promesses de papier. Le souffle d’un paysan penché sur sa terre. Une trace de confiance malgré les ossuaires. Quand un mouvement d’aile corne le ciel, j’aperçois la terre rousse, les vignes noires, la pelouse tatouée de pissenlits, des abeilles tournées vers le miel. Une étonnante pluie de lumière s’attarde au portant du soir, sa blondeur éparse dit quelque chose que je connais bien, mais que je traduis mal. Le soleil reviendra, il revient toujours.

 

 

provenance lafreniere blog


Benjamin Fondane – des pays qui fondaient comme un fruit dans la bouche


graffiti Mona-Lisa cf site
II y eut autrefois des choses sans musique
des pays qui fondaient comme un fruit dans la bouche
des étés haletants
des silences plus frais que neige
des êtres qui entraient en nous et qui sortaient
sans qu’on s’en rendît compte,
nourritures, paresses savantes, jus d’oiseaux
idiomes heureux, échanges,
de sorte qu’on était ce qui entrait en nous
parfois un cil, parfois un ange
parfois un baobab où la hache faisait
des blessures délicieuses
et quand, souvent, des femmes ou des sangsues roses
se collaient à nos corps
on éprouvait soudain la joie d’être mangé
et le délice affreux de devenir un autre.

Ces choses n’avaient ni commencement ni fin
cela ne finissait pas d’être
pas un trou, pas la moindre fissure
pas un visage lézardé !
les hommes se tenaient coude à coude, serrés,
comme pour empêcher qu’on y passe
pas une absence entre deux vagues
pas un ravin entre deux mots
pas un passage entre deux seins
lourds, gras,
et pourtant au travers de la muraille lisse
quelque chose suintait
l’écho ranci d’une fête étrange, une sueur de musique,
les gouttes d’un sang frais qui caillait aussitôt
sur la peau morte du monde.

Je n’ai jamais rien compris à ces mélanges
j’entrais et d’autres sortaient,
puis d’autres qui tournaient autour du crépuscule
ou se penchaient sur les saisons
et nul ne se doutait que ce n’était pas là
la terre ferme,
que l’océan n’était pas un jardin suspendu
j’entrais à tout instant dans la vie des autres
et j’oubliais de fermer les portes après moi
chacun portait en lui un monde doux et tendre
des coins où l’on était surpris par la douceur
je n’avais pas de nom, comment s’appelaient-ils ?

C’était si bon de ne pas avoir de figure,
si bon d’être poreux, ouvert,
qu’à l’heure de dormir chacun
se disait en rêvant : – que sera-t-elle encore
cette grande journée, sans dieu, du lendemain ?

*Benjamin Fondane


Le sablier – ( RC )


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Se réveillent les eaux sourdes, en profondeur,

Devant chaque feuille morte et chaque crépuscule.

Il y a une tempête,

mais l’espace est clair, tout autour…

 

c’est juste qu’elle est en toi

et vrille une partie de conscience,

sous la mélodie grinçante

d’un vent de sable,

dont les grains s’infiltrent

jusque dans les jardins calmes,

pour envahir l’espace.

 

Au coeur de cette tempête,

il n’y a pas de soleil, il n’y a pas de lune.

Il te faut affronter

le chemin des abîmes,

jusqu’à inventer la lumière.

 

C’est bien après que la rage du vent

soit retombée,

qu’on retrouve ses repères,

et qu’on peut rouvrir les yeux.

 

Le temps se cristallise,

comme s’est écoulé

celui qui est décompté.

De l’intérieur du sablier.

 

RC  dec 2015


Teresa Pascual – Il est venu désormais l’hiver, sans me surprendre


 

photo J Eskildsen

photo J Eskildsen

 

 

Il est venu désormais l’hiver, sans me surprendre .
Je suis avertie par l’obscurité du matin
et le silence obstiné dans les arbres,
la lumière maladive,
le début du crépuscule.
Et maintenant, je ne vais plus revenir au sanctuaire
des heures, que je trouvai une fois à mes pieds
et je ne sais quels sables fouler
ni encore offrir quelles prières .
Vient  déjà l’hiver dans le miroir
d’un visage difficile à reconnaître,
d’un corps qui se lève et regarde les choses
Une personne inconnue les placées si loin de moi
que de les toucher ne peut  jamais m’atteindre
et mes mains engourdis, abandonnent .

 

traduit du catalan

 

HA VINGUT JA L’HIVERN SENSE SORPRENDRE’M

Ha vingut ja l’hivern sense sorprendre’m.
M’avisaven la fosca dels matins
i l’obstinat silenci sobre els arbres,
la malaltissa llum,
la nit anticipada.
I ara ja no regresse al santuari
de les hores que m’he trobat als peus
ni sé per quina arena caminar
ni sé quines pregàries demane.
Ha vingut ja l’hivern sobre l’espill
d’una cara que costa reconèixer,
d’un cos espectador entre les coses
que no sé qui ha posat tan lluny de mi
que al tacte sobre elles no m’arriba
i adormides les mans abandona.

© Teresa Pascual
Extrait de: Arena

Au bord de l’aquarelle – (RC )


aquarelle: William Turner – Venise

Les couleurs transparentes se posent,
Et laissent les reflets en papier blanc,
Il faut les contourner,
Pour que la caresse de l’éclat
De la lumière,
Prenne tout son sens,
Et que le ciel éblouissant,
Se tienne à distance,
Des  eaux tranquilles,
Et des palais de Venise.

Le coeur se serrerait
A oublier ce paysage,
Saisi dans un instant,
D’un crépuscule,
D’un soleil sanglant.
Et le vent,
Echappé d’une bouche noire
Resterait palpable,
Presque,
Au dessus des navires,
Approchant du port…

Chaque détail, accrochant la lumière,
Reste ici, inscrit
Il traverse notre regard,
Comme celui du peintre,
Et nous parvient dans une aube nouvelle,
Un coin de la mémoire,
Une vague suspendue,
L’ombre des pins,
Superposée à elle-même,
Lovée dans le perpétuel
Mouvement du temps …

…Au bord de l’aquarelle.

RC- janvier  2014

aquarelle John Singer Sargent – Venise: Ponte San Giuseppe di Castello 1903


Camille Loty Malebranche – La lune danse sur le parvis de ton corps


image: Laurent Laveder – Telegraph

 

 

La lune danse sur le parvis de ton corps
À ton front visage emblème brun
Chantent les ivresses de lune de la nuit marine
Sur la plage de tes vingt ans au sable des Caraïbes
Tu réponds à la lune, lumière contre lumière !
Astrale et provocante, ton corps lunaire
Contre mon corps, envoûte les vagues des houles océanes.
Tu es l’urne des diamants stellaires au cœur des univers…
Tu es le pétale d’aube au crépuscule marin
Ah ! Ton corps de lune charnelle au charme crural déchirant…
Ah ! Ton corps de sang luné aux pores nocturnes…
Ta chair en transe enrobée de lune !

 

Camille Loty Malebranche

 

visible  sur la page de  « danger poésie »

 


Soleil rouge ( RC )


photo perso - RC

photo perso – 2011

 

 

Tulipe ou pavot,

C’est une robe,

 

Ouverte sans défense,

Aux regards, sans décence…

Variante déposée, prière osée,

Si je me mets à genoux.

Source du photographe,

Et, – – -toujours soif

Je bois aux couleurs, vives

De têtes végétales, sensitives

 

Etoiles d’étamines,

Points noirs sur manteau d’hermine

C’est de feu qu’ensanglante,

La chevelure pétale

 

Poussée contre le crépuscule

En un radieux soleil rouge.

 

RC- 27 août 2013

photo perso  - 2011

photo perso – 2011


Grand accord ( RC )


untitled1-05Peinture : John Haro  ( qui,  dans ses toiles  évoque  souvent la musique)

 

Si tu joues la peinture,

Où la musique a son poids de corps

Et le cor, son poids de mots

Stridence des trompettes

Soutenu par le cuivre

Qu’enlace d’ombre

Le velouté de l’orchestre

Alors l’ocre, en crépuscule des bois

Flûtes et clarinettes

S’entoure de notes grises

Bientôt bues par le pourpre

Envahi de carmin

S’étendant aux confins du rouge

Sur le corps peint de la toile,

En grand accord majeur.

RC – 7 avril 2013

( une  série  des peintures de John Haro, sont visibles  avec ce lien)


If you play the painting,

Where the music has its own body weight

And the horn, its own weight of words

Shrillness of trumpets

Sustained by the copper

Embraced by shadows

The velvet of the orchestra

Then ocher, in twilight woods

Flutes and clarinets

Surrounded by gray marks

Soon consumed by the purple

Invaded with carmine

Extending the borders of the red

On the canvas’ painted body ,

In great major chord.


Lucien Blaga – j’attends mon crépuscule


from Universetodayregard, soleil, 

 

 

 

J’ATTENDS MON CRÉPUSCULE

Voûte étoilée où nage mon regard –
et je sais qu’en mon âme aussi je porte
étoiles en myriades
et voies lactées,
merveilles des ténèbres.
Mais ne puis les voir,
j’ai tant de soleil en moi
que ne puis les voir.
J’attends que se couche mon jour
et que mon horizon ferme ses paupières,
j’attends mon crépuscule, nuit et douleur,
que s’enténèbre mon ciel tout entier
et qu’en moi se lèvent des étoiles,
mes étoiles,
que je n’ai encore
jamais vues.

 

 


Candice Nguyen – Dans l’antre


photo: Steven Dempsey

article  disponible  sur  le blog  de Candice Nguyen:  dont il gaut aussi voir  les productions photographiques...

 

Je suis né dans l’antre et si quelqu’un me demandait, je lui répondrais que rien ne peut se dire en dehors du susurrement.

Je suis né dans l’antre, à l’écart du bavardage des hommes, leur babil incessant qu’ils ne savent plus taire et dont ils ne se rendent plus compte, dans l’antre, et ce bruit m’est assourdissant. Geler à pierre fendre agitation brouhaha tours banques cac et ces singes décident du monde.

C’est contre la mort, la leur, qu’ils s’obstinent dans ce leurre, remplir les espaces du monde un à un, et dans les airs, les moindres interstices, ondes ombres recoins vibrations, partout leurs lumières, leurs flots de paroles sur quel réel : dis-moi, comme si, comme si cela allait faire oublier l’inconstance de toute chose et leur renouvellement, mais sans eux, et après eux.

Acquérir, acquérir et repousser au plus loin là où l’homme n’est plus, n’est plus rien qu’une rumeur lointaine qui agite ses bras désespérément et ses jambes à la recherche d’un point d’eau qu’il aurait suffi de creuser. Creuser. Les puits, les ventres, la lumière, laisse rentrer. On avait quoi à perdre à faire autrement.

Magnésium fortifiants Célestène, passent les amphétamines bêta-bloquants pharmacopée. J’attends la nuit alors pour que la rumeur se taise un peu, toujours trop peu, des voitures qui passent, le cri d’un passant à la sortie d’un bar, un téléviseur qui hurle encore quand les lumières se sont éteintes. J’attends la nuit et je n’allume pas je guette, je guette le crépuscule d’été qui s’étire sans fin dans le ciel et qui tire du bleu clair vers le orange, le jaune, le vert et s’enfonce dans le bleu noir de la nuit, le rouge sang, le violet, la nuit et son presque silence — humain;

Humains, reposez-vous, reposez-vous encore, encore un peu plus jusque demain, silence, viens, viens… Et si les hommes levaient la tête à ce moment précis où le rouge s’accapare déjà le ciel et recouvre nos têtes alors peut-être n’aurions-nous plus besoin d’allumer des cierges encore en la mémoire des morts et des désastres ici et là.


Jorge Luis Borgès – Labyrinthe


 

photo: labyrinthe  de la cathédrale  d’ Amiens

 

 

LABYRINTHE

 

Il n’y a pas de porte. Tu y es
Et le château embrasse l’univers
Il ne contient ni avers ni revers
Ni mur extérieur ni centre secret.
N’attends pas de la rigueur du chemin
Qui, obstiné, bifurque dans un autre,
Qu’il ait une fin. De fer est ton destin
Comme ton juge. N’attends pas l’assaut
Du taureau qui est homme et dont, plurielle,
L’étrange forme est l’horreur du réseau
D’interminable pierre qui s’emmêle.
Il n’existe pas. N’attends rien. Ni cette
Bête au noir crépuscule qui te guette


Marina Tsvétaïéva – Tentative de jalousie


penture : Nicole Cerutti: Baptiste à la flûte

… J’aimerais vivre avec vous
Dans une petite ville,
Aux éternels crépuscules,
Aux éternels carillons.
Et dans une petite auberge de campagne
Le tintement grêle
D’une pendule ancienne – goute à goutte de temps.
Et parfois, le soir, montant de quelque mansarde,
Une flûte
Et le flûtiste lui-même à la fenêtre.
Et de grandes tulipes sur les fenêtres.
Et peut-être, ne m’aimeriez-vous-même pas…

 

Au milieu de la chambre, un énorme poêle de faïence,
Sur chaque carreau, une image :
Rose, cœur et navire.
Tandis qu’à l’unique fenêtre,
Il neige, neige, neige

 

Vous seriez allongé tel que je vous aime : paresseux,
Indifférent, léger.
Par instant, le geste sec
D’une allumette.
La cigarette brûle et se consume,
Et longuement à son extrémité
– Courte colonne grise – tremble
La cendre.
Vous n’avez même pas le courage de la faire tomber.
Et toute la cigarette vole dans le feu.

 

                                                                                                       10 décembre 1916
Marina Tsvétaïéva

Leopold Sédar Senghor – Avant la nuit


 

Avant la nuit, une pensée de toi pour toi, avant que je ne tombe

Dans le filet blanc des angoisses, et la promenade aux frontières

Du rêve du désir avant le crépuscule, parmi les gazelles des sables

Pour ressusciter le poème au royaume d’Enfance.

 

Elles vous fixent étonnées, comme la jeune fille du Ferlo, tu te souviens

Buste peul flancs, collines plus mélodieuses que les bronzes saïtes

Et ses cheveux tressés, rythmés quand elle danse

Mais ses yeux immenses en allés, qui éclairent ma nuit.

 

La lumière est-elle encore si légère en ton pays limpide

Et les femmes si belles, on dirait des images ?

Si je la revoyais la jeune fille, la femme, c’est toi au soleil de Septembre

Peau d’or démarche mélodieuse, et ces yeux vastes, forteresses contre la mort.

 

silhouette marionette   indonésienne, musée  du quai Branly  ( arts premiers)

marionnette en silhouette indonésienne, musée du quai Branly ( arts Premiers)

 


Jorge Luis Borges -Voir.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir que la veille est un autre sommeil
Qui se croit veille, et savoir que la mort
Que notre chair redoute est cette mort
De chaque nuit, que nous nommons sommeil.
Voir dans le jour, dans l’année, un symbole
De l’homme, avec ses jours et ses années ;
Et convertir l’outrage des années
En harmonie, en rumeur, en symbole.
Faire de la mort sommeil, du crépuscule
Un or plaintif, voilà la poésie
Pauvre et sans fin. Tu reviens, poésie,
Comme chaque aube et chaque crépuscule.
La nuit, parfois, j’aperçois un visage
Qui me regarde au fond de son miroir ;
L’art a pour but d’imiter ce miroir
Qui nous apprend notre propre visage.
On dit qu’Ulysse, assouvi de prodiges,
Pleura d’amour en voyant son Ithaque
Verte et modeste ; et l’art est cette Ithaque
De verte éternité, non de prodiges.
Il est aussi le fleuve interminable
Qui passe et reste, et reflète le même
Contradictoire Héraclite, le même
Mais autre, tel le fleuve interminable.

L’autre, le même.


Robert Piccamglio – Midlands – 04


 

photo - Lozere en hiver

 

 

 

 

 

Et que les cruautés

se figent à jamais de glace

sur le bord des berges

où courent ces prairies d’eau

et de fines herbes qu’il nous faudra

encore fouler de nos pas.

 

Non ! Pas l’échec.

Mais l’espérance il le faut

avant que ne vienne la douce torpeur

du matin.

 

Chassant ainsi les étoiles de la nuit

d’abord nautiques.

Puis triste poussière

au milieu des coïncidences

faisant renaître la vie

a l’orée des marées

et des crépuscules.

 

Photo: Andy Goldsworthy - refuge d'art ( Chapelle Ste Madeleine), environs de Digne ( 04)


Jean-Jacques Dorio et son hommage à Mirò – 2 – LE CREPUSCULE AUX DOIGTS DE ROSE


Miro, Constellation 21
Le crépuscule rose caresse les femmes et les oiseaux

LE CREPUSCULE AUX DOIGTS DE ROSE

LE CRÉPUSCULE ROSE CARESSE LES FEMMES ET LES OISEAUX
Les oiseaux sont des flammes qui raniment le printemps
Le printemps en hiver sous l’amandier sans fleurs
Cent fleurs et mille épines qui déchirent nos vies
Nos vies à l’eau de rose à l’eau de purin à l’eau de vie
L’eau de vie où la part des anges n’est pas faite pour les chiens
Les chiens qui lèchent nos arpèges et nos mains que caressent le concert des Constellations
quand le crépuscule est rose
et caresse d’un geste auroral
les femmes et les oiseaux

du blog poétique  et inspiré d’art  de Jean-Jacques: