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Articles tagués “crépuscule

Paul Gravillon – la tristesse et le jour se ressemblent


peinture – Gustave Moreau : l’éléphant sacré

Un visage accroché à des algues
un balcon troué par une bombe
des paupières de violettes
des Joues de crépuscule
des yeux d’orient
perles noires dans un jour glauque
tournées vers le futur
illisibles
tous les genres se mélangent
les classes les races
les femmes se donnent et restent vierges
tout le monde est pardonné
la tristesse et la joie se ressemblent
tout se poursuit
plus rien n’importe
la femme cancéreuse se caresse le sein
les grands hommes ne meurent plus
ils remplissent les rues

faire l’amour c’est faire son salut
la main de parkinson
sème l’or à tous vents
les tigresses ont la caresse facile
et les biches sont sanglées comme des femmes
leur tresse comme une loutre endormie sur l’épaule
fatiguée de tant de pays
leur nudité ne se vend plus
elles entrent à l’académie des beaux-arts
les rois hydrocéphales
se couvrent le front d’une feuille d’or
et les princesses aztèques
les yeux brouillés de sable
sont à genoux et prient entre leurs cuisses
déjà la nuit
a mis ses doigts sur leur joue gauche
déjà se cambre leur jeunesse ‘
et le vieil homme a revêtu
son pyjama d’agonisant

près de sa main s’arrête
la fille aux yeux de lit
aux cuisses aspirantes
ou bien selon les jours
la viergeronnette en madras bleu
dont le pied effleure l’ordure
et dont la chair
sent le pain chaud
mais l’homme se meurt et d’autres baisent
voici la fin et le commencement
les sphinx dans le vent
ont perdu leurs cheveux

II y a aussi des combats dans le ciel
souvent volent des débris d’anges
lumineux ou funèbres
tandis que le vent crie en silence
et que brillent
les cuirasses du soleil
les cavaleries de dentelles fuient
au ralenti

sur le silex du ciel

croisées par les corbeaux qu’attire
l’immense tache rousse
qui sourd à l’horizon
alors les éventails verts
constellés de cris d’oiseaux
éventent les colombes
échauffées par le sang
il pleut tant de lumière
sur les coffrets de bijoux de l,a terre
que toutes les portes
restent closes


Alfonsina Storni – Moi au fond de la mer


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Au fond de la mer
il y a une maison de cristal.
Sur une avenue
de madrépores,
elle donne.
Un grand poisson d’or
à cinq heures
vient me saluer.
Il m’apporte
un bouquet rouge
de fleurs de corail.
Je dors dans un lit
un peu plus bleu
que la mer.

Son monument à Mar del Plata
Un poulpe
me fait des clins d’œil
à travers le cristal.
Dans le bois vert
qui m’entoure
-« din don din dan »-
se balancent et chantent
les sirènes
de nacre vert océan.
Et dessus ma tête
brûlent, dans le crépuscule,
les pointes hérissées de la mer.

( du blog cjb frachet )


Hala Mohammad – Ce crépuscule jaune


photo transfo RC

J’ai posé le plus beau marbre au seuil de la maison
Un marbre vieilli et jaune
J’ai posé un nouveau verrou en bas de la porte
Un verrou de cuivre jaune
J’ai fermé la maison sur tout ce qu’elle renferme
Dans ce crépuscule jaune
Sous l’œil du soleil couchant
J’ai fermé la porte sur la poussière jaune rassemblée
pour me faire ses adieux
Et je me suis retirée de ma vie
Lorsque je vois de loin
Le salon, les miroirs
Les rideaux
Mes robes dans les armoires
Les assiettes dans la cuisine
Le réfrigérateur
La table en bois jaune
Les belles chaises cannées
Qui reflètent la lumière du soleil
Et la répartissent sur le carrelage
En un tapis de lumière
Sous les pieds de la table
Le téléviseur noir
Et muet
Je ne veux pas de fin à ce poème
Que j’écris maintenant
Je veux rester suspendue au-dessus de ce vide
Le vide qui évacue les pensées de mon esprit
Et le métamorphose en cœur

Un seul arrêt cardiaque
N’en finirait pas
Avec tout cet amour.

In Prête-moi une fenêtre, © Bruno Doucey, 2018


Leliana Stancu – berçeuse


Petrov-Vodkin, Kuzma détail de la peinture « l’alarme »

Mon enfant, mon ange,
C’est un rêve étrange,
Chaque soir quand je veille
Ton profond sommeil,
Quand le crépuscule
Emporte tous les jours
Vers d’autres soleils
Attendant l’éveil,
Signe que les Dieux
Avec leurs aveux
Embrassent d’autres mondes,
Et l’amour inonde
Tour à tour, les terres,
Même si celles d’hier,
Vivant en caresse,
Demain, ils les blessent…

Mon enfant, mon rêve,
Chaque jour qui s’achève,
Je murmure un doux
Chant, sur tes chères joues,
Comme une belle corolle
De merveille étole,
Tu m’entends, je sais,
Dans ton monde de fées,
Sans avoir l’orgueil
De donner conseils,
Que même dans ma vie
Je n’ai pas suivis,
Juste quelques légendes,
Ensuite je défends
Tes éternels rêves,
Mon enfant, ma sève…

Mon enfant déesse,
Reçois ma tendresse,
Un jour viendra
Quand on partira
Sur des terres de conte,
Sur des anodontes,
Dans des lointains,
Au-delà des humains,
Quand les beaux voyages
Finiront d’ancrage,
Mais je te promets
Ma bienfaisante fée,
Que tu ne perdras
A jamais mes bras,
Tu vivras toujours
L’infini amour…

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Nous avons vu s’enfuir l’eau – ( RC )


Aquarelle  –  E Delacroix

 

Adossés à un mur brûlant,
nous avons vus s’enfuir,
lentement,
                          l’eau.

Le sol s’est bousculé,
faisant rouler des roches instables,
comme si une poitrine
      se soulevait,
montrant des plaies noires
et des crevasses.

                  Quelques heures encore
avant que ,         d’une faille profonde
                    jaillisse le soufre et le sel,
restes jaunis laissés
par la mer infidèle.

         Quel chirurgien entreprendra
de recoudre la peau assoiffée
de la terre ?
         Les champs, autrefois verts,
portent des tiges malingres,
et il n’est pas rare de découvrir
parmi elles,          des oiseaux desséchés .

Tout le village est secoué.
               Quelques maisons isolées
sur une pente qu’elles ignoraient,
              ont perdu de leurs pierres,
prêtes à s’effondrer
en suivant des cascades de poussière.

Les ors cruels d’un crépuscule
soulignent des silhouettes d’arbres
enchevêtrés.

     L’eau ne reviendra pas,
attirée plus loin,
ou bue par des gouffres sans fond.
              Qui pourrait la retenir
              entre ses doigts ?

     Ceux qui croient aux miracles
     attendront longtemps.
Le jour, même, a détourné les yeux .
Il nous laisse exsangues, au bord du précipice.


Haïku d’un crépuscule – ( RC )


Sun,sunset,dark,clouds,orange - free image from needpix.com

au soleil qu’engloutissent les vagues ,
sombrent des couleurs du monde ,
lourds doigts de ténèbres


Jorge Carrera Andrade – la clé du feu


LA CLE DU FEU
(La llave del fuego)

 

Hernán Cortès, le conquérant du Mexique La « Malinche » et Cortès

Terre équinoxiale, patrie du colibri,
de l’arbre à lait et de l’arbre à pain !
J’entends de nouveau dans les feuilles
le grincement de machine rouillée
de tes grillons et de tes cigales.

Je suis l’homme des perroquets :
Colomb me vit dans son île
et m’embarqua pour l’Europe
avec les oiseaux des Indes
sur son vaisseau chargé
de trésors et de fruits

Un jour, sur le conseil de l’aube
je réveillai les cloches du XIX* siècle
et accompagnai Bolivar et ses gueux héroïques
dans les contrées mouillées
d’une éternelle pluie
traversai la sierra et ses grises bourrasques,
où l’éclair en sa grotte argentée
a son nid et plus loin vers le Sud,
vers le cercle exact de l’Equateur
de feu jusqu’aux capitales
de pierres et de nuages
qui s’élèvent près du ciel et de la rosée.

Je fondai une république d’oiseaux
sur les armures des conquérants
oxydées par l’oubli,
au pied du bananier.
Il ne reste qu’un casque dans l’herbe
habité par des insectes tel un crâne vide
éternellement rongé par ses remords.
Je m’approche des portes secrètes de ce monde
avec la clé du feu
arrachée au volcan, solennel tumulus.

Je te regarde, bananier, comme un père.
Ta haute fabrique verte, alambic des tropiques,
tes frais conduits, sans trêve
distillent le temps, transmuent
les nuits en larges feuilles, les jours en bananes
ou lingots de soleil, doux cylindres
pétris de fleurs et de pluie
en leur housse dorée telle abeille
ou peau de jaguar, enveloppe embaumée.

Le maïs me sourit et parle entre ses dents
un langage d’eau et de rosée,
le maïs pédagogue
qui apprend aux oiseaux à compter
sur son boulier.
Je m’entretiens avec le maïs et l’ara
qui savent l’histoire du déluge
dont le souvenir rembrunit le front des fleuves.

Les fleuves coulent toujours plus devant eux
étreignant chaque roc, peau plissée de brebis,
vers les côtes hantées par les tortues
sans oublier leur origine montagnarde et céleste
à travers l’empire végétal où palpite
la jungle et son cœur sombre de tambour.

O mer douce, Amazone, ô fluviale famille !
Je décoche ma flèche emplumée,
oiseau de mort,
à ton étoile la plus haute
et je cherche ma rutilante victime dans tes eaux.
O mon pays qu’habitent des races fières et humbles,
races du soleil et de la lune,
du volcan et du lac, des céréales et de la foudre.

En toi demeure le souvenir du feu élémentaire en chaque fruit,
en chaque insecte, en chaque plume,
dans le cactus qui exhibe ses blessures ou ses fleurs,
dans le taureau luisant de flammes et de nuit,
le vigilant minéral buveur de lumière,
et le rouge cheval qui galope indompté.
La sécheresse ride les visages
et les murs et l’incendie allume sur l’étendue des blés
l’or et le sang de son combat de coqs.

Je suis le possesseur de la clé du feu,
du feu de la nature clé pacifique
qui ouvre les serrures invisibles du monde,
clé de l’amour et du coquelicot,
du rubis primordial et de la grenade,
du piment cosmique et de la rose.

Douce clé solaire qui réchauffe ma main
par-dessus les frontières
tendue à tous les hommes :
ceux à l’épée prompte et à la fronde,
ceux qui pèsent sur un même plateau la monnaie et la fleur,
ceux qui fleurissent leur table pour fêter ma venue
et aux chasseurs de nuages, maîtres des colombes.

Ô terre équinoxiale de mes ancêtres,
cimetière fécond, réceptacle de semences et de cadavres.
Sur les momies indiennes dans leurs jarres d’argile
et sur les conquérants dans leurs tombeaux de pierre
qui sans trêve sillonnent les âges
ayant pour seule compagnie quelque insecte musicien,
un même ciel étend son regard d’oubli.

Un nouveau Colomb appareille dans les nuages
tandis qu’explose, bref feu muet,
la poudre céleste de l’étoile
et que les cris alarmés des oiseaux
obscurément semblent interroger
le crépuscule.

 

 

extrait  des  » poètes  d’aujourd’hui »  (Seghers)


Thomas Vinau – de ce côté-ci du ciel


photo Bruno Daversin ( Cévennes )

De ce côté-ci du ciel ne perdure qu’une miette, une impression rosâtre, un soupçon de nuage qui disparaît avant d’y accrocher un seul mot.
De ce côté-ci du ciel, le crépuscule est venu me chuchoter que le temps nous rattrape comme un ogre affamé, que dès que je m’assoie il a les dents qui poussent, que la poussière attend, patiente, que chacun lui revienne.

De ce côté-ci du ciel, le vent a battu la cadence pour que l’obscurité avance jusqu’à me piétiner la tête de ses chaussons brillants et laisser dans mes cheveux des paillettes embrumées, des sentiments d’étoiles.

De ce côté-ci du ciel, les parfums se mélangent dans le grouillement du monde. L’air se frotte à la terre. Les arbres s’enlacent entre eux et l’eau creuse des lits sombres pour l’amour des poissons.

De ce côté-ci du ciel, la lune gomme le fracas des hommes, elle efface tendrement les vestiges du vacarme et la terre se repose un peu pendant qu’une poussière explore le monde sur le dos sombre de la lumière.

De ce côté-ci du ciel, les ailes des chauve-souris qui lui chatouillent le ventre font frissonner la nuit et son rire délicat est comme une prière, une chanson lancinante qui nous dit que le vide est le seigneur du monde.


Martine Cros – La tentation du vent


Fichier:Corse-04853-calanche de Piana.jpg — Wikipédia

 

Je vais ce crépuscule tenté par un bain de mer qui vient s’abreuver aux calanques tyriennes, aux rosées des paysages ; je lape l’or aux hanches des falaises qui sombrent dans l’eau mate ; l’évocation de cette union ancestrale gorge mon courage de royaumes d’amour que la nuit entretient
je plonge

Prendre soir

et j’emporte sous ma cape ces senteurs sensuelles de bois que l’on râpe, ces muscs noirs que le zénith éclot à même le rocher ; j’ai pris soin de les cueillir à chacune de mes essoufflées ; puis je range les activités humaines qui peuplent ces vallées virginales que l’enfer souille de ses simonies avant de retrouver
l’onirique ouvrage

nouer la nuit

Je sombre

….


Francis Carco – Six heures


 

Villa Torlonia, Fountain  1907.jpg

peinture:  J S Sargent  1907   Villa Torliona

 

Six heures, c’est la paix des grands jardins fleuris
Que la pluie a mouillés de l’odeur des lavandes,
Tandis que je m’accoude à la fenêtre grande
Ouverte et que, distrait et rêveur, je souris.

Des prêles vaguement luisent dans l’herbe humide
Où rôde la senteur fraîche des foins coupés,
Les premiers. C’est le grand silence et c’est la paix
Qui rêve au cœur des fleurs et des bassins limpides,

Dans les branches se sont blottis les rossignols :
Le crépuscule bleu descend à fleur de sol
Dans tout ce bercement de choses apaisées

Cependant qu’avec des paresses, des douceurs,
Pour veiller ce jardin, comme de grandes sœurs,
Des lampes, gravement, s’allument aux croisées.

Francis CARCO « Poèmes retrouvés » in « La Revue de Paris », 1927


Joseph Brodsky – Dédicace à Gleb Gorbovski


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Quitter l’amour, dans le soleil de midi, sans retour,
et le chuchotement de l’herbe sur les pelouses qui s’enfuient.
Dans le nuage brûlant du jour, dans le crépuscule assoupi
l’aboiement des chiens de la nuit traverse les allées obliques.

Il faut résister à notre époque sombre et courir au-delà de ces années,
il faut oublier à chaque souffrance nouvelle l’infortune d’hier,
accepter à chaque instant la blessure et la douleur,
pour entrer paisible dans la brume des aurores vierges.

L’automne et impétueux en cette année de voyages,
les processions silencieuses du rouge et du noir longent le ciel,
près des arbres nus les feuilles s’envolent et trébuchent
contre les fenêtres et les pierres

Joseph Brodsky


James Joyce – musique de chambre – IV


photo  Chris  Wage

 

IV
L’améthyste du crépuscule mue
Et vire en un bleu toujours plus profond,
Sous la lampe les arbres de la rue

S’emplissent d’un vert et pâle rayon.
Le vieux piano compose un air,
Mélodie gaie, lente et légère ;
Courbée vers les touches jaunies,
Sa tête penche par ici.
Chastes pensées, grands yeux inquiets,
Et mains qui errent à leur gré –
Avec le sombre bleu persistent

Quelques lumières améthystes

 

 

NB  ce texte de James Joyce extrait de  « musique  de chambre »  a été publié aux  éditions « le Bousquet- la Barthe »


André Bay – Dérives blanches


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assemblage-sculpture: Louise Nevelson

 


En « avant-propos »

Le Blanc m’obsède
Le Blanc me tourmente
Le Blanc me poursuit, m’aveugle
Couleur des limbes crépusculaires
Suaire des résurrections mortes
Compagnon des crépuscules du soir et du matin
Candidat de blanc vêtu
Blanc qui es-tu ?
Mort poursuivant la vie
Vie poursuivant la mort
Rideau de ma vie morte
Jour tissé de nuit
Blanc de l’amour ici
Et de la mort Là-bas
Blanc de l’absence remplie de vide
Complice du temps qui passe
Le Blanc m’envahit doucement
Et irrésistiblement m’entraîne
Devant la Grande Porte.
Tandis qu’il me pousse et m’attire
Je le distingue partout
Il apparaît là où je ne le voyais pas
Il me poursuit et je le traque…
Avec espoir de mieux le comprendre
Doux compagnon de mes vieux jours…


Georgii Adamowich – Tous les crimes seront pardonnés


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Pour le mot dont vous vous êtes souvenu une fois
Et puis avez oublié pour toujours,
Pour tout cela dans le crépuscule brûlant
Vous avez cherché et vous n’avez jamais trouvé,
Pour le désespoir de vos rêves,
Et pour la maladie grandissant dans votre poitrine,
Pour cette mort à croissance lente
Sans aucun espoir de passer à autre chose,
Pour le « sauvetage », vêtu en blanc,
Et pour le sombre nom de l’amour
Tous les péchés seront pardonnés,
Et tous vos crimes.

Georgii Adamowich (1894 – 1972)


Bernat Manciet – Parmi ce monde aérien le crépuscule


Ulla Gmeiner 5.JPG

Image       Ulla Gmeiner

 

 

Parmi ce monde aérien le crépuscule
se fait gouffre bleu puis jardin incendié
puis lampe haute puis flambeau des infernaux
par lande et par bruyère il se cherche un repos

le voici donc mon temps de mauvaise farine
mon lit s’en va avec le soir et le marais
où trouverai-je où se meure ma destinée mauvaise?
où m’endormir en remuant sur un mauvais sommier?

souffle ou songe ton rutilant fantôme
vainement cherche aussi un lieu de refuge
aux fins d’une dernière et triste flambée

une âme comme une carafe nette un angle aigu

où puisse un ciel de neige monter et se
retirer sur une épaule vaine et proche au ciel perdu 


Il n’y a plus dans l’onde …. – ( RC )


 

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Tu es partie , mon amour

Portée par le courant

Dérivant lentement ,

Jusqu’à l’extinction du jour.

Je ne voyais plus dans l’onde

L’empreinte de ton corps,

Mais juste les nuages, brodés d’or ,

En reflets, glissant sur l’eau profonde.

Serais-tu une nouvelle Ophélie … ?

De la vase monteraient des bulles,

Jusque vers le crépuscule ,

Aux rivages lointains de l’oubli…

RC –  oct  2015

 

You’re gone, my love

Carried by the current

Slowly drifting,

Until the extinction of the day.

I could not see in the wave

Any mark of your body,

But just the clouds, embroidered with gold,

In reflections, gliding on the deep water.

Would you be a new Ophelia?

From the mud would rise bubbles,

Amount towards dusk,

The distant shores of oblivion …


Derrière le mur, le ciel joue un concert – ( RC )


la- thphotographe non identifié


Derrière le mur,
Le ciel joue un concert,
Avec des cuivres,
Et des ors,
Brodés sur les nuages.

L’herbe est profonde,
Le champ en pente  douce,
Jusqu’à la rivière,
Dont on perçoit,
Juste le murmure .

On dirait que  dehors t’attend,
Mais tu restes immobile,
Derrière le mur .
Les os sont fragiles,
Mais tu peux risquer quelques pas,

Et ouvrir la porte.
Le crépuscule n’est pas la nuit,
Et du soleil couchant,
C’est sa lumière encore,
Qui donne le relief à la vie.


RC – mai  2015

 


Sur le sommeil du Gange – ( RC )


 

Edelhoff  Varanasi 9193 feet and sari refl--

photo  Ellie  Edelhoff

 

Le regard glissé sur l’horizon jaune
suit l’étale liquide
froncée de vaguelettes.

Des marches s’enfoncent dans l’eau.
Elles mênent peut-être
à un temple submergé

où les couleurs safran
se diluent
comme dans un soleil.

On a quitté la terre.
Les berges déjà loin .
Et dans le contre-jour

une femme ruisselante
au sari rouge,
hypnotise le crépuscule

sur le sommeil du Gange .

RC – mai 2016


Ile Eniger – La lampe de l’ange


art 496

 

peinture: –       artiste non identifié

 

On tombe toujours de plus haut à l’intérieur. Mon père, ma mère, où êtes-vous qui m’avez faite et abandonnée sans même le savoir. Où êtes-vous si loin si près que la compréhension fissure et fond en larmes. C’est un temps périlleux de marche sans appuis, d’existence dépouillée de ce qu’elle n’a pas. La vie est une poignée d’olives sous le pressoir des jours. La mue du temps quitte sa peau au crépuscule, que suis-je dans cette grande conversion ? La lanterne brisée du monde s’agite en tous sens. Quelque chose tremble quand vivre joue avec des allumettes. Je cherche une certitude, une seule mais qui vaille. La fleur dans le jardin en friche. La lampe de l’ange sur la nuit qui se perd. Un silence d’ombre violette quand se déchirent les anciennes écritures et leurs promesses de papier. Le souffle d’un paysan penché sur sa terre. Une trace de confiance malgré les ossuaires. Quand un mouvement d’aile corne le ciel, j’aperçois la terre rousse, les vignes noires, la pelouse tatouée de pissenlits, des abeilles tournées vers le miel. Une étonnante pluie de lumière s’attarde au portant du soir, sa blondeur éparse dit quelque chose que je connais bien, mais que je traduis mal. Le soleil reviendra, il revient toujours.

 

 

provenance lafreniere blog


Benjamin Fondane – des pays qui fondaient comme un fruit dans la bouche


graffiti Mona-Lisa cf site
II y eut autrefois des choses sans musique
des pays qui fondaient comme un fruit dans la bouche
des étés haletants
des silences plus frais que neige
des êtres qui entraient en nous et qui sortaient
sans qu’on s’en rendît compte,
nourritures, paresses savantes, jus d’oiseaux
idiomes heureux, échanges,
de sorte qu’on était ce qui entrait en nous
parfois un cil, parfois un ange
parfois un baobab où la hache faisait
des blessures délicieuses
et quand, souvent, des femmes ou des sangsues roses
se collaient à nos corps
on éprouvait soudain la joie d’être mangé
et le délice affreux de devenir un autre.

Ces choses n’avaient ni commencement ni fin
cela ne finissait pas d’être
pas un trou, pas la moindre fissure
pas un visage lézardé !
les hommes se tenaient coude à coude, serrés,
comme pour empêcher qu’on y passe
pas une absence entre deux vagues
pas un ravin entre deux mots
pas un passage entre deux seins
lourds, gras,
et pourtant au travers de la muraille lisse
quelque chose suintait
l’écho ranci d’une fête étrange, une sueur de musique,
les gouttes d’un sang frais qui caillait aussitôt
sur la peau morte du monde.

Je n’ai jamais rien compris à ces mélanges
j’entrais et d’autres sortaient,
puis d’autres qui tournaient autour du crépuscule
ou se penchaient sur les saisons
et nul ne se doutait que ce n’était pas là
la terre ferme,
que l’océan n’était pas un jardin suspendu
j’entrais à tout instant dans la vie des autres
et j’oubliais de fermer les portes après moi
chacun portait en lui un monde doux et tendre
des coins où l’on était surpris par la douceur
je n’avais pas de nom, comment s’appelaient-ils ?

C’était si bon de ne pas avoir de figure,
si bon d’être poreux, ouvert,
qu’à l’heure de dormir chacun
se disait en rêvant : – que sera-t-elle encore
cette grande journée, sans dieu, du lendemain ?

*Benjamin Fondane


Le sablier – ( RC )


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Se réveillent les eaux sourdes, en profondeur,

Devant chaque feuille morte et chaque crépuscule.

Il y a une tempête,

mais l’espace est clair, tout autour…

 

c’est juste qu’elle est en toi

et vrille une partie de conscience,

sous la mélodie grinçante

d’un vent de sable,

dont les grains s’infiltrent

jusque dans les jardins calmes,

pour envahir l’espace.

 

Au coeur de cette tempête,

il n’y a pas de soleil, il n’y a pas de lune.

Il te faut affronter

le chemin des abîmes,

jusqu’à inventer la lumière.

 

C’est bien après que la rage du vent

soit retombée,

qu’on retrouve ses repères,

et qu’on peut rouvrir les yeux.

 

Le temps se cristallise,

comme s’est écoulé

celui qui est décompté.

De l’intérieur du sablier.

 

RC  dec 2015


Teresa Pascual – Il est venu désormais l’hiver, sans me surprendre


 

photo J Eskildsen

photo J Eskildsen

 

 

Il est venu désormais l’hiver, sans me surprendre .
Je suis avertie par l’obscurité du matin
et le silence obstiné dans les arbres,
la lumière maladive,
le début du crépuscule.
Et maintenant, je ne vais plus revenir au sanctuaire
des heures, que je trouvai une fois à mes pieds
et je ne sais quels sables fouler
ni encore offrir quelles prières .
Vient  déjà l’hiver dans le miroir
d’un visage difficile à reconnaître,
d’un corps qui se lève et regarde les choses
Une personne inconnue les placées si loin de moi
que de les toucher ne peut  jamais m’atteindre
et mes mains engourdis, abandonnent .

 

traduit du catalan

 

HA VINGUT JA L’HIVERN SENSE SORPRENDRE’M

Ha vingut ja l’hivern sense sorprendre’m.
M’avisaven la fosca dels matins
i l’obstinat silenci sobre els arbres,
la malaltissa llum,
la nit anticipada.
I ara ja no regresse al santuari
de les hores que m’he trobat als peus
ni sé per quina arena caminar
ni sé quines pregàries demane.
Ha vingut ja l’hivern sobre l’espill
d’una cara que costa reconèixer,
d’un cos espectador entre les coses
que no sé qui ha posat tan lluny de mi
que al tacte sobre elles no m’arriba
i adormides les mans abandona.

© Teresa Pascual
Extrait de: Arena

Au bord de l’aquarelle – (RC )


aquarelle: William Turner – Venise

Les couleurs transparentes se posent,
Et laissent les reflets en papier blanc,
Il faut les contourner,
Pour que la caresse de l’éclat
De la lumière,
Prenne tout son sens,
Et que le ciel éblouissant,
Se tienne à distance,
Des  eaux tranquilles,
Et des palais de Venise.

Le coeur se serrerait
A oublier ce paysage,
Saisi dans un instant,
D’un crépuscule,
D’un soleil sanglant.
Et le vent,
Echappé d’une bouche noire
Resterait palpable,
Presque,
Au dessus des navires,
Approchant du port…

Chaque détail, accrochant la lumière,
Reste ici, inscrit
Il traverse notre regard,
Comme celui du peintre,
Et nous parvient dans une aube nouvelle,
Un coin de la mémoire,
Une vague suspendue,
L’ombre des pins,
Superposée à elle-même,
Lovée dans le perpétuel
Mouvement du temps …

…Au bord de l’aquarelle.

RC- janvier  2014

aquarelle John Singer Sargent – Venise: Ponte San Giuseppe di Castello 1903


Camille Loty Malebranche – La lune danse sur le parvis de ton corps


image: Laurent Laveder – Telegraph

 

 

La lune danse sur le parvis de ton corps
À ton front visage emblème brun
Chantent les ivresses de lune de la nuit marine
Sur la plage de tes vingt ans au sable des Caraïbes
Tu réponds à la lune, lumière contre lumière !
Astrale et provocante, ton corps lunaire
Contre mon corps, envoûte les vagues des houles océanes.
Tu es l’urne des diamants stellaires au cœur des univers…
Tu es le pétale d’aube au crépuscule marin
Ah ! Ton corps de lune charnelle au charme crural déchirant…
Ah ! Ton corps de sang luné aux pores nocturnes…
Ta chair en transe enrobée de lune !

 

Camille Loty Malebranche

 

visible  sur la page de  « danger poésie »

 


Soleil rouge ( RC )


photo perso - RC

photo perso – 2011

 

 

Tulipe ou pavot,

C’est une robe,

 

Ouverte sans défense,

Aux regards, sans décence…

Variante déposée, prière osée,

Si je me mets à genoux.

Source du photographe,

Et, – – -toujours soif

Je bois aux couleurs, vives

De têtes végétales, sensitives

 

Etoiles d’étamines,

Points noirs sur manteau d’hermine

C’est de feu qu’ensanglante,

La chevelure pétale

 

Poussée contre le crépuscule

En un radieux soleil rouge.

 

RC- 27 août 2013

photo perso  - 2011

photo perso – 2011


Grand accord ( RC )


untitled1-05Peinture : John Haro  ( qui,  dans ses toiles  évoque  souvent la musique)

 

Si tu joues la peinture,

Où la musique a son poids de corps

Et le cor, son poids de mots

Stridence des trompettes

Soutenu par le cuivre

Qu’enlace d’ombre

Le velouté de l’orchestre

Alors l’ocre, en crépuscule des bois

Flûtes et clarinettes

S’entoure de notes grises

Bientôt bues par le pourpre

Envahi de carmin

S’étendant aux confins du rouge

Sur le corps peint de la toile,

En grand accord majeur.

RC – 7 avril 2013

( une  série  des peintures de John Haro, sont visibles  avec ce lien)


If you play the painting,

Where the music has its own body weight

And the horn, its own weight of words

Shrillness of trumpets

Sustained by the copper

Embraced by shadows

The velvet of the orchestra

Then ocher, in twilight woods

Flutes and clarinets

Surrounded by gray marks

Soon consumed by the purple

Invaded with carmine

Extending the borders of the red

On the canvas’ painted body ,

In great major chord.


Lucien Blaga – j’attends mon crépuscule


from Universetodayregard, soleil, 

 

 

 

J’ATTENDS MON CRÉPUSCULE

Voûte étoilée où nage mon regard –
et je sais qu’en mon âme aussi je porte
étoiles en myriades
et voies lactées,
merveilles des ténèbres.
Mais ne puis les voir,
j’ai tant de soleil en moi
que ne puis les voir.
J’attends que se couche mon jour
et que mon horizon ferme ses paupières,
j’attends mon crépuscule, nuit et douleur,
que s’enténèbre mon ciel tout entier
et qu’en moi se lèvent des étoiles,
mes étoiles,
que je n’ai encore
jamais vues.