Herberto Helder – De Mundo 02


peinture: Evert Lundquist   – nat morte     1950   Une cuillère débordante d’huile d’olive une main tremble à passer le fil qui partage le monde : cuillères de feu : leur reflet calcine paupières et pupilles – cuillères rasant les braises en équilibre sous les abîmes d’atomes des jours. Parce qu’il doit mourir dans le sommeil tombe l’eau froide, et elle bout, dans le sommeil … Continuer de lire Herberto Helder – De Mundo 02

Patrick Berta Forgas – il était cette fois


photo:  Wolleh   – Cette fois, Les rangs sont froids. Le pas des foules Traîne au pied des monuments. L’empreinte d’une histoire Sans autre imagination Qu’un vieux rêve ravivé, Des siècles assassins D’âmes, dans la nuit. Cette fois, La demeure est cernée Des cendres du cauchemar Qui se relève. Incontinence et pollution Aux draps des sueurs. Cette fois, L’ombre va prendre la couleur Où tout … Continuer de lire Patrick Berta Forgas – il était cette fois

Mahmoud Darwich – (Dans le grand départ je t’aime plus encore)


    Dans le grand départ je t’aime plus encore. Sous peu Tu refermeras la ville. Je n’ai pas de cœur dans tes mains, et pas De chemin qui me porte. Dans le grand départ je t’aime plus encore Notre grenadier après toi a perdu sa sève. Plus légers les palmiers Plus légères les collines, et nos rues dans le crépuscule Et la terre qui … Continuer de lire Mahmoud Darwich – (Dans le grand départ je t’aime plus encore)

Gares – ( Susanne Derève)


    Des gares… des gares… des gares   Et des hommes qui traînent leur ombre nue sur le trottoir Ombre portée                                                                                   dont les mains ont depuis longtemps fini de caresser l’espoir                                                         ou le corps d’une femme   …  Bagarres   Des chiens en laisse macadam d’autres  divaguent                                       au milieu de la bière et des tags pièces serrées dans un mouchoir un … Continuer de lire Gares – ( Susanne Derève)

Sonia Branglido – Une étrange lumière jaune 


  Une étrange lumière jaune Surgie de la page froissée D’un très vieux livre Dessine sur le mur aux oiseaux L’ombre d’un chant mystérieux Rêve éveillé sous un bel arbre L’écorce d’un jeu de mots dits Le silence se fait mélodie Pour donner des couleurs aux voyelles Écrire la musique des larmes de l’automne Entre mémoire et des espoirs La poésie au cœur des arts  Continuer de lire Sonia Branglido – Une étrange lumière jaune 

Amelia Rosselli – Impromptu


  ph  Yves Lecoq     L’esprit de la terre m’anime Un instant ; étendue ou assise je ne regarde pas ma montre ; la tâte  et que je replace à côté de ma tête,  mais sans sommeiller  non plus Pensant s’adresser à son dieu Comme s’il était dans les nuages ! Affaiblie L’enfance emmurée de ces vers sans être autre chose qu’une  imagination picturale  Si dans le champ … Continuer de lire Amelia Rosselli – Impromptu

Robert Piccamiglio – C’est vraiment une grande forêt


Yves LeCoq   C’est vraiment une grande forêt       pour une fois avec dedans des ours et des hélicoptères miniatures Je me couche sur le dos au milieu des sapins ils sont hauts je regarde les fourmis courir comme des folles du lever du soleil au coucher du même soleil C’est vraiment une grande forêt une autoroute la traverse           … Continuer de lire Robert Piccamiglio – C’est vraiment une grande forêt

Sanguine – (Susanne Derève)


        Te souviens-tu d’un certain soir où la pierre comme une sanguine luisait des derniers feux du jour     Où blottie dans tes bras j’aurais voulu te dire l’amour pareil à ces façades   comme un visage offert au regard de l’amant et qu’alentour tout semble fade    Mais déjà tu lâchais négligemment ma main tu remontais l’allée empruntais le chemin sans … Continuer de lire Sanguine – (Susanne Derève)

Michel Seuphor- Onze essais de voix pour un chant du soir (6)


      il  y  a  un  art  de  la  pirouette et il  y  a  un  art  du  silence   une  pirouette  un  silence une  pirouette  un  silence   dose ose doser   si  tu  mets  l’accent  sur  silence une  hirondelle  passe  dans  le  ciel si  tu  mets  l’accent  sur  pirouette c’est  le  grand  retour  des  neiges  d’antan   sème  sème   sème sème  des  deux … Continuer de lire Michel Seuphor- Onze essais de voix pour un chant du soir (6)

André Spire – CLAC ! CLAC!


photo perso – Vaucluse Les cornes de la vigne Se balancent, se balancent. Les cornes de la vigne Se balancent, se cherchent. Touche, touche, la corne ! Approche, frôle, touche ! Un jour, deux jours de danse, Saluts et révérences. Touche, touche, la corne ! Frôle un peu, touche, touche ! Le vent souffle plus tiède, Et clac ! entrelacées ! Mais pfut ! le … Continuer de lire André Spire – CLAC ! CLAC!

Candice Nguyen – dans l’intervalle le silence


photo Michael Kenna  –  Campo de Criptana, Espagne, 1996     il y eut un battement. puis un autre la scansion d’un mouvement dans l’intervalle le silence ou le silence partout hors de lui qu’importe c’est un cri inévitable retenu, au bord trop près que le cœur semble si serré qu’il va se défaire et couler à tes pieds une fêlure au-dessous se dessine se … Continuer de lire Candice Nguyen – dans l’intervalle le silence

Le peintre et son modèle – (Susanne Derève)


  Ces roses compassées les desseins de la chairle matin qui pâlit aux entrées de l’hiverCe long sommeil sous votre peauet cette nuit les oripeauxque j’abandonne pour vous plaireCe plaisir près de la souffranceet cet aiguillon de l’absence Je vous espère Ne laissez pas le jour effacer la pénombrequand je vous rejoindrailes parfums amassés adouciront les ombresJe vous devinerai rien qu’avant de vous voirabandonnéecomme l’opale … Continuer de lire Le peintre et son modèle – (Susanne Derève)

Rainer Maria Rilke – Portrait intérieur


        Ce ne sont pas des souvenirs qui en moi t’entretiennent ; tu n’es pas non plus mienne par la force d’un beau désir.   Ce qui te rend présente, c’est le détour ardent qu’une tendresse lente décrit dans mon propre sang.   Je suis sans besoin de te voir apparaître ; il m’a suffi de naître pour te perdre un peu moins.   … Continuer de lire Rainer Maria Rilke – Portrait intérieur

De la sueur des hommes- (Susanne Derève)


  Que sait-on de la poussière des grueset de la sueur des hommes Que sait-on des derniers relents de la nuitquand l’humidité ronge insinuecoule sous les paupièresla sève brulante du sommeil arrachéau café du petit matin Muscles gourds sous les bleus de chauffecorps durcis endurcis muetscorps lasdu cliquetis des biellesde l’aigre stridulation des essieuxde leur implacable giration de chronomètre Métal glacé des crevasses profondesgerçures plaies … Continuer de lire De la sueur des hommes- (Susanne Derève)

Alfonsina Storni – Je vais dormir (Voy a dormir)


                        Dents de fleurs, coiffe de rosée, mains d’herbe, toi ma douce nourrice, prépare les draps de terre et l’édredon sarclé de mousse. Je vais dormir, ma nourrice, berce-moi. Pose une lampe à mon chevet; une constellation, celle qui te plaît; elles sont toutes belles : baisse-la un peu. Laisse-moi seule : écoute se … Continuer de lire Alfonsina Storni – Je vais dormir (Voy a dormir)

Chúc Mừng Năm Mới – Bonne année (Susanne Derève)


                          ORIGINES     Je pars rejoindre le pays des origines Doux pays de fleuves et de rizières Aux petits matins de brumes légères   Je pars, je rejoins le pays du Levant Ses  barques de bambou ses jonques ses rivières Ses fleurs de lotus roses fleurs altières   Ses chemins de terre … Continuer de lire Chúc Mừng Năm Mới – Bonne année (Susanne Derève)

Le temps passe, indifférent sur toutes les guerres – ( RC )


gravure : Félix Valotton Hier il pleuvait des hallebardes , on se parfumait au gaz moutarde , au-dessus des corps pèle-mêle , les obus pleuvaient comme grêle aujourd’hui c’est plein soleil , mais le sang est toujours vermeil… le temps rit encore comme il riait naguère , et passe indifférent sur toutes les guerres . – RC – nov 2018 Continuer de lire Le temps passe, indifférent sur toutes les guerres – ( RC )

Un jour sans mots – (Susanne Derève)


Je ferai d’aujourd’hui un jour sans mots un jour pour  rien un jour d’oubli Le gel a brodé de ses noires dentelles mes roses de Noël  mes roses vertes mes roses sève Elles    qui fleurissaient mon cœur de vase bleue empli  de tourbe et de fumée                                                      J’ai refermé les mots de la souffrance avec une clé de métal froissé Il faut prendre garde à l’errance … Continuer de lire Un jour sans mots – (Susanne Derève)

Albert Camus – l’envers et l’endroit


un petit  extrait poétique  significatif …   « Ce jardin de l’autre côté de la fenêtre, je n’en vois que les murs. Et ces quelques feuillages où coule la lumière. Plus haut, c’est encore les feuillages.            Plus haut, c’est le soleil. Mais de toute cette jubilation de l’air que l’on sent au-dehors, de toute cette joie épandue sur le monde,  … Continuer de lire Albert Camus – l’envers et l’endroit