Edouard Glissant – La nuit à peine mue –


LA NUIT A PEINE MUE, elle mi-close, elle surprendL’humus : la part de moi qui s’acharne, s’inquiète et crieLe temps remue de douces ailes, c’est le drap des songesTendez-le sur la mer, qu’il apaise, qu’il dissimule.Il crie: Vous n’êtes que furies sur l’abord de la côte.Questions voraces, faims, et traces d’oiseaux fous. (Gabelles.) Poésies 84Janvier Février 1984Revue Bimestrielle dirigée parPierre Seghers Continuer de lire Edouard Glissant – La nuit à peine mue –

James Joyce – musique de chambre – XVI


XVI Dis adieu, adieu et adieu,dis adieu à tes jeunes jours,Vient te séduire l’Amour joyeuxet courtiser ton jeune atour –le corsage ornant tes façons,Le filet sur tes cheveux blonds. Quand tu entendras son nom portépar les trompes du chérubin,Pour lui commence à libérertout doucement ton jeune seinEt défais doucement le filetqui marque la virginité. XVI Bid adieu, adieu, adieu,Bid adieu to girlish days,Happy Love is … Continuer de lire James Joyce – musique de chambre – XVI

la fuite éperdue du langage – ( RC )


Ici ce sont des motsaccrochés aux poteaux.Ils balbutient,aux orgues du couchant,et peut-être que le concertistea pris les devantsavec mille et une variations,du cor nuqui délaisse les boispour résonner, ingénusous d’autres climatsd’autres lois . Et ce sont celles de la villequi indiquent au passagela fuite éperdue du langageemporté par la symphonie urbaine.Lire ce récit comme une partitionserait bien chose vaine :Jusqu’aujourd’hui on n’a jamais puen faire … Continuer de lire la fuite éperdue du langage – ( RC )

Il rêva ce cor nu – (Susanne Derève)


Il rêva ce cor nul’olifantun cerf filant sous la raméeune biche aux aboiset leur fuite éperdueles orgues du couchantla mise à mort la curée Il rêva d’un corps nuplus pur qu’un corps d’enfantde la douceur des drapssur sa peau de son rire ingénuIl rêva d’être amant Il rêva d’un cor nurêve de concertistedans une symphonieportée par les hautboissi fervente et si tendre qu’il s’éveilla tremblantse … Continuer de lire Il rêva ce cor nu – (Susanne Derève)

Julien Bosc – écrire avant de se taire


écrire avant se taire rallumer son feu dès l’aube peler l’orange raccommoder sa langue et sa peau compter les gouttes de pluies glissées sous le rameau nu du pommier laisser venir offrir un toit au vent  et si du dedans le papillon frappe au carreau de la fenêtre ou de la porte lui parler peu sans surtout forcer la voix le prendre dans le creux … Continuer de lire Julien Bosc – écrire avant de se taire

Armand Silvestre – Nénuphars


Sur l’eau morte et pareille aux espaces aridesOù le palmier surgit dans les sables brûlants,Le nénuphar emplit de parfums somnolentsL’air pesant où s’endort le vol des cantharides. Sur l’eau morte à l’aspect uni comme les flancsD’une vierge qui montre aux cieux son corps sans rides,Le nénuphar, nombril des chastes néréides,Creuse la lèvre en fleur de ses calices blancs. Sur l’eau morte entr’ouvrant sa corolle mystique,Le … Continuer de lire Armand Silvestre – Nénuphars

Justo Jorge Padron – la visite de la mer


Sur l’oxydation verte des rochersje me réserve, je le sais, une merveille.l’eau en images va et vient.Son écume bâtit des temples diaphanes.Des régions de diamantséclatent miettes dures contre le basalte noirlaissant la brise constelléed’amandiers neigeux et tremblants.Leurs émaux à peine tournoientdans le miroir prodigue du soleilet retournent à l’eau comme pluie fourvoyée.Reviennent les chevaux en incessants suicides.Formant une unité parfaite. Un voisinage.Une haleine les guide, … Continuer de lire Justo Jorge Padron – la visite de la mer

Colette Seghers – Ne me cherche jamais


Ne me cherche jamais Tu me cherchais? Ne me cherche jamais, je suis là, embrassée du cœur aux chevilles dans tes mains d’homme et ta mémoire. Et nouée comme une pièce d’or dans le trésor confidentiel de ta vie, brigandée dans l’envers du temps… Ne me cherche jamais, je suis là, la nuit peut bien sécher ses grands trains d’herbes fauves et lancer sur ses … Continuer de lire Colette Seghers – Ne me cherche jamais

M.C.Richards – Ils dorment


photo Helmut Plamper – Toscane THEY ARE SLEEPING I have painted the female hillsstretched and piled against the sky.They are sleeping.I have given them golden haloes.They are saints.They are sleeping.I have painted the gold in clouds and crevices as well,meaning to say how they too are saints,how the world sleeps,how womanly is the landscape,how a whiskered angel also sleeps, as a field of grain. ILS … Continuer de lire M.C.Richards – Ils dorment

Zone portuaire – ( RC )


montage et photos RC C’est un jour où l’hiver fait relâche,au bas de la villeoù dansent les gruesjouant de leurs muscles orange.Nous avons longé la zone portuaire,les façades abruptes des entrepôts,où l’océan pousse et respire l’iodeau pied de la jetée. Les camions en attente,derrière les grillages hostiles,les bâtiments blanchâtresoù s’entassent de vieux pneus,les containers empilésse refusant à l’esthétique,ainsi les odeurs de goudron et d’huilerevêches , … Continuer de lire Zone portuaire – ( RC )

Ivo Fleischmann – Vers


Les secrets. Nous en sommes entourés.Un seul visage, ou deux ?J’écoute ton souffle et quand tu ouvres les yeuxet que tu me demandes pourquoi je veillejamais je ne dirai le nom de la rue le nom de la villele chiffre de l’annéeJamais je ne dirai que des nuages là-haut filent vers l’horizonJe te soulève de la rivière où tu dorset je t’y replonge pour descendre … Continuer de lire Ivo Fleischmann – Vers