Pentti Holappa – Sacrement


Le pain de chaque jour et l’amoursont notre chagrin. Notre soleilne féconde pas l’asphalte de nos champs,goulet carrossable. Facile est difficile,l’éternel s’oublie vite. Et l’amour: jouissance le premier jour,douleur le second, au troisième la solitude.Le regard d’un passant qui brûle l’âmerépète ceci: l’amour passe sur la route,goulet carrossable. Aussi longtemps que la sueur sera salée,les larmes cuisantes,la faim de notrecorps sera vraie chaque jouret sa … Continuer de lire Pentti Holappa – Sacrement

Un pont sur les rêves – ( RC )


C’est une voie étroitequi s’élanceau milieu des flots. Juste quelques récifs battus par les embrunsla maintiennent . Pour prolonger le jour,sous le ciel étoilé, il me faudra quelques signes, ceux du zodiaque peut-être,un horizon bleutépour me rapprocher des îles. Je jetterai un pont,quelques lignes sur les rêves,transformerai le calvaireen phare de lumière, très loin d’iciprêt à immobiliser les vagues. Est-ce un morceau d’infini ce ciel … Continuer de lire Un pont sur les rêves – ( RC )

Susanne Derève – Supplique à Madeleine –


  En écoutant Valeriu Stancu * ( Voix vives de Méditerranée Sète 2021) …  . Une langue inconnue me parle de la mortdes fleurs et de l’attente Le vent se tait dans les bougainvillées J’écoute sans comprendrela voix qui roule son timbre de rocaillefranchit les lèvres et sonne clairà l’ombre du clocher me dit que la poésie est musiquechantsous l’aisselle douce des pierres contrechantmauve pénombre … Continuer de lire Susanne Derève – Supplique à Madeleine –

Julian Tuwim – Le bossu


Belles cravates, Jolis tissus, Mais inutiles, puisque je suis bossu ! Celle-ci, rayée d’argent, M’irait très bien… A quoi bon ; n’importe comment On n’en verrait rien. Qu’elle soit en’arc-en-ciel, En soie de Lyon, en laine d’Ecosse, Vous ne direz pas : — Vise la cravate ! Vous direz tous : — Vise la bosse ! Il me faut une écharpe longue, La plus belle … Continuer de lire Julian Tuwim – Le bossu

Benjamin Fondane – Ulysse, une déesse à tes côtés


Tu avais une déesse à tes côtés, Ulysse! À quoi sert-il de voyager?Une jarre de lait calme, les cuisses de l’épouse,les jours comme des pommes tombées dans le verger,une belle lumière lisse,la paix de l’œuvre faite et la nuit à l’auberge,vieillir tout doucement près d’un pichet de vinquand la lune blanchit le large,tout en trinquant avec des marins revenus infirmes,d’on ne sait quelles batailles louchesqu’on … Continuer de lire Benjamin Fondane – Ulysse, une déesse à tes côtés

Élagueur des clairières – ( RC )


Élagueur des clairières,sais tu que tu défrichesle langageautant que le feuillage ? Tu puises tes motsdans la lumière accrue,et fixe l’ombre des ramées. Il faut goûter la rigueur des hivers, réciter les strophes comme autant de bois coupé,tout ce qui a subi les songeset la pluie ; violence du geltraversant le chant de plume,sa violence sourdequi détache l’écorceet retire la sève pour n’en garder que … Continuer de lire Élagueur des clairières – ( RC )

Oiseau aux premières gelées (Susanne Derève)


  Oiseau soyeux qu’effraie mon pas, qu’effeuille mon poème , emplis de ton vol le fracas  de la nuit ,                                    l’hiver est là :  sa botte de givre pèse sur ma bohème .                                                              Je n’aime … Continuer de lire Oiseau aux premières gelées (Susanne Derève)

Michel Foissier – un pressentiment rongé par la fuite du temps


avaler un sandwich un demi pression un cafélaver les pieds des morts avant le petit jourse coucher enfin parmi les débris de vaisselle saleparmi les pétales de fleurs fanées comme si la torture n’était qu’un mauvaisà passerun pressentiment rongé par la fuite du tempsune promenade à petits pas de laine grisesous les ponts la richesse se consomme à la va-viteles doigts des amourettes construisent des … Continuer de lire Michel Foissier – un pressentiment rongé par la fuite du temps

En quittant la Cène – ( RC )


Tu peux mettre la table,puis renverser la sauce,découper le gigot en petits morceaux,sceller le fromage dans un coffre. Mais oublieras-tu ta faim éternelle,les osselets qui tintinnabulentdans une boîte en fer blanc,identique à celle que tu portesdepuis la naissance ? Tu as quitté la Cène,en oubliant ton auréole,mais tu pourras toujourstémoigner du dernier repas,et placer des reliquesdans les églises,les garantissant authentiques. Un certificat d’origine sera fourni,avec un … Continuer de lire En quittant la Cène – ( RC )

Tristan Cabral – Plus personne n’arrive à Ellis Island…


  Plus personne n’arrive à Ellis Island…des visages anciens glissaient sur l’East RiverEt j’étais plein d’un vieux sang arménienou peut-être italien je portais le carquois de l’indien brise-lamesavec pour toute aurorele vieux regard des émigrantsvêtus de peur et de douleur plus personne n’arrive à Ellis Island… Sur l’East Riverj’allais dans un canot avec Petite Fleurcouchée en chien de fusilje portais vers le Nord des ballots … Continuer de lire Tristan Cabral – Plus personne n’arrive à Ellis Island…

Laurent Gaudé – Si un jour tu nais


« Si un jour tu nais,Ne crois pas que le monde se serrera autour de toi,Pressé de voir ton visage,Dans une agitation de grands festins.N’imagine pas qu’on se bousculera,Que chacun voudra te regarder, te prendre dans ses bras, te recommander aux dieux.On t’a parlé des cris de joie qu’on pousse à la naissance d’un enfant,On t’a dit la liesse,Les coups de feu tirés en l’air,Les tambours,La … Continuer de lire Laurent Gaudé – Si un jour tu nais

Chauve-souris – (Susanne Derève) –


        Attrape-songes,  souris aux mains ailées ,        j’ouvrirai grand portes et fenêtres       à ton vol effaré, petit cerf-volant éperdu de chair  et d’os,                                                                                                  vers les toits glacés de la nuit,         noir accent circonflexe   griffant  la lune rousse       et je  m’endormirai légère       d’avoir lesté … Continuer de lire Chauve-souris – (Susanne Derève) –

Thomas Vinau – Nos cheveux blanchiront avec nos yeux


Qu’est-ce que j’en fais moi de tout çà ? Des fils de laine dans sa petite main. Des murmuresquand tu t’endors. De la chaleur sur les crépis.Du givre blanc sur les pare-brise. Du brouillard quimonte doucement. De la montagne de linge sale. Du troud’argent de la pleine lune. Du pigeon déchiquetépar le chien. Du panache de l’écureuil. Des brindillesfraîches dans mes mains. De trois roses … Continuer de lire Thomas Vinau – Nos cheveux blanchiront avec nos yeux

Instantané des jours heureux – (Susanne Derève)


  Par-dessus mon épaule ce n’est pas le premier soleil du matin                                           ni les cloches du Dimanche à la volée du ciel mais vos rires d’enfants qui me rejoignent                Instantané des jours heureux, caresses, joue contre joue,                                                                                             soie des baisers, jeux du réveil, vos cils brodés de sommeil, la dent de lait sous l’oreiller, petit chicot qu’ourlait une goutte vermeille,   – … Continuer de lire Instantané des jours heureux – (Susanne Derève)

Un livre difficile absorbe son temps de lumière – ( RC )


C’est un livre difficilequi absorbe son temps de lumièreavant que le savoir se diffuse en pensées lentesqui grandissent en toi : heures de vie studieuses où juste t’accompagne dans la cellule videla flamme d’une chandelle . Sa lueur vacille au moindre courant d’air,et si tu lèves les yeux du livrepour la regarder,seules, les ombresaccompagnent ta veillée,hors du savoircontenu dans ces pages . Fais vite avant … Continuer de lire Un livre difficile absorbe son temps de lumière – ( RC )

Alfonsina Storni – L’or de la vie –


L’or de la vie De la corolle noire de la vie Je fais souvent jaillir une petite étamine d’or. Je féconde des fruits, je ferme le calice d’or, Rit ma vie. Je redeviens noire. Mais dans la nouvelle vie Jaillit de nouveau la petite étamine d’or. Rit ma vie Lorsque viennent la toucher les papillons d’or. Noirceur, ensuite l’or Précieux de la vie. El oro … Continuer de lire Alfonsina Storni – L’or de la vie –

Pierre Lieutaghi – lumière close ( extrait 1 )


Lucia, c’est la meilleure façon de m’adresser à vous d’aussi loin. Prenez-le comme une lettre parlante. Il y aura beaucoup de blancs parce que je devrai souvent revenir en arrière. À la fin, je ne me réécouterai pas, sinon je n’en aurai jamais fini. Quand j’écrivais, rappelez-vous comme c’était plein de ratures. Si vous pouviez entrer dans cette pièce, ce serait sûrement plus simple, je … Continuer de lire Pierre Lieutaghi – lumière close ( extrait 1 )

Gabriela Mistral – l’amour muet


trad Nicole Laurent-Catrice( variante dans Biblioteca Premio Nobel, éd. Aruilar : Amor, Amor.) Si je te haïssais, je te jetterais ma haine dans des mots, ronde et sûre; mais je t’aime et mon amour ne se fie pas à ce parler des hommes, trop obscur.Tu voudrais qu’il s’exprime en cri déchirant, mais il vient de si profond qu’il a, défaillant, répandu son flot brûlant bien … Continuer de lire Gabriela Mistral – l’amour muet

La maison de la cascade – ( RC )


C’est ici que tu inventes le monde :Tu déplaces quelques rochers pour asseoir au mieuxla maison que tu vas construireloin de la ville. Comment ouvrir les yeuxsur la forêt,et faire comme si on y était ? Il y aura de grandes baiescomme si la construction se passait de murs. Des plages de béton aux colonnes de pierre, un temple en devenir ouvert sur la lumière … Continuer de lire La maison de la cascade – ( RC )

Lambert Schlechter – harengs à mariner


Toutes les six semaines, pendant la mauvaise saison, des harengs à mariner, rondelles d’oignons, clous de girofle, feuilles de laurier, lait & crème, toute la Manche dans le saladier, l’embrun de Scheveningen, sable humide, respirez, disait ma mère, respirez, l’iode c’est sain, et elle montrait comment respirer, et on respirait, fâcherie façonnement factorerie, chaque mot a une odeur, mais faut pas dire ce que ça … Continuer de lire Lambert Schlechter – harengs à mariner

Partout des pierres – Susanne Derève –


. Partout des pierres hors et dedans l’eau dans le fil des ruisseaux et le lit des rivières aux berges lentes des chenaux abimées dans de sombres reflets d’émeraude   où serpentent doucement les nuages comme de blancs bateaux qu’y  jetterait  le ciel . Des  pierres écrasées de soleil comblant les grandes drailles désertes de l’été éraillant le ventre des Causses parmi les lavandes  les blés les … Continuer de lire Partout des pierres – Susanne Derève –

Le coeur funambule – Ecchymoses


Sur les ecchymoses du jour Perlent quelques gouttes de ciel L’onguent du crépuscule Brode un ourlet pourpre Aux jupes élimées des vagues Brindilles de mer Le souffle du courant Efface les taches de l’oubli Sur les visages de l’eau Toutes les teintes du vent Accrochées aux ailes des mots En friselis d’écume Dansent aux marges des rochers Le bavardage des algues En strophes d’ombre et de lumière … Continuer de lire Le coeur funambule – Ecchymoses

Les doigts gourds – ( RC ) – le clavier tempéré ( SD )


variation réponse à SD, dont le texte suit J’ai en mémoire           le buffet noir     qu’a peint Picasso,et qui me rappellece sévère piano droit,où l’on devait faire les gammes,faire courir les doigtssur un clavierqui restait froid( et n’avait rien de tempéré ). Faire que les mainsparcourent les touches d’ivoire,prenant les blanches pour les noires,en suivant la Méthode Rose( on n’espère pas encore … Continuer de lire Les doigts gourds – ( RC ) – le clavier tempéré ( SD )

Leliana Stancu – berçeuse


Petrov-Vodkin, Kuzma détail de la peinture « l’alarme » Mon enfant, mon ange,C’est un rêve étrange,Chaque soir quand je veilleTon profond sommeil,Quand le crépusculeEmporte tous les joursVers d’autres soleilsAttendant l’éveil,Signe que les DieuxAvec leurs aveuxEmbrassent d’autres mondes,Et l’amour inondeTour à tour, les terres,Même si celles d’hier,Vivant en caresse,Demain, ils les blessent… Mon enfant, mon rêve,Chaque jour qui s’achève,Je murmure un douxChant, sur tes chères joues,Comme une belle … Continuer de lire Leliana Stancu – berçeuse

Carcasse d’un demi-queue en grimaces – ( RC )


photo:   Robert Meffre  – Lee Plaza Hotel  – Detroit Dans la vaste salle  du Lee Plaza les chaises renversées attendent sans public… Arcs à caissons, décorés pour des fastes costumés, . bals sur les parquets cirés la lumière accrochée aux gravats bleutés souligne un décor, – quelque peu fortuit – de fenêtres ouvertes sur courants d’air et carreaux qui font – en reflets d’un … Continuer de lire Carcasse d’un demi-queue en grimaces – ( RC )

Raymond Queneau – Les chaussettes –


A cheval sur sa motocyclette le fermier va s’acheter une paire de chaussettes au marchéLe gars Thomas le gars Léon le gars Gaspard le gars Gaston arrivent aussi sur leurs motocyclettes pour faire des emplettesà table qu’il fait bon boire et casser une petite graine on peut même entamer une manille coinchéeles forains plient bagages emportant leurs assiettesleur pacotille leurs étalageset leurs paires de chaussettes … Continuer de lire Raymond Queneau – Les chaussettes –

Jean-Luc Sarré – qui sera son autel ce soir ?


Les oiseaux se sont tus, soudain, les vaches ont cessé de brouter, les filles ne fanent plus que d’un œil et les vieilles qui le croisent se signent, bourdonnent cinq Ave, pressent le pas… Dans le hameau où la pierre froide mêle son odeur à celle des bois il cogne aux portes, toque aux carreaux à travers lesquels il peut voir sur les murs ricaner … Continuer de lire Jean-Luc Sarré – qui sera son autel ce soir ?

Vision du Menez-Hom – ( RC )


Quand on penseque culminaientde fières montagnes,comme le sont aujourd’huiles Alpes,et qu’une chainemarquait peut-êtrela frontière avec ce que sontles îles des « Grands-Bretons ». C’était sans doutebien avantque les hommesne prennent pied vers le Menez-Hom,dont la baseest la côte mêmede la mer d’Iroise… Elle ne fut peut-êtrequ’un lagon sous les tropiquesoù une légion de crocodilescirculait entre les îles. Vision occidentaledépassée par les évènements géologiqueset ne figurantsur aucune carte … Continuer de lire Vision du Menez-Hom – ( RC )

Le rouge à vos joues – (Susanne Derève) –


Et le rouge à vos joues et le baiser des nuits jeunes filles les avez-vous trahis ? Les avez-vous jetés au feu avec les larmes, aviez-vous fomenté de si tendres alarmes qu’elles vous faisaient des rêves trop pesants ? Et vous jeunes gens qu’étourdissaient les ailes du désir avez-vous jamais entendu leurs soupirs , leur aviez-vous rendu les armes ? Continuer de lire Le rouge à vos joues – (Susanne Derève) –

Le logis de la cartomancienne – ( RC )


Tout en haut de l’escalier d’une maison délabrée à façade grise c’est le logis de la cartomancienne… – Un chat blanc à la tête couleur de suie, veille, avec indifférence sur une boîte en osier devant l’entrée qui reste ouverte en permanence: jamais il ne sommeille; – C’est à cet animal qu’on pose les questions sur le palier comme c’est l’usage: -petit sphynx, petit lion- … Continuer de lire Le logis de la cartomancienne – ( RC )

Boris Pasternak – Une aube encore plus suffocante-


. Tout le matin, le pigeon a roucouléSous vos fenêtres.Sur les chéneaux j’ai vuLes branches engourdiesComme des manches de chemises mouillées.Il commençait de pleuvoir. A la légèrePassaient les nuages sur la poussière du marché. Ils berçaient, je le crains, mon angoisseSur un éventaire de colporteur…Je les ai suppliés de cesser.N’allaient-ils pas cesser ?L’aube était grise comme une querelle au milieu des buissons,Grise comme une rumeur … Continuer de lire Boris Pasternak – Une aube encore plus suffocante-

Ara Alexandre Shishmanian – Fenêtre avec esseulement


Parfois c’est comme si on marchait à même le cielcomme si l’asphalte lui-même s’égarait quelque partderrière le couchant,chaque pas est un pari – tu ne l’achèves qu’après l’avoir gagnépour rien – et précisément rien que pour personnec’est pourquoi peut-être nous nous consolons toujoursavec les tunnels – avec un monde souterraintoute cette terre est un corps formé d’autres corpsqui se dévorent les uns les autresla terre … Continuer de lire Ara Alexandre Shishmanian – Fenêtre avec esseulement