Jean-Luc Parant – le chant du vide


C.M. – Mais la musique n est-ce pas le chant du vide ? J.-L.P. – Oui, car si être aveugle c’est avoir perdu le soleil, être sourd ce serait avoir perdu le vide. Un texte qui ne laisserait rien entendre ne se laisserait pas lire. La lumière sans l’espace ne pourrait pas l’éclairer, la nuit le recouvrirait aussi vite.Si les oreilles sont placées de chaque … Continuer de lire Jean-Luc Parant – le chant du vide

Trop lourd, pour que je reste debout, à la surface du monde – ( RC )


gravure sur bois Lynd Ward Le poids de ma tête est trop lourdpour que je reste debout,à la surface du monde.Je le creuse avec les dents,la face contre terre,et il m’arrive de trouver,quand je dévisse un membre,mon double, sculpté dans le bois,par ces racines revêches,qui ont fini par absorber mon sang. C’est ainsi que ma vue s’est brouillée,sans doute à cause de la poussière,qui, elle … Continuer de lire Trop lourd, pour que je reste debout, à la surface du monde – ( RC )

Titos Patrikios – maison amie


Résidence provisoireEncore une maison amieoù habiter une semaine,un mois entre le lac et les montagnes basses. Une semaine, pas plus,Un mois, pas davantage, loin de toi. Chaque journée ici, au moment de sa fin,ne s’assemble pas avec l’autre. Quand tombe l’obscurité je place des haillonsdans les fentes des fois que la mort y pénètre,quand le temps tourne je change d’habits et de démarchedes fois qu’elle … Continuer de lire Titos Patrikios – maison amie

Jean-Christophe Belleveaux – Komodo –


je n’avais pas de havresac jeté sur l’épaule, le bateau était pourtant là qui nous attendait, dans le port de Labuhanbajo, un petit bateau de pêche en bois, tout simple, bleu et blanc,une ancre rouillée à la proue : Émile et moi partions pour deux jours naviguer en mer de Flores ainsi, ce moment de l’embarquement, qu’on dirait volontiers passé (dans le réel) existe maintenant … Continuer de lire Jean-Christophe Belleveaux – Komodo –

Femme de vent – ( RC )


Femme de vent à l’âme secrète,l’orage est ta chevelure, je verrai presque ta tête dans l’œil de l’ouraganpendant un court instant de répit. Bascule dans la saumurel’errance de mon pays tropical. Je t’entendrai hurler dans la nuit,et pour me retenir de ta furie,quand se déchaînent les éclairs, mon corps se crispe sur les rochers coupants  mes pieds lestés de plomb :Les vagues projetées s’en sont … Continuer de lire Femme de vent – ( RC )

Esther Granek – Evasion


encres +collage Jane Cornwell Et je serai face à la merqui viendra baigner les galets.Caresses d’eau, de vent et d’air.Et de lumière. D’immensité. Et en moi sera le désert.N’y entrera que ciel léger.Et je serai face à la merqui viendra battre les rochers. Giflant. Cinglant. Usant la pierre.Frappant. S’infiltrant. Déchaînée.Et en moi sera le désert.N’y entrera ciel tourmenté. Et je serai face à la mer,statue … Continuer de lire Esther Granek – Evasion

Jean-Yves Fick – Nuit / Icaria 43


La main irascibleil aurait tout calcinédes jours et des signes n’en resteraient plusau creux de sa paume ouverteque cendres ténues il sait ou devineles tourbillons de l’angoissel’effroi de la chute il lui faudra bientôt ou tard c’est imminentreprendre  son souffle passages de feuluisent dans son dosil s’ouvre son chemin là. texte de J Y F issu de gammalphabets Continuer de lire Jean-Yves Fick – Nuit / Icaria 43

Cerises noires – (Susanne Derève) –


  Le morceau de ciel blanc d’une aube.                                                      Sous les persiennes un reste de sommeil. Dans le jardin des simples de minuscules cerises noires, dont le goût panse les tourments plus sûrement  que la nuit.   Il faut se réfugier très loin dans l’ombre :  à se laisser gagner par le sommeil, on oublie que la nuit se doit d’être profonde, tendue vers la douceur, … Continuer de lire Cerises noires – (Susanne Derève) –

variations en bleu et vert ( chez Whistler ) – ( RC )


W A Whistler – variations en bleu et de vert 1868 C’est peut-être une fin d’été. devant la merQuatre femmes sont les actricesd’une peinture de Whistler: presque une esquissepeinte à grands traits rapides.Sous un ciel paisible et lisse,une brise s’élève à peine :c’est une symphonie de bleus et de vertsdevant une eau claire et limpide,où rien ne bouge… Le personnage de gauche marche lentement.On le … Continuer de lire variations en bleu et vert ( chez Whistler ) – ( RC )

Xavier Bordes – Enluminure noire et or


Avec le soleil du soir      une étoile est tombée dans le vase en cristal      où s’ennuient      sur la table de la terrasse       des fleurs apportées le jour de Noël par des visiteurs amis . La table elle-même      est recouverte d’un plexiglas qui reflète       à la manière d’une flaque d’eau      le feston inversé … Continuer de lire Xavier Bordes – Enluminure noire et or

Nous écoutons cette cantate (RC ) – Que le monde soit ( SD )


retable Chartreuse de la Sainte-Trinité de Champmol  ( Dijon ) Je t’ai vue à travers la musique . Tu dansais comme dans toi-même au son de ces voix, habillées de pourpre, et qui s’élevaient jusqu’aux voûtes, donnant un peu de chaleur aux âmes qui ont froid, dans le parcours des leçons de Ténèbres, où l’on mouche les chandelles une à une, jusqu’à ce que l’obscurité … Continuer de lire Nous écoutons cette cantate (RC ) – Que le monde soit ( SD )

Hugo Le Maltais – Matricule des anges


photo RC de l’île Tioman A l’heure où s’endorment les pigeonsLa lumière se recroqueville,Au creux humide de la nuit. Carlingue de lune,Sur un ciel de rouille bleue Sous les néons électriquesLes naufragés s’entassentEntre la chaleur d’un grec etLes vapeursD’une 8-6 Les dieux nocturnesOnt des enseignes lumineusesSex-shop, doner kebab etPharmacie de garde. Les oies sauvages piquent vers le sudLe feu crépiteUn verre de porto blanc à … Continuer de lire Hugo Le Maltais – Matricule des anges

Martine Cheval – marches


Les marches sur les routes du soleil,la lumière qui penche elle aussi,vers les cailloux de contes à ramasseravant que de les raconter.Les marches en montagne, dans les bois, les vallées,celle de l’Ourika et Oulmès,Oukaimeden, Besse, l’Atlas et tant d’autres… Les haltes des cabanes à construireet les fleurs en couronnes à la manière des Russes :les filles en princesses des contes qu’elles lisaient,les garçons en « … Continuer de lire Martine Cheval – marches

Un être de mer – ( RC )


photo RC – Finistère -janvier 2021 Ce n’est pas une frontière,ni une ligne, ni une surface,une zone interdite,c’est un océan, une mer, qui vient et se retiremais jamais trop loin. C’est comme un être qui respire,aux baisers salins.Un être qui t’invitequand la marée se lassedans de petite flaquesautour du sable mouillé,se dissimule derrière les rochers,les épaves rouilléesdans l’attente du ressac. Il n’a pas d’étendue définie,pas … Continuer de lire Un être de mer – ( RC )

Ilarie Voronca – rien n’obscurcira la beauté du monde


Rien n’obscurcira la beauté de ce mondeLes pleurs peuvent inonder toute la vision. La souffrancePeut enfoncer ses griffes dans ma gorge. Le regret,L’amertume, peuvent élever leurs murailles de cendre,La lâcheté, la haine, peuvent étendre leur nuit,Rien n’obscurcira la beauté de ce monde. Nulle défaite ne m’a été épargnée. J’ai connuLe goût amer de la séparation. Et l’oubli de l’amiEt les veilles auprès du mourant. Et … Continuer de lire Ilarie Voronca – rien n’obscurcira la beauté du monde

Moisson du jour – (Susanne Derève) –


Les hélices du jour sur la montagne. Si près du ciel nous sommes,du bleu sans faille de la lumière où plongent les ailes du moulin, et j’en suis le meunier, j’en mouds le grain en farine d’azur, j’en pétris la mie tiède,du rouge et de l’or des forêts de sureaux et de hêtres où la route serpente,nonchalante, au flanc ensoleillé du Causse. A nos pieds … Continuer de lire Moisson du jour – (Susanne Derève) –

Houle à l’intérieur du béton – ( RC )


Tu sauras te confieraux racines de l’ombre,sentiras les vibrations venir,traverser le mur.Si tu plaques ton oreille à sa surface,le tympan percevra le frottementd’autres oreilles, de l’autre côté. Viendront les sons, amplifiés par les gestes,peut-être quelques motsdifficiles à comprendre,comme une offrande qui suivraitle parcours sinueux des tuyauteries,paroles anonymes traversantles viscères de l’immeuble. Et dans les intervalles,presque un silence.Tu mettrais tes doigts en cornetpour en entendre davantage,mais … Continuer de lire Houle à l’intérieur du béton – ( RC )

Florence Noël – d’écorce


on avait dit au revoir aux arbresà chaque feuilleet de tomber avec ellesnos mains s’enflammaientpuis murmuraient des choses lentesapprises dans l’humusle manteau de leur torseétait trop vastepour contenir le souffle des oiseauxet tous ces souvenirsdélestés de bruissementsces troncs buvaient nos bouchesadoubement de sèvesde part et d’autred’un baiser de taninon avait confié à leur chairle soin de graverl’étendue d’une vieet dans l’ombre inconnue des cimesnos dents … Continuer de lire Florence Noël – d’écorce

Roland Dauxois – la jouissance toujours féconde de l’esprit


Je n’ai jamais voulu fileravec les fileuses du tempsni voulu me prendre les piedsdans les filets du verbe,je n’ai voulu vider mes yeux de leurs visionsje n’ai voulu brûler sous nul soleilni priver mon corps de ces mystérieux élans,ni me perdre sur la ligne faillible de l’horizon. J’aimerai sombrerdans les profondeurs de mes draps froissés,vagues blanches, torrents d’écumequi rageusement m’emporteraient,loin de ces rives où l’astre … Continuer de lire Roland Dauxois – la jouissance toujours féconde de l’esprit

Les artichauds ne poussent pas dans les dunes Sainte-Marguerite – ( RC )


Trois épaisseurs de cielun petit coucher de soleil,et voila que mon ombre s’allongesur un paysage de dunes avec les herbes échevelées,qui ne m’ont pas reconnu.> Elles s’organisent à mon insu – fantasque labyrinthe –pour me barrer le chemin . … Un crépuscule à dentelle dorée leur permet de changer de teinte,l’obscurité se prolongeje ne retrouve plus mes empreintes… Un nuage en a profitépour lâcher une … Continuer de lire Les artichauds ne poussent pas dans les dunes Sainte-Marguerite – ( RC )

José-Maria Alvarez – Le fruit d’or, lointain


Pour Carme Riera, Les nuits où brille la luneje me promène dans mes jardinssur le port, je contemple les étoileset la mer calme.Ah comme elle me rappelle Alexandrie,l’air apporte les mêmesarômes et la même fraîcheur,et parfois j’imagine que sous mes yeuxce sont ses rues joyeuses qui dorment.Que sera devenu Phila ? Qui jouira cette nuitde son corps que je désirai tant ?Mon cœur est encore … Continuer de lire José-Maria Alvarez – Le fruit d’or, lointain

Voyage d’hiver – (Susanne Derève)


Un lent voyage d’hiver enfoui dans la grisaille,au fil des routes, quelques enseignes : gites, miel, potier, le lourd panache des fumées, un givre d’ombres sur les branches basses des sapins.Dans les clairières, poudrant les coupes claires du bois, le fin linceul du gel marqué d’empreintes, pas, ornières – les roues profondes des engins – et la griffe étoilée d’un merle silencieuxtraçant son chemin sur … Continuer de lire Voyage d’hiver – (Susanne Derève)

Un couple de pierre, un abri pour un moineau – ( RC )


modillon roman ( église de Perse ( Aveyron ) Nous nous sommes penchéssur les années passéesen nous prenant par la main :jardin statuaire où l’éternel demainest le destin des anges.Il est encore nimbé de mystèresmais n’est pas celui de l’oubli. C’est que nous sommes toujours assisà la même place, les yeux videsmalgré les années qui passent :nous servons de logis aux mésanges. D’autres oiseaux de … Continuer de lire Un couple de pierre, un abri pour un moineau – ( RC )

Armel Guerne – l’éclat dernier des trompettes dernières


photo RC Malaisie Aux fleurs, voyez, qui sont fidèles au terrestre,Nous prêtons un destin sur le bord du destin.Mais s’il leur est amer, qui sait ? de se faner,C’est à nous de porter, d’être leur repentir. *L’avenir est muré, voûté comme une caveOù vient demain, furieusementRetentir seul l’éclat dernierDes trompettes dernières,Plus grandes que le soleil et la nuit. Continuer de lire Armel Guerne – l’éclat dernier des trompettes dernières

Colette Daviles-Estinès – le poème de papier,


Le poète distribuait des poèmes de papieravec des mots d’encre dessuset de la joie, et de la peinededans les motsdu désespoir, des espoirsdes questions, de la colèrejamais de réponse mais des doutes Il y avait du passé dedanset des erranceset du vivant Il voulait que ses mots ouvrent des cheminsque ses poèmes soient des clefsdans la serrure des cerveauxen faire des grenades de soleil Dégoupiller … Continuer de lire Colette Daviles-Estinès – le poème de papier,

Grisaille – (Susanne Derève) –


Pluie, l’aboiement d’un chien invisible dans la grisaille (autrefois l’éclair roux d’un grand setter à travers champs enluminait l’automne). Là-bas, au creux des îles, la pluie de mousson est à elle seule pays et paysage, néant où sombre le désir, quand elle ne fait ici que ternir l’horizon comme une vitre sale, une photo brouillée. La mer, au loin semble si sage. Continuer de lire Grisaille – (Susanne Derève) –

Histoire d’habiter le gant – ( RC )


photo Romain Verger dans « Membrane » Qui est parti ce matin, en oubliant son gant ?Ce n’est pas un bon planpar ces temps frileuxde début d’hiver.Une toute petite mainque j’ai trouvée par terre : j’aurais pu espérer mieux en m’en donnant la peine( en tout cas trouver la paire ),même si la dimension n’est pas mienne : il serait bien difficile que mes doigts y trouvent … Continuer de lire Histoire d’habiter le gant – ( RC )

Roja Chamankar – Le neuvième jour de la mer –


C’était le neuvième jour de la mer Recroquevillée sur moi-même Accompagnée du cri de la mère J’ai glissé Dans un bassin de cendres Avec deux ailes blanches aux épaules Comme un oiseau à la gorge coincée La poche d’eau m’a mouillé les yeux La mer était salée et grande Le matelot frappait en cadence Le tambour Gitane solitaire Une danseuse sans anneaux aux chevilles Ni … Continuer de lire Roja Chamankar – Le neuvième jour de la mer –

La petite robe rose – (Susanne Derève) –


Brest, Siam, et le pavé nu à présent, souviens-toi, comme on suivait les rails du tram par tous les temps, nos pas mêlés, épaule contre épaule, toi et ta moue boudeuse, le tintement des rames, les passants frileux qui se pressaient sans un regard pour les fontaines vides de Marta Pan et les devantures mornes. Soudain, ton visage s’éclairait pour une petite robe rose nichée … Continuer de lire La petite robe rose – (Susanne Derève) –

Cesare Pavese – la terre et la mort


photo RC – causse de Sauveterre ( 48 ) Tu es comme une terreque nul n’a jamais dite.Tu n’attends rienque la parolequi jaillira des tréfondscomme un fruit parmi les branches. Un vent vient, te gagne.Ces choses, mortes et desséchées,t’encombrent et s’en vont dans le ventMembres et paroles anciennesTu trembles dans l’été. Continuer de lire Cesare Pavese – la terre et la mort

Ce n’est pas ici que s’arrête la rivière – ( RC )


photo roc Calascio – Abruzzes Italie Sur la forteresse noireque garde la montagne amèrese succèdent les guetteursqui ne regardent pas les oiseaux,se moquant des frontières,libres comme l’air. Les murs sans joiesont si hautsqu’ils découpent le ciel,comme avec un couteau.Mais l’air se referme aussitôt, compact dans sa jupe claire -. Le temps a plus de chance,il ne se laisse pas arrêter,il ne franchit pas de portescomme … Continuer de lire Ce n’est pas ici que s’arrête la rivière – ( RC )

Samaël Steiner – Au bout du bout de la côte


photo RC – proche du phare de l’île vierge Finistère nord Tout à l’heure je serai sur la pointe friable,au bout du bout de la côte.Je regarderai l’Océan déraciner des arbres de sable,des arbres centenaires, quidepuis des centaines se déracinent plusieurs fois par seconde,avec toujours des yeux pour l’aventure. Tout à l’heure j’aurai fini de traverser le marais,j’en aurai fini avec cette route qui va … Continuer de lire Samaël Steiner – Au bout du bout de la côte

A l’ombre du chais silencieux – ( RC )


( réponse à Ivresse de Susanne Derève ) — Faut-il se laisser emporterpar le drap du grand hiver,et répondre à l’appeldu vin dans les caves– qui tiendrait lieu de promesses – ? Un peu de chaleurtournant au fond des verres,où se reflète le ciel. A défaut des terres blondes de l’éténous goûterons l’ivresseà l’ombre du chais silencieuxquand le vin mûritsans se soucier des jours pluvieux … Continuer de lire A l’ombre du chais silencieux – ( RC )