Jean Tardieu – pinceaux et combat


peinture W de Kooning Je prends alors mes pinceaux. J’engage un combat géant. Je me veux mesurer avec ce qui me dévore. Je veux exprimer avec des lignes et des couleurs (oh l’armement le plus léger !) mes angoisses ou mon délire, mon ivresse, mon secret vertige.Ce que j’aurai sorti de l’ombre de moi-même, brillera comme l’or et sera hors du temps. Il suffira d’un … Continuer de lire Jean Tardieu – pinceaux et combat

Michel Foissier – saute-mouton dans les coulisses du soleil


saute-mouton dans les coulisses du soleilà la santé de la mort et des buveurs de ventmauvais penchant félicité du videil se jette à genoux dans l’obscurité du sommeil commeun oiseau dans le mensonge de ses ailesil reste là puis il tombetête tranchée dans le panier garni d’un numéro gagnantl’entonnoir dans le fin fond du ventre de la terrela mort épongée en basdans une flaque invisible … Continuer de lire Michel Foissier – saute-mouton dans les coulisses du soleil

Pourquoi aimer les mots – ( RC )


nature morte – G Morandi – 1959 Pourquoi aimer les mots,pourquoi les sortir de leur cachette,les extraire du vocabulaire,comme on le ferait d’un sac à surprises…Pourquoi les courber, les faire se parler,les faire dialoguerleur attribuer une existence,eux qui attendaient, sagement alignés,entre les pages d’un dictionnaire. Les voilà habillés de phrases,donnant de la voix, selon l’expression » un mot plus haut que l’autre « ,ou comment les faire … Continuer de lire Pourquoi aimer les mots – ( RC )

Raphaël Confiant – Troisième ballant


Ceux qui parient sur l’écriture ne font, sans lesavoir, que philosopher sur les traces de Pascal. Soit,en effet, celle-ci vous sauve du désastre, soit elle nerésout ni ne dénoue aucun des nœuds de votre vie.Vérité vraie, oui!Les mots allongés sur le papier (ou sur tout autresupport) sont plus dangereux que leurs alter ego quitigent de nos bouches. C’est qu’une parole peut êtreinnocente, ou en tout … Continuer de lire Raphaël Confiant – Troisième ballant

Marcel Schwob – vies imaginaires


portrait d’homme – probablement d’Hans Holbein Les biographes ont malheureusement cru d’ordinaire qu’ils étaient historiens.Et ils nous ont privés ainsi de portraits admirables.Ils ont supposé que seule la vie des grands hommes pouvait nous intéresser.L’art est étranger à ces considérations. Aux yeux du peintre le portrait d’un homme inconnu par Cranach a autant de valeur que le portrait d’Erasme.Ce n’est pas grâce au nom d’Erasme … Continuer de lire Marcel Schwob – vies imaginaires

Edmond Jabès – un bruit de vinaigre


Il disait : « Un bruit de vinaigre. »Cela m’a paru, au début, curieuxpuis je me suis, peu à peu,habitué à cette expression sans, toutefois,la comprendre mieux.« Ne m’arrive-t-il pas, quelquefois, de dire :« Un silence d’huile? »Et il ajoutait :« Les images, souvent, ne sont parlantesque pour ceux qui les emploient. »L’âme et le corps sont la proie des mêmes maladies. extrait de « angoisse d’une seule fin » Continuer de lire Edmond Jabès – un bruit de vinaigre

Leslie Kaplan – chercher la vérité en écriture


peinture P Cezanne Médan, château et village Et écrire, chercher la vérité en écriture, comme Cézanne,encore, voulait Ie faire en peinture: c’est trouver les mots et aussi ce qu’il y a entre les mots, cerner les fils, les nœuds, les liens et les trous. Les mots, tous ceux qui m’ont amenée là où je suis, qui m’ont faite.Les déployer, leur donner leur volume, équivoques et … Continuer de lire Leslie Kaplan – chercher la vérité en écriture

Mélodie en sourdine – ( RC )


    peinture la grande Jatte - A Sisley 1873 Un hiver seulementpour mettre en sourdineles voix du jardin.Les jours sont au déclin :le soleil obliquen’entretient plus la choralede la mélodie échevelée.Les plantespassent soudain au silence.Elles se fatiguentaprès la course des beaux jours. Un peu de répitune mort provisoire.Et toi aussiprête à l’hibernationdans un coconoù le souvenir du printempsest toujours vivace.Belle au bois dormantsous une coucheépaisse de feuilles mortes. Continuer de lire Mélodie en sourdine – ( RC )

Venise en hiver – ( RC )


voir site As-tu encore des souvenirsdu film de Visconti ,de Venise en hiver,de la neige sur les gondolesalignées sur les pontons de bois ? Plutôt que des photographies,tu en fis un carnet de voyage,avec des traits subtilsles traces versatilesde lavis poursuivant les nuages. La ville est silencieusedans ses habits d’ocre rouge,et des palais aux colonnes de marbrepenchés sur la lagunecomme à regret. La Salute est en … Continuer de lire Venise en hiver – ( RC )

escargots de cimetière -( RC )


On ne pourra jamais diresi les morts se souviennentde leur existence .Maintenant, à l’ombre des cyprèsils peuvent simplementparier sur les escargotsqui se promènent sur leur tombe,savoir qui franchira le premierl’enclos, dès la première pluiepour longer le mur de l’église,mais il est peu probablequ’ils pénètrent à l’intérieur :l’odeur d’encens ne les attire pas;l’eau bénite a le goût des cierges.Ils préfèrent les morts aux vivants,ceux-là ne risquent … Continuer de lire escargots de cimetière -( RC )

Côtoyer ta solitude – ( RC )


Tu prends des cheminsdes plus incertains, un pas risqué dans l’irréel, une photographie qui te révèleoù je n’ai pas l’habitudede cotoyer ta solitude. C’est celle d’un jardin d’épinesaussi sec , comme je l’imagineoù tu te transportesauprès des amours mortes.C’est ainsi que tu t’isolesparmi ronces et herbes folles. Dans la fuite du bonheur,il n’y a aucune fleurqui provoque une brèche, juste des plantes sèches privées de … Continuer de lire Côtoyer ta solitude – ( RC )

Jeux symboliques – ( RC )


Heureusement de mon temps,les marchands de jouetsne pratiquaient pas simultanémentle commerce des armes.Certains de mes camaradess’échangeaient des imagesavec des soldats casqués,des chars et des fusées . Pour se mettre de plein piedavec la réalitéquelques décennies plus tôt,il aurait été plus facilede se procurer des osselets,ou des médailles militairesportant la croix gammée .Mais je dois me faire des idées…. Continuer de lire Jeux symboliques – ( RC )

Nicolas Granier – Brèves de poésie ( sur textes de RC )


Nicolas Granier, dans ses émissions régulières « brèves de poésie », vient de faire lecture de trois de mes écrits qui ne sont pas encore publiés ici… c’est l’occasion d’écouter une belle interprétation orale , puisque la plupart des textes sont conçus de façon à porter la musique des mots, comme s’il s’agissait d’une partition…. ( qu’il en soit remercié ) Voir le lien Youtube me concernant … Continuer de lire Nicolas Granier – Brèves de poésie ( sur textes de RC )

entre les pages collées – (RC )


Ton texte reste hors champ,dans la nudité du cahier aux pages trop usées d’avoir été feuilletées. Tant de jours ont coulédepuis ce soir d’hiver,où même les joies se sont dissoutes :l’encre a débordé, puis s’est enfuie . Entre les pages ainsi collées, il se pourraitque la parole demeure, indéchiffrable:qui saura donc la lire ? Une tasse de café s’est renversée,tu as contourné les tachesavec un … Continuer de lire entre les pages collées – (RC )

Alexandre Vialatte – Lapin


extrait de son recueil  » bestiaire » Il est en pain d’épices.Sur une affiche voyante. Il chante la gloire du pain d’épices.Jamais on n’a vu tel lapin ; plus entraînant, plus décidé, plus franchement parti pour la gloire. Il passe en trombe, il défile en fanfare, il vous gifle du vent de sa marche exaltée.On quitte son chemin, on le suit, il électrise, les promeneurs lui … Continuer de lire Alexandre Vialatte – Lapin

Personnages – ( RC )


animation: Anna Malina Ici, le récit prend une autre tournure: il y a des êtres qui prennent consistance, quand les pages se tournent . L’auteur sait faire s’agiter les lignes imprimées, et, au fil des chapitres, les personnages apparaissent. Ils commencent à vivre, répondent aux situations. Leur caractère se dessine, se précise, et on ne serait pas surpris de les reconnaître, si un film s’emparait … Continuer de lire Personnages – ( RC )

Alberto Giacometti – facettes


sculpture   –  Alberto Giacometti   –  crâne    1934 – « On peut comparer le monde à un bloc de cristal aux facettes innombrables. Selon sa structure et sa position, chacun de nous voit certaines facettes, certaines parties de facettes et son tableau poème objet etc. n’est qu’un témoignage de ce qu’il aperçoit. – C’est bien évident que toutes les facettes vues par un groupe de gens à … Continuer de lire Alberto Giacometti – facettes

Quand nous nous séparions… (chanson populaire chinoise )


photo: Lee Jeffries   Quand nous nous séparions, les feuilles étaient vertes, Maintenant tu reviens dans les neiges d’hiver. Je songe malgré moi que la vieillesse approche Et que dans tes cheveux paraissent des fils blancs.   Chanson populaire chinoise in « Mesures »  n° 1     15 janvier 1936 Continuer de lire Quand nous nous séparions… (chanson populaire chinoise )

Rien ne peut repousser la nuit – ( RC )


Elaine Sturtevant d’après  Marcel Duchamp :  » fresh widow » – Il y a cette fenêtre : Les ténèbres s’y prélassent . Peut-être est-ce le jour qui ne peut rentrer : Ma chambre, comme ma tête, est close de rideaux noirs, fermée sur sa blessure, où se sont dissoutes les joies , que m’offrait ton visage si loin dans le temps, que je ne rappelle plus … Continuer de lire Rien ne peut repousser la nuit – ( RC )

Le texte se soustrait au regard – ( RC )


    –     J’ai eu un peu de mal à lire : Les caractères sont  trop petits, mais  en plissant les  yeux, j’arrive à distinguer les mots  ; avant qu’ils ne retournent  dans le blanc. Peut-être  que ces  écrits se dissolvent  d’eux-même, et n’ont pas de rapport   avec ma vision Reste à savoir pourquoi. Le message  se soustrait au regard, rentre dans … Continuer de lire Le texte se soustrait au regard – ( RC )

Alberto Giacometti – nous n’avons pas le choix


  Self-portrait by Alberto Giacometti. « Nous nous intéressons à certaines choses, et à celles-là plutôt qu’à d’autres parce que notre constitution nous y oblige, parce qu’il nous serait bien impossible de penser, d’agir autrement. Comme nous n’avons pas le choix de la longueur de nos jambes, de nos maladies, nous ne l’avons pas de notre manière de penser, de notre manière de nous exprimer, et … Continuer de lire Alberto Giacometti – nous n’avons pas le choix

Marie-José Desvignes – Plus rien ne presse


              –   ——— Dans tous mes livres il est question d’écrivain, d’écriture, de mots (de maux ?). Le premier n’était qu’une tentative de trouver les mots, ceux que j’avais perdus. D’ailleurs, ça s’appelait Faille… composé de centaines de « on »,  propos d’autres auteurs jamais atteignables, trop sacralisés (un centon). Le texte se tenait, c’était l’histoire d’un homme qui avait tout … Continuer de lire Marie-José Desvignes – Plus rien ne presse

Mots surgis d’un brouillard épais – ( RC )


                                Peinture:              P Bonnard J’ai prélevé dans le vocabulaire que je connaissais, quelques mots . Ils se sont disposés, dociles, sur la page blanche,     comme surgis d’un brouillard épais, où la conscience s’est perdue, et le décor endormi . Oh ! Rien de bien extraordinaire… … Continuer de lire Mots surgis d’un brouillard épais – ( RC )

Egon Schiele – Sensation


– De vastes vents violents ont tourné le dos à la glace et j’ai été forcé de plisser les yeux. Sur un mur rugueux j’ai vu le monde entier avec tous ses vallées, ses montagnes et ses lacs, avec tous les animaux qui courent autour Les ombres des arbres et les taches de soleil m’ont rappelé les nuages. Je marchais sur la terre Et je … Continuer de lire Egon Schiele – Sensation

Quatre ans déjà – ( RC )


–   Et toi, saupoudrée d’encre,         ta page,     celle qui m’est destinée, suivant des parallèles,          avec ces boucles calligraphiées, parfois un peu tremblantes…..     je pensais aussi aux temps, où il fallait nourrir la plume métallique, d’encre violette – (        elle y laissait aussi des reflets mordorés) . Le fil des … Continuer de lire Quatre ans déjà – ( RC )

Ecrits des cendres – ( RC )


– Point d’atouts de cartes, D’une page, les taches, Devenue brouillon, ça fâche, Que d’une main j’écarte L’écriture s’ensommeille, Point de phrases ne rattrapent, Sur la page , le stylo dérape, C’est direction corbeille… Mon roman ne veut pas se terminer, Comme on dit   »  à l’eau de rose « , Les chapitres se décomposent, Dans un autodafé de cheminée… Aux flammes, et la fumée, Tourbillonnent … Continuer de lire Ecrits des cendres – ( RC )

Je n’entends plus ce qu’il faut écrire ( RC )


    Je secoue mes mains pauvres, Il y a encore  des plis qui s’accrochent, Et puis l’encre mauve, Des froissements d’ailes qui s’approchent. Un parachute innocent qui passe; Je sème à tout vent dit Mme Larousse, Occupant un bout d’espace, Aux graines de pissenlit, douces. Reviennent rêves de constellations, Je vois dans ma boule de cristal, Des étoiles brunes en gravitation, En dessins sur … Continuer de lire Je n’entends plus ce qu’il faut écrire ( RC )

La plume vagabonde ( 2 ) – ( RC )


J’ai  récupéré un morceau de papier qui m’attendait là,      où on n’attend plus                        qu’un remous originel, …  et parfois longtemps, qu’il fleurisse …  Mais en quelle  saison était-ce déjà ?                     Le don de la lumière la couleur qui s’annule,    en flocons, … Continuer de lire La plume vagabonde ( 2 ) – ( RC )

Variation peu crédible, sur des évènements d’antan ( RC )


                Marie est au bout d’une ficelle, à dépenser idées congèles C’est un jeu de maux, jeu de vilains qui joint le geste Aux paroles des étoiles, à compter les pieds, de nez, Mettant voile et vapeurs, rien n’est sûr, ni le pied marin Ce qui souffle en rêves coincés, s’étale dans la ruelle Les murs ont des … Continuer de lire Variation peu crédible, sur des évènements d’antan ( RC )