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Articles tagués “arbres

Din Mehmeti – Naissance


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peinture: étude de nuages – John Constable

 
Les nuages se donnent la charge,
tels une armée d’enragés.
D’en haut et d’en bas
descendent ou montent des monstres
de tous âges.
Les cloches se brisent quand divorcent les idéaux.
Mais cette cité que vous trouverez
toujours en état de veille
et l’ombre des arbres monte la garde
sur les ponts jetés par-dessus le sang des veines.

Je suis vivant,
debout sur mes jambes.

Quelque chose aspire l’âme
une chose est en train de naître.
Nos yeux sauront la voir.

Passent et repassent mes nostalgies.

 


Din Mehmeti  est un auteur d’origine albanaise. Il vit au Kosovo. voir son ouvrage   » il est temps « 


Revenue – ( RC )


 

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Au delà,
des rues du carrefour,
des voitures immobiles,
et des arbres             qui attendent.

un banc
au milieu d’une place,
peut-être un jardin,
qu’on ne distingue pas bien:

il y a un mur
aux écritures blanches.
puis une lumière dorée
comme si on voyait au travers

alors, laissant tomber les pinceaux ,
j’irai dessiner sur la muraille        une porte ,
je l’ouvrirai sans bruit
et saurai que tu es revenue…

RC – fev 2018


Bordée par la nuit – ( RC )


Image associée

peinture:  Arthur Dove « moon & see II »

 

L’œil blanc est sans expression,
et dissémine un clair distant ,
qui ne rappelle pas les ombres .

L’univers est bordé par la nuit .
On ne sait pas s’il s’éveillera
dans le balbutiement des étoiles .

Les entrecroisements des branches
se courbent dans une silhouette
les confondant avec celles d’autres arbres .

La lune pointe parfois entre les nuages,
aiguisant le regard des oiseaux nocturnes.
Ils se répondent de colline en colline.

Jusqu’à ce qu’elle descende
contre toute attente
prélever sur la terre

un peu d’atmosphère
un reflet dans le lac,
qu’elle emporte aussitôt

avec des meutes de fleurs noires,
avant de s’effacer
comme si elle n’avait jamais existé .


RC – janv 2018


Florence Noël – d’écorce


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on avait dit au revoir aux arbres 
à chaque feuille 
et de tomber avec elles 
nos mains s’enflammaient 
puis murmuraient des choses lentes 
apprises dans l’humus 

le manteau de leur torse
était trop vaste
pour contenir le souffle des oiseaux
et tous ces souvenirs
délestés de bruissements

ces troncs buvaient nos bouches
adoubement de sèves
de part et d’autre
d’un baiser de tanin

on avait confié à leur chair
le soin de graver
l’étendue d’une vie


L’ép(r)ouvante – ( RC )


Image associée

peinture – Frida Kahlo

  Epouvante,
qu’il pleuve ou qu’il vente,
tu t’échappes des contes pour enfants,
et ris de toutes tes dents:
et si c’était une comptine,
on verrait luire tes canines  …

   Et encore, l’épouvante , chante
comme la cigale de La Fontaine,
mais trouves avec peine
l’hiver étant venu, ( air connu ),
où se loger dans les arbres dévêtus
que l’on sait trouver fort dépourvus.

        Voila qu’elle a caché la lumière,
et qu’elle effraie la bergère,
avec des histoires de loup,
ou à dormir debout :
on peut presque palper la peur,
distinguer au loin le château la Terreur.

        Pendant que tes pas s’égarent
tu erres dans les idées noires :
Si les arbres ont perdu leurs feuilles,
l’épouvante a répandu son deuil,
et les racines d’une forêt ingrate,
multiplient les croche-pattes .

        La fontaine s’est refermée,
oubliée dans les ronces et l’églantier :
les fées sont capturées
pieds et poings liées
prisonnières
au coeur de l’hiver.

  •      Les eaux obscures m’ont bu
    tu n’en as rien su :
    je me suis noyé
    dans l’eau glacée :
    mes yeux te regardent
    et ma peau est blafarde:

elle a pris les couleurs de la cendre
dans le long bain de décembre :
il m’a été ôté la joie :
nous n’irons plus au bois :
j’ai pris pour compagne l’épouvante ,
dans la forêt   –  – désormais je la hante.

         Mais les années s’étant écoulées,
et tu m’as désormais oublié:
tu as délaissé tes terreurs d’enfance :
la vie a pris une autre consistance,
elle t’emmène vers d’autres horizons,
( c’est maintenant une autre chanson ) .

        Tu as remisé toutes ces fadaises,
et t’en vas cueillir des fraises :
Cigale, cigale,         il te faut rechanter :
les lauriers des bois ont bien repoussé !
la fontaine est garnie de fleurs d’églantiers,
… tu en accroches une sur ton chemisier…

       Attention quand même aux épines :
elles sont restées assassines ! ,
voila qu’une fleur de sang grandit sur ta poitrine ,
alors… te revient en tête la comptine :
l’épouvante et la peur de mourir…
(     je me rappelle à ton bon souvenir… )


RC – mars 2018


Erri De Luca – Arbres en lecture


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peinture : Henri le Sidaner

 

Nous apprenons les alphabets et nous ne savons pas lire les arbres.

Les chênes sont des romans, les pins des grammaires, les vignes sont des psaumes,

les plantes grimpantes des proverbes, les sapins sont des plaidoiries, les cyprès des accusations,

le romarin est une chanson, le laurier une prophétie.

In « Trois chevaux »


Marine Laurent – Femme de papier


 

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peinture: Egon Schiele


Suis une femme de papier
De celui dont on fait les arbres
Et j’ai puisé à leur aubier
Et mangé leurs feuilles vivantes
Arraché l’écorce du fût
Pour tenir debout à ma table

L’hiver sur du papier glacé
Je laisse mes traces effaçables
La sève qui coule des doigts
Trace des mots sans importance
Je flotte au vent car mes racines
Courent à peine sous le sable

Suis une femme de papier
Qui se froisse à moindre risée
Qui brûle à petite flambe
Dans un foyer désaffecté

Mais si l’oiseau à ma fenêtre
Vient poser une plume blanche
Je sens mes folioles renaître
Et la plante à mon encrier

Je partirai sur une branche
Emportée par nuit sans étoile
Et vous dirai dans mon absence
Ce que j’ai laissé sur la toile.


Lindita Aliu – Le bonheur léger


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photo  lux coacta

 

C’était un amour étrange,
j’étais comme une partie de tous ces hommes sans que jamais
je ne les eusse vus en rêve.
Ils étaient présents, lors même que m’endormait
le murmure rocailleux du temps.
J’éprouvais un bonheur sans poids,
qui menait je ne sais où.
Il ne s’arrêtait que lorsque des arbres ou des nuages lui faisaient obstacle.
Il semait des mots à tous vents, toutes les lettres folâtraient de par le jardin.
Et aujourd’hui je ressens plus fortement l’hiver du jour que le poids de la terre entière.
Il m’ôte le sens de toute chose, en aplatit les raisons sur l’étendue intemporelle de son propre cercle.
Les lettres, désormais, décrochent mes yeux, me trouent le corps.
Ah ! douleur de mes yeux, eux qui autrefois étaient si savants.
Me torture aussi le désir qui ruisselait sur moi,     maternellement,      comme une pluie.

 

Lindita Aliu est une auteure du Kosovo


Leon Felipe – Le poète promethéen


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Dessin  Max Ernst

 

Biographie, poésie, destin

Le poète raconte sa vie d’abord aux hommes ; puis,
quand les hommes s’endorment, aux oiseaux ;
après, quand les oiseaux s’en vont, ils la racontent
aux arbres…
Ensuite le Vent passe et il y a un murmure de frondes.
Ce qui peut aussi se traduire de la manière suivante :
Ce que je conte aux hommes est plein d’orgueil ;
ce que je conte aux oiseaux plein de musique ;
ce que je conte aux arbres, de pleurs.
Et tout forme une chanson composée pour le Vent,
dont, plus tard, ce spectateur unique et oublieux
ne pourra retenir que quelques mots.
Mais ces mots dont il se souvient sont ceux que
les pierres n’oublieront jamais.
Ce que le poète raconte aux pierres est
rempli d’éternité.
Cette chanson-là, c’est la chanson du Destin que les
étoiles, non plus, n’oublieront pas.

 

(Extrait de TU GAGNERAS LA LUMIERE )       MEXICO  1942

 


Deux-bout dans le vent – ( RC )


Debout dans le vent
Tronc contre tronc,
Deux arbres —
Marient leurs branches,
Echangent sans doute,
Un dialogue que l’on n’entend  pas,
Ecorce lisse,
Contre  peau rugueuse
Deux espèces,
deux langages cohabitent,
Par leur sève
Racines imbriquées,
Les unes dans les autres.

Ou bien s’agit-il
D’une lutte silencieuse,
A longueur  de siècle,
Un seul sortira vainqueur,
Se nourrissant de sa mémoire,
Laissant ce qu’il en demeure,
Aux insectes,
Découpe  d’une  silhouette  
Libre de ses feuilles,
Sculpture éphémère,
Dans un ciel,
Ou l’orage succède à l’azur,
Le jour, à la nuit  ( comme il se doit ).

 

RC-  août 2015


Des temps et des vents – ( RC )


 

 

photo: le vase de Sèvres . Corniche du causse Méjean ( Lozère). provenance site causses et cévennes


Il faut écouter la poussée du vent,
Bien sûr,      parcourir sa transparence,
Les secousses,   qui bousculent,
Les sommets des arbres,
Et parfois les couchent.

Comme la voile qui se tend,
Offerte     en sa béance,
Ce cap,      cette péninsule,
Sous les rafales, se cabre ,
Tendue à l’extrême , farouche.

Puis, soudain,           se déchire,
Sur toute la longueur,
Désormais livrée à elle-même,
Lambeaux agités
dans la tourmente.

Sans s’infléchir ,
>    Si c’est un vent libérateur,
Les graines se sèment,
Dispersées en quantité,
Comme une pluie bienfaisante.

Elle transmettent leurs gênes,
Aux mains ouvertes de la terre,
Toujours prêtes à les accueillir,
Alors que les pierres chantent,
De leur corps minéral.

Une réponse au chant des sirènes,
Gardiennes de la mer,
De la brise aimable et ses soupirs ,
Ainsi les rochers sur les pentes,
Leur présence immémoriale …

Mais il arrive que par l’usure des temps,
Ce qu’on croyait éternel,
Selon notre mémoire,
Même la plus ancienne,
Un pan de montagne bascule…

Et si c’est        la puissance du vent,
Celle de l’eau     et du sel,
A conjuguer leurs pouvoirs,
>      L’histoire devient incertaine
Equilibre précaire du funambule…


RC – mai 2015


Yannis Ritsos – Inévitable


 

 

3823559720.jpgphoto: Lydia Roberts

Ils sont partis, l’un après l’autre.
Nous avons attendu.
Ils ne sont pas revenus.
Comment peut-on s’habituer à tant d’éloignement ?
Ni montagnes, ni arbres, ni maisons,
ni gens du tout, et les noms oubliés,
et la cendre répandue jusque dans les pages vierges.
Seulement dans le champ sec aux ronces jaunes,
a poussé une rose comme par erreur. La nuit,
souviens-t’en quand tu regarderas au loin, vers le large,
les trois petits feux errants. Souviens-t’en.
O, triste, inconsolable clair de lune, garde-moi.

Karlovassi, 10. VII. 87


Veronique Joyaux – Poème à Salah


 

 

Joachim Patinir, Crossing the River Styx, 1515-24 14075791280.jpgpeinture – Joachim Patinir, Crossing the River Styx, 1515-24

Poème à Salah

 

 

J’écris aussi pour toi
prisonnier des geôles de Bagdad ou d’ailleurs
Pour toi que l’on fait taire que l’on torture
J’écris pour toi qui n’as pas de mots
Parce que tout enfant déjà tu travaillais
J’écris pour les femmes cachées
dans leurs voiles et leurs maisons
J’écris pour ceux qui n’ont pas la parole
pour leur donner existence et dignité
J’écris pour ouvrir les portes
Je m’immisce dans les interstices.

Si je devais rendre grâce ce serait à des silences
Silence entre toi et moi quand tout se tait et que les gestes parlent
Silence des amitiés ferventes des paroles suspendues
Silence des arbres dans la nuit
Des pas dans la neige un soir d’hiver très doux

Si je devais rendre grâce ce serait à l’infime
Une trace d’oiseau sur la terre ameublie
Un froissement d’aile entre les nuages étonnés
Une parole non dite un espace entre deux corps attendris
Si je devais rendre grâce ce serait à la poésie
Celle de Victor Jara dans un stade du Chili
De Nazim Hikmet dans les geôles de Turquie
De Dimitri Panine dans le Goulag de Sibérie
De Mendela dans l’Afrique meurtrie
De tous les hommes qui parlent
au nom de ceux dont la parole s’est tarie

Si je devais rende grâce j’en serais affaiblie
Mais riche de tous les infinis.

 


Vaincre la paroi de verre – ( RC )


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installation extérieure:  Anish Kapoor – Brighton

 


Il n’y a pas dans la nature
le choix de version portable :
une écriture       au vert
où les arbres se transportent,
mais sont coupés par le cadre.

Plus haut       le pastel des nuages
bouge brusquement,
le paysage         se déhanche
tout l’équilibre bascule,
les papillons exultent .

Ils suivent leur double,
qui imite exactement
le moindre de leur mouvement .
Au point que leur métamophose
se confond en anamorphose.

On sait bien que l’eau s’étale
puis renvoit au regard
ce qu’elle interprète,
mais même le lac le plus calme
n ‘est pas une paroi verticale.

C’est qu’il n’est pas dans sa nature
de répéter à l’identique
ce qui lui fait face
et qui se transforme
à mesure que je le déplace.

Bien entendu , se prolongent ainsi
de façon artificielle
les horizons divers,
tout ce qu’il y a de ciels,
mais qu’on n’emporte pas avec soi.

Ce n’est pas sur la photo
qu’il faut compter
pour que la glace se souvienne
de l’été dernier.
C’est une surface froide :

La lumière ne la traverse pas.
Le temps la délaisse
car rien ne s’incruste
dans le miroir :
                   Il a mauvaise mémoire.

L’oiseau de passage
stoppé par l’espace devenu plan
donne du bec et de la tête .
Il voit son vol s’arrêter net,
aplati contre l’illusion

Tout cela est bien fugace .
Cela ne trompe qu’un instant :
C’était un mirage , à la place
qui part en morceaux …

quand il se brise,            en multiples éclats.

RC – juin 2016

 

Boissets  8965-ss a.jpg

 

photo perso  – domaine  de Boissets   Nissoulogres  – Lozère


Florence Noël – branche d’acacia brassée par le vent ( 1 )


Premier mouvement : Presto

branches  floues bougé.jpg

et si nous revenions, tu sais, le cuivre des saisons, le parfum blanc l’égarement, si nous revenions à cette source où le jour coule sans discontinuer
et si tu me prenais la main, le premier seuil à dépasser comme un jardin qu’on nomme,
et qu’ainsi on habille et qui s’étonne d’un pied – nous foulons la houle herbeuse
et si nous disions ce mot, éparpillé dans nos silences, rassemblé de ma lèvre, ange, de la mienne pure parce que la tienne, ce souffle encore y œuvrerait
et si nous nous laissions aux berges, main ballante dans l’air levé, si nous nous lisions aux rives, battant l’eau échappée des vapeurs

suffoqués sous les vœux givrés des aubes
encore venir tout de désir
lourds dans la lèvre unique
d’un matin retenir le pelage et sa texture stridulée par le souffle
prodigue et tant penche mon visage qu’il lape

je sais l’enjambée dessus ce pont – profilent ces arbres mères ceinturés de secret – là choit l’enfance et ses sommeils – tu sais ma volte dans leur branches
je sais le précipité de ta silhouette, sa course projetée sur les tessons de pierres, leur vibration de petites ombres, ton corps en avant et tu reçois la première brassée – hoquet brut, poitrine hachurée
je sais le feutre des murmures – ininterrompre laisser fuir – et mon oreille pour les récoltes, tapisserie de lourds dais, nous nous voyions par paravent – vole une feuille colle à ta joue

hurlé au tendre des côtes
la plainte plus tôt forera l’air
en son milieu
par mes poumons orgues à pétrir
cent fois sur le métier pétrir
et de nos blessures
fourrager l’évidence


Max Ehrmann – enfant de l’univers


max Ehrmann child of the universeYou are a child of the universe,

no less than the trees

and the stars

 

Tu es un enfant de l’univers,

pas moins que les arbres et les étoiles

max Ehrmann


Bassam Hajjar – tu n’es rien et ta parole est passagère


Adolph Gottlieb, Sounds at Night, 1948: peinture :        Ad Gottlieb –  sons  dans la nuit   1948

 

Ils ne s’appellent pas des tombeaux car personne n’y repose

de simples signes

celui qui passe, rapide dans sa voiture, tourne la tête vers eux

ou bien celui qui marche à côté d’eux,
distrait,

pas d’arbres hauts et plaintifs pour les entourer et les ombrager
pas de pierres debout
pas de noms
pas de murailles •
pas d’insignes
pas de sentiers.

Edifice d’un passage fugace ..
lorsque tu passes à côté de lui en t’éloignant
il s’amenuise doucement avant que le carrefour ne le dérobe

à tes yeux

avant que ne te dérobe à ses yeux
le carrefour.

Tu n’es rien
et ta parole est passagère, comme toi,
parmi des gens de passage

c’est pourquoi
je parle de moi,
moi,
qui ne passe pas souvent
dans ton horizon.

 

extrait de   « tu me survivras  » ( Actes Sud )


Paul Vincensini – dans l’arbre


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Nantu à arburu

Sè tontu
Ùn micca mì
Ùn sὸ micca corba
Sὸ i me scarpi
Chè dormu calchi volta nantu à l’àrburi

 

Dans l’arbre
T’es fou
Tire pas
C’est pas des corbeaux
C’est mes souliers
Je dors parfois dans les arbres.

 

 

De ce poète corse, on peut lire  aussi cette page...

 


Giuseppe Penone – Déchiffrant la culture du toucher


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Sur le bout de la langue, sur le bout des doigts, qui, rassemblés sont les pattes de la bête qui m’entraîne dans l’univers de l’alphabet, en déchiffrant la culture du toucher contenue dans la forêt des images, présente dans la réalité des arbres qui jalonnent le temps de l’histoire dans l’espoir de mettre de l’ordre dans la vie des hommes.

 

Giuseppe Penone, est l’artiste italien connu pour  ses installations,  souvent  prenant l’arbre  comme « motif »  réel, dans lequel il sculpte et révèle  le départ des branches  anciennes…


Comme si l’humidité du monde transpirait dans un coeur d’argile .- ( RC )


peinture: Markino

 

 

On irait que le brouillard

s’étend jusque sur les yeux.

Est-ce un éblouissement,

Réparti entre les gouttelettes en suspension,

Qui ondule entre les  immeubles ?

Les arbres sont comme des fantômes,

Leurs bras sont dressés,

Le ciel est orange,

Il est palpable

La ville transpire

Sous les lampes à iode,

Et se diffuse, si bien,

Qu’on n’a plus idée des distances.

Les routes  quittent le sol,

Peut-être.

Les soleils artificiels se mêlent ,

C’est le lent cheminement des phares,

Rouges, jaunes,

Et les enseignes de néon,

Que l’on perçoit presque malgré soi,

On en a juste l’idée,

Comme si l’humidité du monde,

Transpirait dans un cœur d’argile,

Et peinait à s’imprimer,

Même sur la photo.

On en compterait les grains,

Un bruit dans l’image,

Le tremblotement des lueurs mobiles,

Qui peut-être ont froid,

Aussi.

 

 

RC – mai 2015

Glasgow


Un jupon d’un buisson de ronces – ( RC )


Pripiat – Ukraine – provenance photo: http://machbio.blogspot.fr


J’ai fait un jupon  d’un buisson de ronces,
Pour aller  avec la robe  de plomb,
Habillant si bien les  bois morts,
Et la langue  affligée          ( celle  qu’on ne peut  plus traduire ).

Une cérémonie où les statues sont de sortie,
Alignées, immobiles,
Conformément  au protocole ,
Attendant un signe qui ne viendra pas.

Un premier plan de givre,            un alphabet en désordre,
Et les arbres,  libérés des contraintes ordinaires
ont commencé       à crever le ciment   de la place du Champ de Mars .

Tous les habitants  ont fui une menace      qui ne dit pas son nom .

RC- juin 2015

En rapport  avec la ville  Pripiat  ( à 3km de la centrale  de Tchernobyl ).

A  voir  au  sujet des conséquences  de l’explosion
de la centrale nucléaire, sur la ville  de Pripiat,

le film  » la terre outragée »

photo perso: citadelle de Daugavpils   2004

photo perso:                citadelle de Daugavpils             2004

Petit  commentaire  perso: Daugavpils, est une  ville de Lettonie, proche  de la frontière de la Russie . Elle  comporte une  citadelle militaire qui a été  laissée complètement  à l’abandon, et dont l’enceinte abritait en 2004 également une  série  de hlm vétustes.

L’abandon n’a pas ici  de cause consécutive  à un accident  nucléaire,  mais on observe le même phénomène,  à savoir  que  les places  d’armes ( où trônent encore des canons) sont envahies progressivement par la végétation: par exemple  des arbres  qui masquent  presque  totalement  de hauts lampadaires destinés à éclairer la place.

A noter  qu’au  côté  sinistre  de l’abandon, se joint le  côté historique, puisque  cette ville a servi de ghetto concentrationnaire pour les juifs… lire cet article corrrespondant…..


François Corvol – Après l’errance


peinture: David Hockney -

peinture:           David Hockney –

Parfois, fatigué de ces mondes intérieurs
Repu, ennuyé, blasé
J’ouvre lentement les yeux
Lentement afin de supporter
Le violent et serein éclat de notre soleil
Ainsi qu’un voyageur revenu du pôle après un long séjour
Retrouvant les plaines, les arbres
Tout ce qui est vert et tout ce qui se meut
Ressent l’immense vitalité
Se soulever en lui
Ainsi qu’un homme retrouvant son foyer
Après l’errance d’entre les nuits
De la même manière je recouvre le monde
Chaque jour
Chaque minute
Après les yeux fermés
Après l’avoir réinventé


Paul Vincensini – Moi j’ai toujours peur du vent


 

 

photo J M P Salles

 

Moi j’ai toujours peur du vent

Me voici
Mes poches
Bourrées de cailloux
Pour rester avec vous et
Ne pas m’envoler dans les arbres.

Èiu t’aghju sempri a paùra di u ventu

Èccumi
I mè stacchi
Pieni à cutichja
Par stàmini cù vὸ è
Micca bullamini nantu à l’àrburi


Sylva Péron-Berbérian – Guerre et paix


 

 

– collection Marina Picasso

 

 

Je n’entends pas la colombe chanter
J’entends le merle des Indes
La mésange bleue et le roitelet
J’entends la pie boiteuse
La grive nerveuse le cuvelier
Et les oiseaux du monde entier
Mais je n’entends pas la colombe chanter
La colombe qui aimait
D’arbre en arbre voler
Et que l’on a froidement
Assassinée.
Je n’ai pas vu l’olivier
J’ai vu le laurier-rose
L’eucalyptus et le poivrier
J’ai vu le flamboyant
L’hibiscus le caroubier
Et les arbres du monde entier
Mais je n’ai pas vu l’olivier
L’olivier où venait
La colombe se poser
Et que l’on a lâchement
Incendié.

 


Patrick Ourednik – extrait de  » Instant propice 1855


scan 6

 

 

 

 

 

 

Oui, un matin nous avons compris que les gens se mordent, se dévorent, se haïssent, pour toute éternité.

Ne soyons pas des hommes, nous dîmes-nous, soyons des arbres, soyons l’ombre des branches, soyons des empreintes au sol.
Soyons nus, fondons le royaume des nus, soyons transparents et sans peur.
Patrick Ourednik

 

Instant propice 1855  est paru au  éditions Allia 2006