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Articles tagués “souffle

Florence Noël – d’écorce


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on avait dit au revoir aux arbres 
à chaque feuille 
et de tomber avec elles 
nos mains s’enflammaient 
puis murmuraient des choses lentes 
apprises dans l’humus 

le manteau de leur torse
était trop vaste
pour contenir le souffle des oiseaux
et tous ces souvenirs
délestés de bruissements

ces troncs buvaient nos bouches
adoubement de sèves
de part et d’autre
d’un baiser de tanin

on avait confié à leur chair
le soin de graver
l’étendue d’une vie

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Ile Eniger – Des jours et des nuits


 

photo: Sebastiao Salgado  » genesis »

 

J’ai déchiré des pans entiers du ciel trop bleu,   trop confiant, trop indécis.
J’ai gardé quelques livres, un vieux rêve,      deux poignées de sable,
une ou deux pommes vertes,          de l’eau entre les doigts,
de la musique sur un fil d’horizon ou de violon.

On n’entend plus mes pleurs d’animal    ni mes pas qui raclent le sol.
De loin, on me fait quelques signes.

Dessous, la rivière grande, la rivière gronde.
Des veines d’eau gonflées charrient les passés.
Dessus, le plafond trimballe ses nuées bâtardes.
Des jours et des nuits se disputent l’espace.

Il y a sans doute un accord possible.
Autour, des choses à prendre ou à laisser.
Et le souffle porté, supporté, emporté.

Loin de la mesure des hommes.
J’ai vacillé et tenu bon.

Je me suis bricolé des ailes pour faire danser mes espadrilles.
J’ai tenté d’aimer et la lumière qui va avec.


Pierre Mhanna – le feu de son parfum


Breitenbach  Josef  -.jpg

photo: Josef  Breitenbach

Sa robe tombante
Un souffle de brouillard et de rosée
L’entre-laçage de la forêt,
Nue elle se promène alors
L’eau bleue de l’aube,
Dans le baiser de sa peau
Le lever du soleil du matin.

Dans d’innombrables corniches
Le feu de son parfum
Remplit mon encrier,
Hors de la dureté de la pierre
Persuadant ma volonté de monter
Et faire face au monde à nouveau,
Façonner le renouveau du monde
Hors de la profondeur
De mon amour et de ma passion,
La maturité de ma virilité,
La vigueur rajeunissante de sa présence
Floraison dans mon coeur,
Imprégnant mon être
À la lumière de l’éternité.

( tentative de traduction:  RC )

Her falling dress
a breath of fog and dew
lacing the forest,
naked she then wades
the blue water of dawn,
in the kiss of her skin
the morning sun rising.

In countless streamlets
the fire of her fragrance
replenishes my inkwell,
out of the hardness of stone
coaxing my will to rise
and face the world again,
shape the world anew
out of the depth
of my love and passion,
the maturity of my manhood,
the rejuvenating vigor of her presence
flowering in my heart,
pervading my being
with the light of eternity.


Jacques Audiberti – Rien ne sera de ce qui fut


Lamelles d'un H+®b+®lome +á centre sombre (), Champignon, Monthodon, France 2008.jpg

 

Prison Au clair soleil…
Un coup pour a. Deux coups pour b.

Le monde bouge. Il va tomber.

Trois coups pour c. Quatre pour d.

C’est le moment de regarder. Cinq coups pour é.

Six coups pour f. Il n’a plus d’âme. A-t-il un chef?
G, coups sept. Hache huit. 1 neuf.
Comment faire un monde plus neuf?
Dix coups pour j, plus un pour k.
L’existence nous convoqua.
Taciturne à force de cris,
la jupe grosse de conscrits,
elle nous apprend tour à tour
l’ombre claire, le sombre jour,
l’enfer béni, le ciel puni,
tout le fini de l’infini,
douze pour 1 et treize pour
ème, les griffons de l’amour,
n, o, p, q, quatre, cinq, six
et sept, le poison. Le tennis
mais, aussi, la peur de périr
qui nourrit l’honneur de souffrir.
R dix-huit. S dix-neuf.
Elle s’en va. Tu te sens veuf.
Vingt coups pour t, plus un pour u.
A mesure qu’elle décrut,
le souffle approcha notre main.
Aujourd’hui s’appelle demain.
Vingt-deux et trois pour les deux v.
Que voulons-nous? Nous élever.
Quatre et cinq pour l’x et l’i grec.
Mais le bourreau ne vienne avec.
Pour la lettre z un seul coup.
Le prisonnier se met debout.
Car le terme ouvre le début
Rien ne sera de ce qui fut.
Jacques AUDIBERTI « Des tonnes de semence » (N.R.F.)


Même le paysage s’interrompt dans ses éclats – ( RC )


peinture:                  R Magritte :                  le promenoir des amants.

Et c’est illusion, si l’espace, que l’on pensait libre de contrainte,

se voit tout à coup enfermé dans une paroi.

Ainsi l’oiseau en plein vol se précipite dans le piège des vitres,

où même le paysage s’interrompt dans ses éclats .

C’est comme si l’élan était rompu (un baillon ).

On se voyait libre, de parler, de réfléchir, et de se dire ;

mais on se heurte aux faux semblants et aux étendards de l’arrogance .

Le souffle n’avait pas besoin de ponctuation ;

et voilà qu’on ne peut pas terminer ses phrases.

Le fil de la pensée est rompu ; on en arrive à ne plus oser se dire,

puisque vivre ne peut pas se faire, sans que des barrières soient imposées.

Certains aiment en jouer , parcourir les murailles d’un labyrinthe inextricable :

ils ont de l’ambition ; ce sont souvent des bavards et souhaitent avoir réponse à tout….

D’autres préfèrent leur parcours intérieur, visible d’eux seuls, et se réfugient dans le silence.

RC – mai 2015


Florence Noël – branche d’acacia brassée par le vent ( 1 )


Premier mouvement : Presto

branches  floues bougé.jpg

et si nous revenions, tu sais, le cuivre des saisons, le parfum blanc l’égarement, si nous revenions à cette source où le jour coule sans discontinuer
et si tu me prenais la main, le premier seuil à dépasser comme un jardin qu’on nomme,
et qu’ainsi on habille et qui s’étonne d’un pied – nous foulons la houle herbeuse
et si nous disions ce mot, éparpillé dans nos silences, rassemblé de ma lèvre, ange, de la mienne pure parce que la tienne, ce souffle encore y œuvrerait
et si nous nous laissions aux berges, main ballante dans l’air levé, si nous nous lisions aux rives, battant l’eau échappée des vapeurs

suffoqués sous les vœux givrés des aubes
encore venir tout de désir
lourds dans la lèvre unique
d’un matin retenir le pelage et sa texture stridulée par le souffle
prodigue et tant penche mon visage qu’il lape

je sais l’enjambée dessus ce pont – profilent ces arbres mères ceinturés de secret – là choit l’enfance et ses sommeils – tu sais ma volte dans leur branches
je sais le précipité de ta silhouette, sa course projetée sur les tessons de pierres, leur vibration de petites ombres, ton corps en avant et tu reçois la première brassée – hoquet brut, poitrine hachurée
je sais le feutre des murmures – ininterrompre laisser fuir – et mon oreille pour les récoltes, tapisserie de lourds dais, nous nous voyions par paravent – vole une feuille colle à ta joue

hurlé au tendre des côtes
la plainte plus tôt forera l’air
en son milieu
par mes poumons orgues à pétrir
cent fois sur le métier pétrir
et de nos blessures
fourrager l’évidence


Le tracé lumineux des écarts – ( RC )


461881185_ecd27ba59c DU BIST IN DER_O

Se lancer comme un projectile, à travers les espaces,              à la manière d’une fusée destinée à explorer d’autres mondes,           et dont elle ne sait rien encore..

Ainsi les étoiles seraient bien reliées entre elles,      par des fils ténus cheminant de l’une à l’autre,

Ce serait l’équilibre des pensées, reflétées,      ou renvoyées ( une balle au rebond), sur la perpendiculaire d’un mur de verre, invisible, .

Le tracé lumineux fixé dans les écarts, et dont on tire de l’invisible, l’écrire,

( comme un souffle vital que l’on expulse).

Le libre intervalle entre l’immobile, et le moment où court la plume, chantournant les mots.

Toujours en équilibre instable .

Ce serait ainsi que l’on parcourt l’univers

                                ( en le construisant au fur et à mesure ).

RC – mai 2015


Fromage de tête – ( RC )


peinture: Wosene Worke Kosrof

peinture:       Wosene Worke Kosrof

 

L’espace  tangue  dans ma tête.
S’il pleut encore des pierres …

J’hésite        entre la vie     et la survie.
La parole se découpe en une meule compacte.
Il me faut, pour l’ouvrir plutôt un scalpel,

Que le fil tranchant du fromager.
Extraire ce qu’il faut, juste pour avancer,
Encore quelques années .

Une fois que j’aurai tout consommé,
Tu pourras        me coudre la bouche,
Vendre le temps des étés, au plus offrant.

Je resterai quelque temps  tapi dans mon corps,
A cheval sur un souffle d’air,
Avant de l’offrir à la science.

On pourra  toujours graver mon nom quelque part,
Je serai déjà trop loin,            pour le déchiffrer.

RC –  oct  2014


Gaston Miron – Une fin comme une autre


image  Alfred Kubin  - vers l'inconnu

image               Alfred Kubin –               vers l’inconnu

(ou une mort en poésie)

 Si tu savais comme je lutte de tout mon souffle
 contre la malédiction de bâtiments qui craquent
 telles ces forces de naufrage qui me hantent
 tel ce goût de l'être à se défaire que je crache

 et quoi dire que j'endure dans toute ma charpente
 ces années vides de la chaleur d'un autre corps
 je ne pourrai pas toujours, l'air que je respire
 est trop rare sans toi, un jour je ne pourrai plus

 ce jour sera la mort d'un homme de courage inutile
 venue avec un froid dur de cristaux dans ses 
        membres
 mon amour, est-ce moi plus loin que toute la neige
 enlisé dans la faim, givré, yeux ouverts et brûlés

L’acteur a disparu, dans un tourbillon – ( RC )


peinture: M Prendergast

peinture: M Prendergast

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est une vue qui suggère la chute .
Cela pèse, un désir qui grandit
Mèle le sentiment de vertige,
Et l’attirance des couleurs .

Bien entendu, quand on les pose sur la toile,
On ne s’en rend pas compte tout de suite  .
C’est un état de veille,
Où l’ extérieur n’émeut plus.

La respiration manque.
C’est sur le fil du labeur ,
Que se construit l’ équilibre.
Toujours précaire.

En fait              le peintre a franchi le bord.
Le bord du vide,        … depuis longtemps
Un sommeil éveillé,
Empêche qu’il chute   .

Et d’ailleurs ,        sa vue n’emprunte pas
Les chemins de ses yeux ,
Comme si quelqu’un voyait à travers lui,
Et lui guidait la main.

L’inconscience parle,
Regarde        à sa  place,
Déplace        ses  gestes,
Maintient suspendu,    son souffle  .

Quand le vertige se dissipe,
Le corps se recompose,
Traverse son écran d’âme ,
Il retombe sur ses pieds.

Ne se souvient plus du vide,
S’il s’est envolé, ou a chuté…
Il regarde la toile .
Elle est achevée …

Il ne peut dire qu’il l’a rêvée,
La matière de la peinture en témoigne.
Elle colle encore aux  doigts .
Cà sent la térébenthine.

Le regard  s’ouvre,
Et avec, parfois le doute….
Comment pourrait-il avouer,
– » Ce qu’on voit n’est pas de moi ?

Je n’ai que  disposé des couleurs,
« dans un certain ordre assemblées » « ….. ,
D’avoir déclenché une action  .
–  Il se remémore la chimie,

Les produits mis en contact,
Neutres, se cotoyant dans le récipient…
Il fallait un catalyseur
Pour que la réaction commence… –

«  Je ne l’ai pas contrôlée…
Comme l’apprenti sorcier…
Veuillez m’excuser…
– Chacun peut commenter

… Si cette œuvre, est la mienne
Elle m’échappe encore…
J’ai connu ce privilège
D’en être le premier spectateur…

L’acteur a disparu dans un tourbillon,
J’ai rendez-vous avec lui…
Dans un jour, dans un an   … ?

Pour la prochaine toile… »

RC  –  sept  2014


Rassasié d’une vie – ( RC )


-art –  enluminure  médiévale:                 La Hague, MMW, 10 A 11, detail of fol. 320r (‘Souls ascending to Janus and Terminus, who are holding the world; souls descending to hell’).        , La Cité de Dieu Translation from the Latin by Raoul de Presles. Paris; c. 1475

 

 

La tête est venue

La première…

Et l’extérieur tout d’un coup

Se projette au -dedans

Envahit les poumons ,

 

Le premier jour  d’un cri,

C’était naissance,

Ce jour là ,

Et la tête la première,

Arrivée au monde,    –   lourde.

 

>           Les corps usés,  inversement ,

Le dernier jour,                      de cri,

Voient les âmes  s’échapper,

Du monde,                       ….       légères .

 

–                        On ne sait où,

Personne ne peut les suivre,

Ni ici,                           ni sur terre

Ou ailleurs,        si elles se rassemblent ,

Ou reviennent,

 

Redistribuées  à d’autres,

Si leur souffle se transmet,

Par les ondes,

Ou les racines,

Et sous d’autres formes.

 

Figures         passagères,

Locataires des corps,

Rassasiés d’une vie,

Qui peut recommencer ,

Au sortir de la nuit.

 

 

 

 

RC – avril 2014

 

 

 


Espaces brisés de la salle aux miroirs – ( RC )


 

pris au piège

 

 

Une salle aux miroirs se penche sur moi,
Des rayons de lumière y rebondissent,
Et sont autant de flèches,
Au trou noir de mon souffle,
Perçant la nuit, sans pourtant atteindre,
Au coeur de ta beauté.

Elle concentre l’azur,
Même quand ta voix s’éteint,
Une part d’infini, dans ta main,
Dans ton visage aussi,
Que je ne peux atteindre,
Condamner à errer, après t’avoir trop cherchée.

Je me noie dans un temps,
Et l’idée que j’en ai,
Même parmi les espaces brisés,
Des miroirs enchevêtrés,
Ne me conduisent pas, jusqu’à ta voix,
Aux silences enroués, ni à ton image…

Elle m’est renvoyée , brisée,
Et ne se superpose pas,
A celle du souvenir,
Noyé aussi dans la noirceur,
D’une distance, s’effondrant sur elle-même,
Comme celle d’une étoile déchue.

RC

———– ( c’est  une variation sur le texte  d’un auteur canadien..  que voici)

Il y a dans mes souliers
Des rues inondées
Où je me noie dans ta main
Il y a dans mes yeux
Ta voix qui s’éteint
Cette noirceur dans l’azur
Il n’y a rien d’autre au-delà de toi
Il y a dans la nuit
Des silences enroués
Pour t’avoir trop cherchée

Le temps s’échappe de moi
Déraciné de l’avenir
Pur au coeur de ta beauté
Que je donne à ma peine

Il y a dans mon coeur
Une plaie dans l’air
Un trou noir dans mon souffle
Où tout s’effondre sur moi


Stabat Mater – ( RC )


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C’est une voix intérieure,
Dont je peine à dessiner la forme,
Puisqu’elle est cachée dans l’âme,
Et le regard de celui
Qui la fait vibrer ,
Trempée dans celle de la musique,
Et ses couleurs en contre-jour,
Inscrite en dentelles d’encre,
Sur une ancienne partition,
… Notre oreille en ignore,
les passages soulignés de crayon.

Une parenthèse ardente,
Celle de la Passion,
Où l’invisible des sons,
Se transmet de nuit aux jours,
En plusieurs siècles au fil,
Quand se donne le chant,
Jusqu’aujourd’hui,
Et bien plus encore,
D’une émotion palpable,
Partagée en frissons,
Et portée par les accords…

Une colonne s’élève ,
Se sépare en volutes,
Peut-être vers un plafond à fresques,
Dessiné par les voix,
Se détachant des portées,
Emplissant tout l’espace,
Puis fuyant sous les voûtes,
Pour que renaisse le souffle,
S’appuyant sur le silence,
Remplacé bientôt par
le tapis dense d’instruments anciens.


( en hommage à la restitution des musiques du passé,
et ici particulièrement dédié à Gérard Lesne,
dans son interprétaton du « Stabat Mater  » de Pergolèse)

RC –  10 novembre 2013


Camille Loty Malebranche – Désenchantement


peinture: Franz Kline: De Medici 1956

peinture: Franz Kline:         De Medici 1956

Désenchantement

Je me suis réveillé
Au cœur d’un monde
Colosse de mirage, empoigné de déroutes
Exhalant l’odeur âcre, méphitique
De nos ordres chaotiques, imprégné de malheurs
Et l’entêtement des bonheurs artificiels

Je me suis réveillé
Et je n’ai vu que la lourdeur de nos gestes et l’interaction de nos maux
Jonglerie maniaque pour nos spartiates désabusés,
Nos fauves anthropomorphes, anthropophages

Je me suis réveillé
Au cœur d’une terre vacillante, entropie ténébreuse
Aux baraques sanguines des mers guerrières.

Et le sang qui gicle dans son tourbillon
Disque d’accrétion létale, patibulaire
Au sens contraire des rotations de la terre,
Dément les soleils faux de nos chartes balisées de noirceurs intestines

Et malgré l’évolutive odyssée temporelle de l’histoire aux avatars et du progrès,
Piétinent nos vœux, pataugent les pas sans marche, traîne-savates, démarche abjecte
De l’homme, phylum de nains, d’avortons
Hibernent les étoiles, soleils scalpés ;
Et les ères génitrices où la terre s’est faite mère,
Au firmament de nos œuvres, accouchent de tertres mortuaires, tremplin mortel
Aux dépouilles de l’homme, aux débris de l’humain

Ah ! Voûtes géantes, spectrales de nos actes ! Charnier homicide de l’action !

L’espace ne brille
Que des ténèbres humaines ;
Et la vie et le souffle – hymne christique
Profanés par nos fronts cogitants

Champs arides, xérophiles des balourds
Ignorent l’esprit, immanente semence
Poussent des mutants où l’ivraie des ivresses criminelles s’abreuvent d’Âme et de Sang !

Ô ! Malheureuses épines des noires mémoires !
Des moires !
Que de visages de parque
Au miroir atomisé des virages
A l’image brisée des ombres !
Ah ! Geignent les faces fragmentées
Du temps et de l’absence !


Romain Verger -La nuit, les étoiles


peinture: J Whistler: nocturne en noir et or

La nuit, les étoiles sont des ouvertures sur des possibles inconnus, sur des visions du calme infini, sur des rassemblements d’ancêtres.

La nuit est ouverte en des millions de points par lesquels on peut passer pour rejoindre ceux qui nous ont précédés, ceux qui nous accompagnent, ceux qui nous suivront.
Hier soir, pour la première fois depuis des mois, j’ai pris un livre & j’ai lu, à la lueur de ma vieille lampe à alcool, jusqu’à m’effondrer de fatigue.
J’ai dormi longtemps.

Lorsque je dors ainsi, je n’ai plus besoin de parler, je ne me regarde plus, je n’ai plus besoin de vivre à la surface de moi-même, je n’ai plus besoin de ne pas m’aimer…

J’ai les yeux fermés, je ne me déçois plus, je m’échappe, je reviens, je suis seulement un souffle, un souffle léger.

extrait du « Carnet des morts »  –  site de l’auteur  ( un nécessaire malentendu)


Gué de tes îles – ( RC )


dessin: Gustave Klimt

dessin:     Gustave Klimt

Traverse l’espace,

le gué des îles,

jetées sur le hasard,

Léchées par l’aube,

– Elle s’épanouit –

Sous mes mains en corolle,

Les vagues les entourent,

Et je vais,

Nu parmi les encres sèches,

Avant de retourner à la boue, *

Equilibre instable sur ce gué,

Oiseau des augures ayant perdu

Ses ailes,

A parcourir,

Sous ton regard liquide,

Les chutes du silence.

A l’air ne manque,

Que le souffle inverse

Qui m’aspirerait,

Comme il me dépossède,

Douceur et violence,

Aux îles

Basculées,

Tes courbes entre mes mains…

 

RC – 8 août 2013

* ces deux vers sont de Dominique Sorrente, dans « enjambées fauves »


Sabine Vadeleux – Etre le miroir de l’autre


Säb –

photo: Bruce Davidson. Chicago – 1963

Regarde encore et encore

Est-ce ton reflet sous cette lune ?

Ma main se lève lentement, doucement

Chaque mouvement reproduit à l’identique

Comme Une.

 

Ce que j’aimerais c’est connaître ton intérieur

Ton être vrai et véridique

Miroir de mon âme, je lâche les armes

Comme une hérétique.

 

Les grains de sable s’envolent emportés

Par le vent…

Les temps s’échappe toujours

Tu sais… difficile d’arrêter à temps

 

Rien ne peut enrayer sa course

Effrénée soufflée à la craie de nos incertitudes

Et de nos désirs secrets.

 

Pourtant une plongée dans ton iris

Me réveille

En sursaut, tel un serpent surpris par l’eau

Nagé par mont et par vaux … être le miroir

De l’autre…

 

Une essence une intensité intimement nouée,

Une confusion des sens dans un souffle inné.

Une intension où les corps et feux se dilue peu à peu

Et se répand poète.

 

Les grains continuent et glissent toujours

Escalades d’émotions qui ne s’attardent

Et surgissent.

 

Mais quelle hypocrisie de l’histoire

Que ces espèces de lignes qui nous tissent

Le visage.

 

Regarde encore et encore dis-moi tout… parle-moi de cette statue

Est-ce toi ? est-ce moi ?

Est-ce mon émoi ?

 

Que d’être le miroir de l’autre

Ou les deux confondus.

dessin:            MC Escher

et beaucoup  d’autres  textes  d’auteurs,  visibles  sur les Carnets de Poésie  de GuessWho


Diana Der-Hovanessian -Poème ouvert


peinture: artiste américain ( non identifié)

peinture: artiste américain ( non identifié)

la mort se trouve à côté chaque dormeur
ce jour se réveille
guette toutes les étapes
en posant le talon
qui rythme s’accélère à nouveau
et exhale chaque souffle
sauf où l’amour y respire

death lies beside each sleeper
that day wakes up
stalks every step
puts down the heel
that pace picks up again
and exhales every breath
except where love breathes in
ce texte, dont j’ai tenté la traduction,   est extrait du très riche  site  de la poésie  arménienne,  visible  ici.

Michel Camus – proverbes du silence et de l’émerveillement – la maternelle vacuité du silence


 

fresque médiévale -- Mesnard-la-Barotière, St Christophe

fresque médiévale — Mesnard-la-Barotière,    St Christophe

 

Absolue la maternelle vacuité du silence
Imprononçable le mot de l’énigme au cœur de la vie
Indéchiffrable le signe muet de sa présence
Abyssal le songe éternel du regard
Immortelle la part de silence au cœur de l’homme
Quel poète n’est pas écartelé par l’exil de sa langue

dans l’éden du silence

Le poème comme instrument du silence dans la musique de la langue
Le silence, dites-vous, est un concept
Et si le concept était un germe issu du silence
Loin d’être la négation de la langue le silence est son double secret, germe intime et matrice infinie
Car du corps-du-silence naît le souffle et du souffle la parole

que le sens insensé du silence ensemence
Que sait-on sans mot dire
Par le silence le poète s’efface par la poésie le silence se dépasse
Duplicité du silence, duplicité du poème nous comblent d’incertitude

 

Proverbes du silence et de l’émerveillement      , Éd. Lettres Vives, coll. Terre de poésie

 


Louis Aragon – tant que j’aurai le pouvoir de frémir


peinture           Patricia Watwood:                Flora

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tant que j’aurai le pouvoir de frémir

Et sentirai le souffle de la vie

Jusqu’en sa menace

Tant que le mal m’astreindra de gémir

Tant que j’aurai mon cœur et ma folie

Ma vieille carcasse

 

Tant que j’aurai le froid et la sueur

Tant que ma main l’essuiera sur mon front

Comme du salpêtre

Tant que mes yeux suivront une lueur

Tant que mes pieds meurtris ne porteront

Jusqu’à la fenêtre

 

Quand ma nuit serait un long cauchemar

L’angoisse du jour sans rémission

Même une seconde

Avec la douleur pour seul étendard

Sans rien espérer les désertions

Ni la fin du monde

 

Quand je ne pourrais veiller ni dormir

Ni battre les murs quand je ne pourrais

Plus être moi-même

Penser ni rêver ni me souvenir

Ni départager la peur du regret

Les mots du blasphème

 

Ni battre les murs ni rompre ma tête

Ni briser mes bras ni crever les cieux

Que cela finisse

Que l’homme triomphe enfin de la bête

Que l’âme à jamais survivre à ses yeux

Et le cri jaillisse

 

Je resterai le sujet du bonheur

Se consumer pour la flamme au brasier

C’est l’apothéose

Je resterai fidèle à mon seigneur

La rose naît du mal qu’a le rosier

Mais elle est la rose

 

Déchirez ma chair partagez mon corps

Qu’y verrez-vous sinon le paradis

Elsa ma lumière

Vous l’y trouverez comme un chant d’aurore

Comme un jeune monde encore au lundi

Sa douceur première

 

Fouillez fouillez bien le fond des blessures

Disséquez les nerfs et craquez les os

Comme des noix tendres

Une seule chose une seule chose est sûre

Comme l’eau profonde au pied des roseaux

Le feu sous la cendre

 

Vous y trouverez le bonheur du jour

Le parfum nouveau des premiers lilas

La source et la rive

Vous y trouverez Elsa mon amour

Vous y trouverez son air et sont pas

Elsa mon eau vive

 

Vous retrouverez dans mon sang ses pleurs

Vous retrouverez dans mon chant sa voix

Ses yeux dans mes veines

Et tout l’avenir de l’homme et des fleurs

Toute la tendresse et toute la joie

Et toutes les peines

 

Tout ce qui confond d’un même soupir

Plaisir et douleur aux doigts des amants

Comme dans leur bouche

Et qui fait pareil au tourment le pire

C’est chose en eux cet étonnement

Quand l’autre vous touche

 

Égrenez le fruit la grenade mûre

Égrenez ce cœur à la fin calmé

De toute ses plaintes

Il n’en restera qu’un nom sur le mur

Et sous le portrait de la bien-aimée

Mes paroles peintes

peinture:          Patricia Watwood  –          le  rêve  de l’amant du poète

Le roman inachevé,

Poésie / Gallimard.


Sous les yeux fertiles du temps ( RC )


photo:Pentti Sammallahti

A  tous les  rivages  et au murmure  des vagues
Les paroles croisées, le bonheur  d’une inspiration
Ainsi, le ressac régulier, et l’écume
Qui prend  et donne, reprend encore
L’appel des sirènes  s’est perdu  dans la brume
———Personne n’en propose  de traduction.

Le pays s’est usé de son voisinage,
Pour tatouer la mer de rochers,
C’est une lente métamorphose,
Qui transporte les  éléments
Sous les yeux fertiles  du temps
Au-delà du plein chant du soleil

Les falaises  parait-il  reculent
Et cèdent  au liquide des arpents de prés,
Les remparts  de la ville s’approchent du bord
Et seront un jour  emportés,
Comme le sont les siècles
Aux haleines des brises  et tempêtes.

Faute d’apprivoiser le temps
Il faut faire  avec son souffle
Et le berger pousse ses troupeaux  sur la plaine
Puis les plateaux, qui offrent
A toutes les transhumances, leurs drailles  séculaires
D’un parcours  recommencé, au cycle des saisons.

 

 

RC    – 14 octobre 2012

 


Walt Whitman – Chant de moi-même


 

 

 

 

Chant de moi-même (extrait)

Je me célèbre moi,
Et mes vérités seront tes vérités,
Car tout atome qui m’appartient t’appartient aussi à toi.
Je paresse et invite mon âme,
Je me penche et paresse à mon aise . . . . tout à la contemplation d’un brin d’herbe d’été.
Maisons et pièces regorgent de mille parfums . . . . les étagères débordent de parfums,
J’en respire moi-même l’arôme, je le connais et je l’aime,
Cette quintessence pourrait m’enivrer à mon tour, mais je saurai lui résister.
L’air n’est pas un parfum . . . . il n’a pas goût de cette quintessence . . . . il est inodore,

Il s’offre éternellement à ma bouche . . . . j’en suis épris,
Je veux aller sur le talus près du bois, j’ôterai mon déguisement et me mettrai nu,
Je brûle de sentir son contact.
La buée de mon propre souffle,

Échos, clapotis et murmures feutrés . . . . racine d’amour, fil de soie, fourche et vigne,
Mon expiration et mon inspiration. . . . . les battements de mon cœur . . . . le passage du sang et de l’air
dans mes poumons,
L’odeur des feuilles vertes et des feuilles sèches, du rivage et des rochers sombres de la mer, du foin
dans la grange,
Le son des mots éructés par ma voix . . . . mots livrés aux tourbillons du vent,
Des baisers à la dérobade . . . . quelques étreintes . . . . des bras qui enlacent,
Le jeu de la lumière et de l’ombre sur les arbres aux branches souples qui ondulent,

Traduction Éric Athenot de l’édition de 1855 éditions José Corti

Walt Whitman

 


Nath Bardou – Ne disons plus


peinture perso 1991 huile sur toile ( détail )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ne disons plus

 

Du bleu au rouge

Tournoyant sans repos

Autour des derniers bastions des orbites.

-Là, cogne la mémoire –

J’étais enduite de ton verbe et

Cimentée à ton souffle,

La poitrine crépitant

Au feu de l’ombre

– la paupière aux aguets –

Le temps que prend

La veine pour jaillir du marbre.

Chrysalide aquatique

Grignotée par un azur

Aux mille tentacules,

Et les nuits, le ventre clos

Roulaient

( le souffle parfois inquiet )

Sur les rails raides du vent,

Tout ce qui approche

Du sommeil aux canines blanches

A fait un long périple

Dans les océans de l’encre.

Echo de mannequins emmurés

Qui,

Traquant l’épi bleu,

Se sauvent dans l’interstice du silence.

Ne disons plus _

L’édifice s’écarte sous le poids du ciel

Et le sable retourne

Là où le soupir a balbutié.

N. B   août   2012

peinture perso   1991      huile sur toile                110x150cm environ


Miguel Veyrat – Je me laisserai porter par ton souffle


installation: James Turrell

Je me laisserai porter par ton souffle,
si léger qu’il me conduira
—sans but,
au-dessus des vallées qui précèdent
les bois où tu portes le regard.
Toi, tu vas plus loin que là où
je vois, mais tu me laisses seul
pour que je monte jusqu’à l’abîme.
J’oblique. Je bois ton souffle.
Je me voile la face refusant de voir
le premier reflet
qui m’attend là-bas et qu’à jamais
j’emporterai dans le verre
de mes yeux. Je tomberai donc
vers le haut, en tournoyant
muet et aveugle, transparent.


Isabelle Levesque – es-tu château ?


photo perso; ombre de tour sur tour chateau de Saint-Saturnin sur Tartaronne, vers La Canourgue – 48  – 2008

 

 

 

es-tu château
ou l’ombre du silence (forme humaine)

as-tu soupirs de géant
milliers d’insectes en gorge râpeuse
respirant la terre
le géant ne sent rien respire
chaque souffle expire
une pierre

es-tu nuée sourde sur la proie (aucune chance)
tu virevoltes geste fou d’une courbe
ne s’arrête comme
encre en tache et page
loin du buvard flot noir apparu
surface couvre

es-tu quelque part en présence surprise
ou patte d’un bourdon
perdu dans la lutte

percer le corps sombre minéral
érode
la pierre grave le socle
enfonce
château dressé (faille en terre)

In Ossature du silence, © Les Deux-Siciles, 2012, p.13