Christine Lapostolle – Brest (Temps permettant -extrait) –


Dans cette opacification blanchâtre, grisâtreet même vaguement jaune de toutalors que le jour devrait se lever, la lumière inonder la radio vient de dire « ciel magnifique sur tout le pays,un temps splendide nous attend aujourd’hui » –ici on ne voit même pas la merLes bâtiments industriels, les cheminées ressemblentaux vieux poèmes qui célébraient autrefois le mondemoderne et l’espoir des usinesCe sont des mots du … Continuer de lire Christine Lapostolle – Brest (Temps permettant -extrait) –

Côtoyer ta solitude – ( RC )


Tu prends des cheminsdes plus incertains, un pas risqué dans l’irréel, une photographie qui te révèleoù je n’ai pas l’habitudede cotoyer ta solitude. C’est celle d’un jardin d’épinesaussi sec , comme je l’imagineoù tu te transportesauprès des amours mortes.C’est ainsi que tu t’isolesparmi ronces et herbes folles. Dans la fuite du bonheur,il n’y a aucune fleurqui provoque une brèche, juste des plantes sèches privées de … Continuer de lire Côtoyer ta solitude – ( RC )

Ludwig Wittgenstein – caisse à outils, ciseaux et colle


J’ai souvent comparé le langage à une caisse à outils contenant marteau, ciseau, allumettes, clous, vis et colle. Ce n’est pas par hasard que toutes ces choses ont été mises ensemble — mais il y a des différences importantes entre les différents outils; leurs divers emplois ont un air de famille — bien que rien ne puisse être plus différent qu’un ciseau et de la … Continuer de lire Ludwig Wittgenstein – caisse à outils, ciseaux et colle

Enrico Testa – tenir à distance le peuple envahissant des merles


image transfo RC sur le terre-plein de la voie ferréelongeant le boisles troncs des acaciassont noirs après la pluiecomme des traits d’encre qui s’écartent. Pâques est désormais le papier d’argent,poussiéreux et pâli,des œufs, suspendusaux branches des cerisiers.Rubans qui miroitent dans le ventet devraient tenir à distancele peuple envahissant des merles . . . . . . . . . . . . . . . … Continuer de lire Enrico Testa – tenir à distance le peuple envahissant des merles

De gros traits noirs au feutre gras – ( RC )


Voyage au bord de l’écriture,barre ce qui ne convient pasau déroulement de l’histoirede gros traits noirs au feutre gras ! Exerce ton droit à la censuretu répandras d’autres tacheshéritées d’un autre âge( quand la parole fâche ) : C’est juste du maquillage,une action anodinequi s’exerce sans recours :tu changes le discoursen paroles anonymes ( personne ne t’accusera d’un crime,ne te traînera devant les tribunaux,pour avoir … Continuer de lire De gros traits noirs au feutre gras – ( RC )

Yann-Fulub FOLLET


Laisse-moi marcher tout près de toi, rêve Écouter les gouttes de pluie frissonnant crescendo Notes blanches et notes noires Fermer les yeux à l’approche du printemps Préludant aux coucher de soleil, fin d’un autre hiver J’ai dans la tête un isthme de matin bleu Que la rosée de Carélie inonde parfois de son aurore… 21.04.1878 Lettres de Carélie – poèmes Editions des Orgevaux Continuer de lire Yann-Fulub FOLLET

Jean Métellus – dans la nuit


Dans la nuit,Couleur de ma peau, ciment des mystères,Silence du soleil, démence des despotesUn rêve instable murmure les hauts faits de l’histoireDéplisse les cicatrices habitées par le temps Dans la nuit,Royaume des maudits, forteresse à jeun,Forêt de peurs et de pleursLe goût de la lumière allumera-t-il la colèreBrisera-t-il la tutelle de l’ignorance et de l’impudence ? Dans la nuit,Baptistère et suaire des prières,Terreau et tombeau … Continuer de lire Jean Métellus – dans la nuit

Jeux symboliques – ( RC )


Heureusement de mon temps,les marchands de jouetsne pratiquaient pas simultanémentle commerce des armes.Certains de mes camaradess’échangeaient des imagesavec des soldats casqués,des chars et des fusées . Pour se mettre de plein piedavec la réalitéquelques décennies plus tôt,il aurait été plus facilede se procurer des osselets,ou des médailles militairesportant la croix gammée .Mais je dois me faire des idées…. Continuer de lire Jeux symboliques – ( RC )

Jean-Michel Espitallier- Land (Appoggiature)


. Vous reveniez de contrées fort lointaines. Dans vos regards, le long ruban des régions traversées montrait des choses mal connues. Ç’avait été un pays de manufacturiers bossus. Le chiendent des prairies masquait un peu l’emplacement de très anciennes villes (on distinguait les traces d’un clocher ; des viaducs, des tourelles, des mâchicoulis effondrés dormaient au fond d’un lac). Sous les joncs, quelqu’un avait trouvé … Continuer de lire Jean-Michel Espitallier- Land (Appoggiature)

Jean-Claude Deluchat – ma barque


Je n’aurai pas grand-chose et ce sera beaucoupJ’aurai dedans ma barque des gibiers et des fleursDes agapanthes bleues des baisers dans le couUne veine battante pour l’artère des chœursDes chants à perdre haleine dans la laine bergèreQu’un souffle de printemps vient renaître par l’eau Pour une aire de soleil et un sourire de frèreQui sait me recueillir au chagrin du sanglotVenez ici le jour est … Continuer de lire Jean-Claude Deluchat – ma barque

Futaie profonde, et solitaire – ( RC )


Parcourant la forêt, les troncs courbésfont comme une harpejouant une musique de lumièreque personne n’entend.La futaie est profonde, et solitaire ,personne ne m’entend chanter.J’écris sur la terre humideun poème,que personne ne lira,à part la lunequi se penche vers moi . inspiré par les textes de Wang Wei, voir « sous les pins »- calligraphie chinoise – Continuer de lire Futaie profonde, et solitaire – ( RC )

Jean-Michel Maulpoix – Chambres –


J’aménage des chambres dans l’encre. J’ouvre les armoires. Je dispose des fleurs dans les vases. Je fais pour la mémoire des lits bien propres. Plus personne n’y viendra dormir. Je reste un instant dans la pièce, puis je ferme la porte. II y a, la nuit , des étoiles et des anges. Au matin, j’ai le cœur défait. Qu’importe que les draps restent tirés et … Continuer de lire Jean-Michel Maulpoix – Chambres –

Le ruban noir – ( RC )


J’ai vu cette main en gros plan, posée sur un membre, ou un corps  souple . Peut-être  était-ce celui d’un autre plutôt que celui de  la personne   à qui appartient la main. Rien ne l’indique . Ou peut-être  une  petite  différence  de pigmentation de la peau  : Les doigts sont face à nous . La main repose, légère, abandonnée. Lassitude,  tendresse ? Elle s’enfonce apparemment  … Continuer de lire Le ruban noir – ( RC )

Le vent – (Susanne Derève) –


Ce vent soudain levé emportait tout à travers lui : L’accablement des jours passés dans la chaleur caniculaire de Juin, un peu de nous soustrait à la fournaise derrière les volets clos,le linge arraché au séchoir,l’odeur de lessive et de paille,les chants d’oiseaux. Peut-être emportait-il l’été dès avant sa naissance, dont n’avaient plus que faire nos peaux brûlées,les feuillages pantelants de soif,les mottes grises,l’herbe jaunie. … Continuer de lire Le vent – (Susanne Derève) –

Lotus – (Susanne Derève )-


Un peu de terre, et le chaos des pierres que vient baigner le flot, rives,limons,rizières. Sous le sampan de bois, les lotus à fleur d’eau comme une peau légère et sur leurs tiges frêles, la jupe tendre des corolles, rose, translucide, d’où naît le poème ancestral, celui qui tient le temps dans ses filets, le porte jusqu’à nous en son précieux calice. Aux faces parcheminées, … Continuer de lire Lotus – (Susanne Derève )-

Yannis Ritsos – Au balcon


Après la représentationil demeura caché au balcondans l’obscurité.Le rideau est grand ouvert.Régisseurs du théâtre,accessoiristes, éclairagistesdémontent les décors ;ils ont ramené au sous-solune grande lune de verre,ont éteint les lumières,s’en sont allés,en fermant les portes à clef.À ton tour maintenant,sans lumières,sans décors et sans spectateurs,de jouer ton propre rôle. Athènes, 4.III.85 texte extrait du recueil  » Balcon » ed B Doucey 2017 Continuer de lire Yannis Ritsos – Au balcon

Constantin Cavafis – La première marche –


Photomontage RC A Théocrite un jour vint se plaindre le jeune poète Eumène : « Cela fait maintenant deux ans que j’écris et en tout, je n’ai composé qu’une idylle. C‘est la seule achevée de mes oeuvres. Hélas, comme il est élevé, je le vois bien, le grand escalier de la Poésie; et de la première marche où je suis, jamais je n’arriverai à monter, … Continuer de lire Constantin Cavafis – La première marche –

Carnets de dessins de Provence – ( RC )


A chausser les sandales de l’enfance,te rappelles-tu des champs de Provence ?Tu n’avais pas à ouvrir ton herbier,le vent poussait ses vagues dans le blé,comme dans la farandolede la voix du mistralsoufflant par rafalessur le plateau de Valensole. Tu l’as parcouru à pied,en sortant ton carnet à dessins.De jeunes lavandesdéroulaient leurs pointsavec de curieuses perspectives,où le feuillage argentédes oliviers, voisine celui, plus légerde la promesse … Continuer de lire Carnets de dessins de Provence – ( RC )

Midi aux oiseaux- (Susanne Derève)


Trois nids Un va et vient sonore de pépiements et de bruits d’ailes entre le toit et la remise un oisillon tombé du nid, à peine mort,que déjà les fourmis carnassières sont à l’oeuvre C’est midi au soleil Le coq au cadran veille On voudrait faire silence mais c’est un roi sans trône que le silence tant l’air résonne de trilles et de vols affairés … Continuer de lire Midi aux oiseaux- (Susanne Derève)

Thierry Roquet – plus de mystère


tu te regardes dans la glacetu grimacestu n’aimes pas ton refletmoi je l’aime bientu penses que c’est le reflet de quelqu’un d’autrequi appartiendrait au passéd’une autre vieet dont tu souhaiterais effacerle souvenir-ce n’est pas possiblealors tu penses que c’est le reflet de quelqu’unqui vieillit trop vite sansprendre vraiment part à la vie-de quelle vie tu parles ?alors tu éteins la lumière de la salle de … Continuer de lire Thierry Roquet – plus de mystère

Alejandro Oliveros – Table de travail


Table de travail Au petit matin, avant que les coqs ne se perdent dans le ciel, j’écris sur tes jambes et restent au sol mes plumes et mes livres. Voici ma table de travail : ici j’écris de mes doigts contes et poèmes sur les feuilles de ton corps. Dans une maison lointaine sont restés tous mes livres et mes papiers, les éditions de Catulle … Continuer de lire Alejandro Oliveros – Table de travail

Nicolas Granier – Brèves de poésie ( sur textes de RC )


Nicolas Granier, dans ses émissions régulières « brèves de poésie », vient de faire lecture de trois de mes écrits qui ne sont pas encore publiés ici… c’est l’occasion d’écouter une belle interprétation orale , puisque la plupart des textes sont conçus de façon à porter la musique des mots, comme s’il s’agissait d’une partition…. ( qu’il en soit remercié ) Voir le lien Youtube me concernant … Continuer de lire Nicolas Granier – Brèves de poésie ( sur textes de RC )

Elle disait – (Susanne Derève) –


Elle balançait son pas léger sur le pavé des rues et ses cheveux flottaient comme d’anciennes voiles avec leur lien de chanvre abandonné au vent Elle disait: Je m’en vais pour longtemps et son regard brillait du fol émoi qui gouverne les rêves habillait l’horizon de palais de lumière tandis que j’y voyais lever un éternel hiver Elle disait je m’en vais dans son oeil … Continuer de lire Elle disait – (Susanne Derève) –

Exercice préparatoire ( calligraphie paysagère ) – ( RC )


Pour commencerje vais ouvrir la pageavec une belle journée,je l’étale, comme un nuage : – Cette feuille de papierparlera peut-êtreà ma placequand j’aurai trempéle pinceau dans l’encrier,et laissé une tracegrise et noire -: C’est l’exercice préparatoirepour que les eauxs’écoulent des collines,s’envolent des oiseauxd’encre de chine:petite calligraphie modestepour peintre amateur : un paysage en quelques gestesen ajoutant de jeunes fleurs : elles s’échappent des mainscomme de … Continuer de lire Exercice préparatoire ( calligraphie paysagère ) – ( RC )

Rose Ausländer – Moi une petite fleur –


Moi une petite fleur Pourtant les roses hautes comme l’été les papillons les ailes des mouettes au-dessus de la rivière Non Je n’oublie pas les années marquées au fer je n’oublie pas que des bottes ont piétiné l’arc-en-ciel qu’elles s’apprêtaient à nous transformer en roses de feu papillons de feu ailes de feu pourtant hauts comme l’été le parfum les ailes doubles au-dessus de la … Continuer de lire Rose Ausländer – Moi une petite fleur –

Julian Tuwin – pensif dans une ville étrangère


Dans ce petit café du coin, Contre le mur frais et intime, Très étranger, très anonyme, Je fredonne des airs anciens. Privé de paroles, de sons, Du seul regard, dans le jour gris, Un homme solitaire prie Pour d’éternelles questions. J’ignore demain et hier, Là tout finit, là tout commence, Ici et partout, tremble et danse Une miette de l’univers. Sortons. il n’y a pas … Continuer de lire Julian Tuwin – pensif dans une ville étrangère

Ouverture en musique ( pour Apollon musagète )- ( RC )


Ouverture en musique,uniquement en sépia ;la statue antiquedonne toujours le « la »… Nous attendrons d’ Apollonune harmonie céleste,en imitant son gesteavec ou sans violon. De ce dessin très classique,qui semble inachevéon pourrait écouter résonnerses harmoniques, – découvrir sur ces entrefaites la composition de Stravinskyconvoquant une mélodie pour « Apollon musagète… » Continuer de lire Ouverture en musique ( pour Apollon musagète )- ( RC )

Poppies – (Susanne Derève) –


Ne crois pas que les coeurs s’éteignent Poppies coeurs charbonniers le vent s’en joue et les malmène froisse leurs pétales à regret Ainsi agaçait-il les jupes rouges des filles le vent avec ses ailes bleues de paon feu follet sur la lande palpitant sous la boue et la nuit comme un cierge brûlait à nos genoux Lande brune de bruyères et d’ajoncs croix des calvaires … Continuer de lire Poppies – (Susanne Derève) –

Patrick Laupin – Un peuplier –


Nous courions. Nous avons couru sous la pluie vers ces ruines détachées du sommeil. Un peuplier. Lentement le village désert depuis les berges de l’aube. L’écriture des brumes et le matin nu sur ce peuplier. Que reste-t-il d’un peu plus lumineux dans ces premiers mots Quelle image alors déchirée et parlante semblable au vent semblable à la pluie semblable à la lumière morte comme ces … Continuer de lire Patrick Laupin – Un peuplier –