Aucune théorie sur le déplacement – ( RC )


Là, tout est au beau fixe.Quelques nuages volagessont à leur place.Personne n’imaginerait à part l’ingénu Magritte,que les rochers se détachentet s’envolent, oublieux de leur masseavant de retomber au petit bonheurpour la plus grande joie des autochtones,voyant pleuvoir les menhirs. C’est une image peu réaliste, ….je le concède,qui pèse très peucomparée à ces tonnesqui ont été déplacées … mais comment expliquer que des pierres usées par … Continuer de lire Aucune théorie sur le déplacement – ( RC )

Jacques Roman – lettera amorosa – 04


Sa parole n’a de légitimité qu’à ne jamais te passer sous silence,qu’à jeter encore ta pierre dans le jardin de la loi. Je l’avoue : terrorisé devant qui te renie.Une telle terreur que toute ma chair se fait l’écho d’un hurlement à la vie à la fin duquel…est-ce laissé pour mort ? Terreur encore quand, le proférant à haute voix,ton nom lui-même me précipite dans … Continuer de lire Jacques Roman – lettera amorosa – 04

Le baiser de la femme araignée – ( RC )


C’est une femme aux mille ressources,qui vit au sein de la peinture,sous les couches de couleur…Nous prend-elle dans sa toile,nous enrobant de caresses drues,où virevoltent les pinceaux ?De la plage, la sérénitédes jours d’été semble s’éloigner.Nous serons à notre tource corps fragmentése débattant sous les verniset les baisersde la femme araignée… ( réponse à un écrit de Louba Astoria sur Wilhem DeKooning ) Continuer de lire Le baiser de la femme araignée – ( RC )

Caroline Dufour – Saturation


et l’arbre se tient béantdevant tant d’yeuxsur le videet tant de videà vendre d’autant béantqu’autour de lui,la blanche tombe cristallinecomme une grandechanson d’amour des milliards dediamants cosmiquesprojetésd’une bouche célestesur un monde gorgé mais quesais-je, se dit-il,de l’instablepeut-être, danssa parfaite élégance, sacourbure patiente · du site de Caroline D  » Si j’étais un arbre » Continuer de lire Caroline Dufour – Saturation

à skis vers Helsinki – ( RC )


Celui qui se renddans la banlieue d’Helsinkipeut chausser ses skis. Nous allons suivre notre hommeprogressant lentementde porte en porte. Choisira-t-il la ligne droiteou le slalom,la voie la plus pratiquedans son esprit l’emportecar franchir les portiquesreste une opération délicate : même s’ils restent ouvertsà tous les ventset aux étoiles – ce qui libère les courants d’airs –et comme par enchantement— apparaît la cathédralesertie d’une brume matinaleà … Continuer de lire à skis vers Helsinki – ( RC )

Claire Ceira – entre silence et ténèbres


La nuit hésitaitentre silenceet ténèbres. J’oscillaisentre cœuret esprit. La solitude étaitlisse comme une plume. Le passésemblait une bien obscureénigme. Il fallait saisirle présentdu bout du stylo. On pouvait écriretout et son contrairesans jamaisêtre dans le vrai. A cette heure-làla nuitfaisait miroir. Je regardaismon visage par la fenêtre. *extrait de livret Polder n°163, édité par Gros Textes Continuer de lire Claire Ceira – entre silence et ténèbres

Un temps d’ivoire – ( RC )


C’est un temps d’ivoire,en noir et blanc,la partie est en cours,on se dispute certains emplacementsplus favorables aux grandes lignes,tu distingues des fortificationsdans le lointain, mais des obstacles ralentissent considérablement la progression. Ce n’est pas un voyage initiatique,on court des risquesen allant à découvert,aussi faut-il marcher avec prudence,.Quelques aller-retours sont nécessairespour contourner les foyers d’incendie:les cavaliers le savent bien,ils évitent les obliques où les foustirent sur … Continuer de lire Un temps d’ivoire – ( RC )

Djamal Benmerad – neutre et mort


Tu n’entends pasla rosée du matinni le souffle du ventdans les boisni le rire moqueur de la mouetteTu ne vois pas le vifdes cerises pulpeusesTu ne connais pasle mal de la tortureTu ne sens passous tes doigtsla chair frissonnantede la nubile Tu ne te bats pas En véritétu es déjà mortou presque Le métier d’exilIci on ne meurt pason rampe La visière de l’exilprojette de … Continuer de lire Djamal Benmerad – neutre et mort

Croiseurs – (Susanne Derève) –


Croiseurs Les lignes d’horizon sont froides Ciel grues filins jetée et les filets du jour au pied du môle, ses rêts de nuages plombés emprisonnant l’arête d’un rayon pâle, le dos de métal luisant d’un squale à demi immergé: Terrible *, Suffren *, parfum de guerre voilé de sel, de belliqueux embruns, ballet martial, parade silencieuse, à quelques encablures de quai de nos vies insouciantes, … Continuer de lire Croiseurs – (Susanne Derève) –

Léonard de Vinci – tristesse


La tristesse ressemble au corbeau qui, quand il voit ses petits naîtreblancs , part dans un grand chagrin, et les abandonne avec tristesse, lamentation, et ne les nourrit pas jusqu’à ce qu’il en voit quelques-unsavec des plumes noires. ( extrait des notes de L de Vinci sur les oiseaux ) une autre: Le pinson doré est un oiseau dont on raconte que, lorsqu’il esten présence … Continuer de lire Léonard de Vinci – tristesse

Glissements du cœur en marche – ( RC )


Attention , surtout , aux glissementsdu cœur en marche:il pourrait se détacherdans la vitrine transparentede mon corps translucide,et offrir ses pulsationsau tout venant.Je suis le carrosse fixeplacé juste devant,emporté par la course circulairedu manège enchanté.Je reste à distance égalede ton petit cheval,alors que tout se brouileautour de moi:la place où les arbresdéfilent autour de nous,les visages flous,les réverbères aux éclats dorés.C’est un cinéma permanentque rien … Continuer de lire Glissements du cœur en marche – ( RC )

Antoine Jean-Baptiste Roger – Sonnet romantique


J’attends l’amour, le grand amour que ne déparentNi les doutes, ni les dégoûts, l’amour tardifDont le flux submerge le cœur, ce vieux récif,L’amour, mer d’Orient suit la côte barbare ! Aussi pardonne-moi si ma bouche est avare,Tu n’es pour moi qu’un rayon de soleil furtif.Je rêve par-delà notre baiser passifUn roman beau comme un poème… et m’y prépare. Cependant si déçu, je ne le vivais … Continuer de lire Antoine Jean-Baptiste Roger – Sonnet romantique

Au jardin des explorateurs – (Susanne Derève)


Au jardin des explorateurs le parfum de miel des genêts,les pierres noires, trois cloches ailées sonnant midi. Longeant le môle, une voile blanche ploie sous le vent, telle Boudeuse,qui prit la mer vers l’Amérique et que suivit son Etoile. Terre, avaient-ils crié, Nassauvias,Bougainvillées ! Est-ce un souffle dans les feuillées ou bien leur voix qu’on croit surprendre et qui se tait ? Jardin des explorateurs Continuer de lire Au jardin des explorateurs – (Susanne Derève)

Jeanne Benameur – l’exil n’a pas d’ombre ( extrait 01 )


Des images et encore des images. C’était ma force. Ma merveille. Le livre a ouvert en moi des portes immenses. Plus rien ne peut les refermer. Plus rien. Ils l’ont déchiré mais les portes battent à l’intérieur de moi. Rien ne peut refermer ce qui a été ouvert. Je veux découvrir. Je veux continuer l’aventure du livre. Découvrir. Découvrir. Devant moi, autour de moi, le … Continuer de lire Jeanne Benameur – l’exil n’a pas d’ombre ( extrait 01 )

escargots de cimetière -( RC )


On ne pourra jamais diresi les morts se souviennentde leur existence .Maintenant, à l’ombre des cyprèsils peuvent simplementparier sur les escargotsqui se promènent sur leur tombe,savoir qui franchira le premierl’enclos, dès la première pluiepour longer le mur de l’église,mais il est peu probablequ’ils pénètrent à l’intérieur :l’odeur d’encens ne les attire pas;l’eau bénite a le goût des cierges.Ils préfèrent les morts aux vivants,ceux-là ne risquent … Continuer de lire escargots de cimetière -( RC )

Une minuscule église de pierre – ( RC )


C’est quelque part,      en avantsur une pointe de terrejuste avant de plonger dans la mer,que les pierres affrontent le vent. Au milieu d’ellesdes hommes ont construitcet abri contre la pluieune toute petite chapelle coincée entre des rochers,infiniment solitaire,minuscule église de pierre,        qui semble s’être échouée         un jour de grande marée .Des saints que l’on a vénéréss’y sont … Continuer de lire Une minuscule église de pierre – ( RC )

Cees Nooteboom – Soir –


en mémoire de Hugo Claus* La chaise bleue sur la terrasse, café, soir, l’euphorbe tendue vers des dieux absents, nostalgique de la côte, tout n’est qu’alphabet de désirs secrets, ceci est son dernier visage avant le noir, le voile dans sa tête. Il le sait, elles disparaîtront, les formes des mots, dans son calice ne laissant plus que lie, les lignes désormais sans lien qui … Continuer de lire Cees Nooteboom – Soir –

Corinne Freygefond – le féminin


Ma gorge avale un cortège De bagages vides Portés par des femmes Toutes de noir vêtues Je devine en strates La voix de celle Par qui la vie m’a été donnée Je l’entends crier en moi-même Un cri Privé de matière Hérité du silence séculaire Je voudrais donner ma bouche A un arbre un oiseau une pierre issu du site de l’auteure Continuer de lire Corinne Freygefond – le féminin

Astrid Waliszek – Vous souvenez-vous


Vous souvenez-vous, vous qui rêviez votre vie peuplée de sombres nuits, de rêveries impies, des mots ailés comme des notes de musique que vous balanciez à cette douteuse clique ?   Vous souvenez-vous des orages, des ciels blafards, des aubes imprécises, des nuits sans fard – des mots frissonnants et saoûls, l’heureux talisman s’est fracassé sur les pavés mouillés du temps   La lente, imperturbable … Continuer de lire Astrid Waliszek – Vous souvenez-vous

De la lumière, là où il n’y en avait pas – ( RC )


Puisque nos paroles repoussent l’obscurité,nous avons fait de la lumière,là où il n’y en avait pas,en décrivant les songesqui nous font voyager. Peut-être ne suffit il pas de parler,mais de mettre nos rêves sur le papier,les mots d’encre rendus visiblesse mettront ensemble à danser:petits soleils dans notre nuit partagée… voir parallèlement l’écrit de Candice N’Guyen dans « traverses 8 »: Tout au fond de la nuitnos rêves … Continuer de lire De la lumière, là où il n’y en avait pas – ( RC )

Sandro Penna – De retour à la mer de mes vingt ans –


De retour à la mer de mes vingt ans, au soir, je traversai les boulevards tièdes et je cherchais mes compagnons d’antan… Je humais comme un loup déchainé l’ombre chaude des maisons. Un parfum vide et ancien me chassait vers la plage grande ouverte sur la mer. Pour y trouver l’amertume la plus claire et mon ombre lunaire, figée sur ce parfum d’antan. * Quando … Continuer de lire Sandro Penna – De retour à la mer de mes vingt ans –

Jour de marché – (Susanne Derève) –


Tu flânes sur le parvis dans l’ombre mauve de l’église, lumière d’été,chapelets d’aulx. C’est marché,Samedi,de fleurs, de miel et de fruits rouges, d’odeurs de volailles rôties,de menthe et de pain chaud. Auprès de la fontaine, sous les marquises blanches l’étal aux livres, tu glisses dans ton panier Rose Ausländer,la rose errante qui te dit « Non,je n’oublie pas, les années marquées au fer »* * … Continuer de lire Jour de marché – (Susanne Derève) –

L’infini ne reconnaît pas les créatures de l’esprit – ( RC )


Tout glisse entre leurs mains ouvertes,et peut-être les transperce,Ils sont sans doutedes créatures de l’esprit,qui ne connaissent pas le poids des choses,et peuvent marcher sur l’eausans qu’elle ne s’en aperçoive… J’en ai vu qui ont traversé les façades,ignorant les habitants,mais chargés de la couleur des murs. Les plus audacieux se sont risquésà escalader le cielsur une échelleallant vers l’infini,mais ils ont présumé de leur force,car … Continuer de lire L’infini ne reconnaît pas les créatures de l’esprit – ( RC )

Miroslav Florian – les cheveux de l’amoureuse


Violon, violon, ouvre la danse Mon amoureuse est làElle penche sa tête vers moises cheveux sentent la camomilleelle les a rincés dans la prairie.Ses cheveux sentent bon le préSon corps embaume le mielmais dans ses yeux un essaim veillece sont des abeilles en colèreprêtes à fondre sur le voleur extrait de « la maison ouverte » – nouvelle poésie tchèque – Continuer de lire Miroslav Florian – les cheveux de l’amoureuse

Jean Tardieu – au conditionnel


Si je savais écrire je saurais dessinerSi j’avais un verre d’eau je le ferais geleret je le conserverais sous verreSi on me donnait une motte de beurre jela ferais couler en bronzeSi j’avais trois mains je ne saurais oùdonner de la têteSi les plumes s’envolaient si la neige fondaitsi les regards se perdaient, jeleur mettrais du plomb dans l’aileSi je marchais toujours tout droit devantmoi, … Continuer de lire Jean Tardieu – au conditionnel

à la table du ciel – ( RC )


Quand je mange à la table du ciel,je ne mendie pas les nuages,et dans mon assiette,il y a des quartiers de luneque j’arrose de voix lactée.Si je parle trop fortaprès avoir bu du sirop d’étoiles,elle s’éclipsele temps que j’alignequelques planètesau bout de ma fourchetteavant quelque comète de sucre glaceme servant de dessert.Repu, je plonge dans un sommeil opaque,où je bouscule tout le zodiaquedans un rêve … Continuer de lire à la table du ciel – ( RC )

Paul Gravillon – la tristesse et le jour se ressemblent


Un visage accroché à des alguesun balcon troué par une bombedes paupières de violettesdes Joues de crépusculedes yeux d’orientperles noires dans un jour glauquetournées vers le futurillisiblestous les genres se mélangentles classes les racesles femmes se donnent et restent viergestout le monde est pardonnéla tristesse et la joie se ressemblenttout se poursuitplus rien n’importela femme cancéreuse se caresse le seinles grands hommes ne meurent plusils … Continuer de lire Paul Gravillon – la tristesse et le jour se ressemblent

Abdallah Zrika – ivresse de l’effacement 3


L’amertume ne vientqu’après la soie d’une blancheuret l’or d’une main La lamentation quand elle s’élèvene se guérit pas par l’ivressed’un œil et la bougie d’un front Tu montes les échelles d’un visageet tu tombes dans le fondd’un poème Tu montes l’arbre de l’énoncéet tu dors sous l’oranged’une poitrine Mais que doit-il rester de toipour que quelque chose reste de toi ? Les conteurs eux-mêmes fuientta … Continuer de lire Abdallah Zrika – ivresse de l’effacement 3