Le sommeil des nénufars ( RC )


peinture:             P Mondrian.      Night landscape  1907-08 – Sous les branches tombées à notre insu, un parterre d’ocre,  si bien aussi  qu’à plat sur la surface gelée  de l’étang on pourrait marcher Contourner les nénufars, surpris  dans leur  sommeil, comme au bord  d’un temps, Qu’ils avaient oublié Fragiles coques, lestées de mémoire Qui les retiennent par le fond … Continuer de lire Le sommeil des nénufars ( RC )

Miquel Marti I Pol – À cet instant même (Ara mateix)


          À cet instant même, j’enfile cette aiguille avec le fil d’un propos que je ne dirais pas et je me mets à ravauder. Aucun des miracles qu’annonçaient les très éminents prophètes n’est advenu et les années défilent vite. Du néant à si peu, toujours face au vent, quel long chemin d’angoisse et de silences. Et nous en sommes là: mieux … Continuer de lire Miquel Marti I Pol – À cet instant même (Ara mateix)

Wislawa Szymborska – Ciel


Ciel (début et fin , 1993) – Voilà par quoi on aurait dû commencer: le ciel. Fenêtre sans rebord, sans feuillure, sans vitres. Ouverture et rien d’autre, mais ouverte largement. Nul besoin d’attendre une nuit sans nuages, ni de lever la tête pour regarder le ciel. Je l’ai derrière mon dos, sous ma main, sur mes paupières. Le ciel m’enveloppe fermement, me soulève. Les montagnes … Continuer de lire Wislawa Szymborska – Ciel

Heather Dohollau – Douceur de marcher sur le sable


    Douceur de marcher sur le sable Dans le bruit des vagues Quand l’espace se creuse Et le jour comme une cave de lumière Courbe sur nous ses murs de ciel La mer reste l’impensable naissance et mort Le portail transparent d’un rien autre Quittant la ligne de nos pas Nous sommes les ressortissants de nos rêves Ébauchant hors de l’ombre les gestes d’écume. … Continuer de lire Heather Dohollau – Douceur de marcher sur le sable

G M Chenot – Au toucher ou à l’ouïe


      AU TOUCHER OU A L’OUÏE     L’Afrique en bandoulière Et les yeux émerveillés Par de tant de couleurs Ou de nuances de noir   La lumière en héritage Comme la douceur d’un fardeau Qui s’évapore en souriant Dans l’ombre des frondaisons   Et cette voix de femme ensorceleuse Dont on fait des miracles Des baisers ou des caresses Dans la saveur … Continuer de lire G M Chenot – Au toucher ou à l’ouïe

Mur ment ( RC )


Il a poussé ,         cette nuit Un mur ,  au fond de l’allée Il barre le jardin ,    de gris Et même          l’allée  dallée Si je ne peux pas passer au travers Et te voir                 de l’autre  côté Comme           d’une paroi en verre Avec l’échelle des songes ,  l’ôter —–>  Je vais  l’habiller  de lierre Ou           le … Continuer de lire Mur ment ( RC )

Jean Mogin – Quand j’ai besoin de bleu


    Quand j’ai besoin de bleu, de bleu, De bleu de mer et d’outre-mer, De bleu de ciel et d’outre-ciel, De bleu marin, de bleu céleste, Quand j’ai besoin profond, Quand j’ai besoin altier, Quand j’ai besoin d’envol, Quand j’ai besoin de nage, Et de plonger en ciel, Et de voler sous l’eau, Quand j’ai besoin de bleu Pour l’âme et le visage, Pour … Continuer de lire Jean Mogin – Quand j’ai besoin de bleu

Etty Hillesum – Une vie bouleversée


  – Je voudrais n’écrire que des mots insérés dans un grand silence Comme cette estampe avec une branche fleurie dans un angle inférieur Quelques coups de pinceaux délicats et tout autour un grand espace Non pas un vide disons plutôt un espace inspiré Si j’écris un jour et qu’écrirai-je au juste je voudrais tracer ainsi quelques mots au pinceau sur un grand fond de … Continuer de lire Etty Hillesum – Une vie bouleversée

Lamelles immobiles ( RC )


Claude Monet Cathédrale Rouen – Immobile  dans l’image, Epinglé dans le ciel, Au théâtre des objets, L’oiseau n’est pas réel… Dessin de son passage, Une portion de trajet, Le bout  d’une ligne, Un instant de grâce, Et peut-être le signe, Le reflet dans une flaque D’un ange qui passe Et qu’à peine on remarque… ———– Voyageurs en émotion lente Le passager du jour Succède à … Continuer de lire Lamelles immobiles ( RC )

Thomas Bernhard – Mon bout du monde


    MON BOUT DE MONDE Des milliers de fois le même regard À travers la fenêtre de mon bout de monde Un pommier dans sa pâle verdure Et au-dessus des milliers de bourgeons, Ainsi appuyé au ciel, Un ruban de nuages très étendu… Les cris des enfants dans l’après-midi, Comme si le monde n’était qu’enfance ; Une voiture roule, un vieux se tient debout … Continuer de lire Thomas Bernhard – Mon bout du monde

Brigitte Tosi – Et si tout disparaissait ( suivi de ma « réponse » )


                    – Et si tout disparaissait La sève de nos arbres Celle de nos vies Les traces de nos pas Les flocons de poussière Le trop plein du regard Le silence du ciel L’ombre des lumières Prolongeant nos fenêtres Le poids de nos enfants Endormis sur nos joues   Si rien ne profilait Notre horizon muet … Continuer de lire Brigitte Tosi – Et si tout disparaissait ( suivi de ma « réponse » )

Jacques Dupin – Grand vent


Peinture:  Emil Nolde   – mer  d’automne VII  – 1910 Grand vent Nous n’appartenons qu’au sentier de montagne Qui serpente au soleil entre la sauge et le lichen Et s’élance à la nuit, chemin de crête, À la rencontre des constellations. Nous avons rapproché des sommets La limite des terres arables. Les graines éclatent dans nos poings. Les flammes rentrent dans nos os. Que le fumier … Continuer de lire Jacques Dupin – Grand vent

Pinceau de la ville ( RC )


                     peinture:   Nicolas de Staël:                    toits de Paris – 1952 – Faire  que  le tout                        s’étale à grands coups de spatule et que la peinture  s’écrase poussant                   de petits monticules La matière de surfaces agitées; —————–           la couleur  décalée sous le … Continuer de lire Pinceau de la ville ( RC )

Patti Smith – animaux sauvages


            Est-ce que les animaux crient comme les humains quand leurs êtres aimés chancellent pris au piège emportés par l’aval de la rivière aux veines bleues Est-ce que la femelle hurle mimant le loup dans la douleur est-ce que les lys trompettent le chiot qu’on écorche dans l’écheveau de sa chair Est-ce que les animaux crient comme les humains comme … Continuer de lire Patti Smith – animaux sauvages

Louis Aragon – tant que j’aurai le pouvoir de frémir


                                                              – Tant que j’aurai le pouvoir de frémir Et sentirai le souffle de la vie Jusqu’en sa menace Tant que le mal m’astreindra de gémir Tant que j’aurai mon cœur et ma folie Ma … Continuer de lire Louis Aragon – tant que j’aurai le pouvoir de frémir

Luis Cernuda – La gloire du poète


            La gloire du poète Invocations (1934-1935) La gloire du poète Démon, ô toi mon frère, mon semblable, Je t’ai vu pâlir, suspendu comme la lune du matin, Caché sous un nuage dans le ciel, Parmi les horribles montagnes, Une flamme en guise de fleur derrière ta petite oreille tentatrice, Et tu blasphémais plein d’un ignorant bonheur, Pareil à un … Continuer de lire Luis Cernuda – La gloire du poète

Miguel Veyrat – Je n’aurai pas peur de la mort


        JE N’AURAI PAS PEUR de la mort lorsque s’achèveront les mots, car ma voix s’anime au vent qui donne la vie, qui s’agite ou qui brille en sombre majesté, et qui parfois frémit. C’est plus fort que l’amour et que la peur, et plus fort que la mort tout entière. (Un coq chantera lorsque s’achèveront les mots —mystère: Moitié rêve et … Continuer de lire Miguel Veyrat – Je n’aurai pas peur de la mort

Jacques Ancet – A Schubert et autres élégies


A Schubert et autres élégies (1987-1997) CELUI QUI SE SOUVIENT de la lumière regarde en lui le vide. Ses mains sont seules d’avoir poursuivi l’air. Il parle par énigmes, sourit parfois, de loin, comme quelqu’un qu’il aurait reconnu s’approchant dans le soir. Puis il s’éloigne. Quelques traces demeurent: une chaise déplacée, sur la vitre une ombre, un mot, (le silence soudain est plus profond) quelque … Continuer de lire Jacques Ancet – A Schubert et autres élégies

Traces frottées ( RC )


( Traces  frottées , sont en rapport avec l’art de   Larry Rivers ) — L’arc même Des traces frottées L’ombre d’un regard Evoqué, L’empreinte passagère Mine de plomb. Il y a ce souvenir Des tableaux des musées, Et les peintres qui déposent, Disposent , de la mémoire Les maîtres hollandais se retrouvent Sur les boîtes à cigares, Comme Olympia Alanguie Surprise peut-être, Avec sa … Continuer de lire Traces frottées ( RC )

Robert Piccamiglio – Midlands – 06 – Plus tard ( 02 )


        –   L’argile du cœur broyé par l’indifférence. La peur. La haine. Aux pieds des frénésies du pouvoir toujours en marche. Ce pouvoir je l’ai senti sur les scènes du monde entier. Je n’étais alors ni le troupeau ni l’infime sillon. ni le berger anonyme. J’étais comme cette terre riche de feu. Fusion éternelle. Longue course vers l’infini. J’étais le ciel … Continuer de lire Robert Piccamiglio – Midlands – 06 – Plus tard ( 02 )

Philippe Delaveau – Bistrots de Paris


          BISTROTS DE PARIS         On est debout devant le zinc et sous l’œil simple et bleu du patron qui s’active il arbore une moustache artistique en balai-brosse tandis que l’ivresse égare un monde incertain qu’alimente la truelle d’un monologue à son propre rythme lent parfois pâteux de bâtisseur de mondes ce sont les vignes venues à Paris … Continuer de lire Philippe Delaveau – Bistrots de Paris

Lambert Savigneux – Trace du rêve


Trace du rêve e                     muet s’efface                  l’ourlet articulation inusitée                  ces sons en disent long qui entend                                       le vent qui entend                                       l’inaudible sous les branches des voyages ploie                                              la masse se fait sentir sont-ce consonnes                      cette alliance             ce lien nécessaire pesanteur                             arrime les masses dans le mot                          écrase                               rythme l’air sinusoïdale                      longe  sans fin la bave … Continuer de lire Lambert Savigneux – Trace du rêve

séquences d’Hitchcock ( RC )


– Qu’une femme  disparaisse Dans un orient-express C’est un film  d’Hitchcock Qui marque  son époque Pour un film d’espionnage Une fois commencé le voyage – D’une pichenette Je continue dans ma tête A me balader dans la foule Alors que se déroule, Dans d’autres lieux Un crime odieux Pour la caméra , si l’histoire  s’enlise L’action  poursuit dans une  église, Une femme  dans le clocher … Continuer de lire séquences d’Hitchcock ( RC )

Lettre habillée ( RC )


enveloppe mail-art – Un souffle de vent Et les petits papiers  s’envolent C’est une lettre,        qui prend en chemin Des détours                              fantaisistes A parcourir monts et vallées Pour aller                          repeindre Des jardins ensoleillés Aux yeux  de l’écriture                      De la lettre habillée Des couleurs de fête Et de coeurs qui s’ouvrent –  et j’ai envoyé mes mots – Poussés vers l’avant Des dits qui rigolent … Continuer de lire Lettre habillée ( RC )

Ghost Pig – Tes yeux planaient


TES YEUX PLANAiENT… Ghost Pig  ( publié  sur le site  d’expression poétiques   » ratures » ) – Tes yeux planaient sur des nefs de pluie grise, Peuple d’ouragan et d’océan sans églises. Tes yeux à la semblance d’un goéland, Libres et mobiles, blancs. Beaucoup plus bas, contre l’île, ressacs, marées. Le capitaine fracasse a déserté le cerisier, Les crabes rouges, et le cidre doux. Bien au-delà … Continuer de lire Ghost Pig – Tes yeux planaient

Sur les étagères de l’ Expérience ( RC )


Sur les étagères, Parmi les instruments de la fin du siècle dernier Figurent  , des témoins  d’expérience, Des éprouvettes, des tubes  et des cornues, Et des objets de bois et laiton, Qui ont perdu leur  éclat, Puis un peu plus haut En rang d’oignons, bien rangés, Une série  de bocaux, Où s’alignent dans un liquide  épaissi, Une lignée de cerveaux – en épaisses circonvolutions.. Sans  … Continuer de lire Sur les étagères de l’ Expérience ( RC )

Ahmed Mehaoudi – ombrage chanté


  gravure: Georges Braque   comment arrive t-il de ses ailes à venir décrire de ses yeux de songeur le feu nourri de nos théoriques certitudes la course évidente du monde qui passe comment arrive t-il à murmurer sur nos lits fermer au soleil la verité du livre des vérités puis à l’aurore siroter la ligne blanche de la nuit où se croisent étoiles partantes … Continuer de lire Ahmed Mehaoudi – ombrage chanté

Robert Marteau – La Sagrada Familia


C’est défaite d’abîme,  étrange astrologie! Les vagues prennent corps,coiffent, chaussent l’azur Du feu le plus léger.  Tout s’élève en un mur Organique de plis, d’entrailles; vers la vie Tout monte;  d’elle tout s’éloigne;  la mesure, Que brise le ressac, que la flamme dévie En solaire oriflamme,  à la pointe surgit Du métal affiné par la foudre, très pur, Très saint,unique cri que la pierre répète; … Continuer de lire Robert Marteau – La Sagrada Familia