Jorge Carrera Andrade – promenade du soir


(Paseo de la Tarde) Le silence fleuri de l’acacia parfumela solitude. L’herbe élève un chant paisiblequi caresse l’oreille d’une douceur de plume.Apporte un livre et la corbeille. Invisiblele passé est revenu et sa ronde séculaire,et le cœur va à tâtons comme un enfant aux yeux bandésparmi les ombres qui fuient sur une prairie d’or. Cinq heures. La pluie cesseet de larmes brillantes, eau lustrale,les choses … Continuer de lire Jorge Carrera Andrade – promenade du soir

Louis Guillaume – l’ancre de lumière


La mer semblait de pierre calcinée, mate et pourtant transparente et, à une grande profondeur, sur un lit de sable gris, je distinguais fort bien l’ancre lumineuse qui m’empêchait de dériver.Il était seul, mon bateau, seul au milieu de l’immensité noire et, seul à bord, penché au-dessus de l’abîme, je ne quittais plus des yeux, minuscule et seule, elle aussi, dans le désert couvé par … Continuer de lire Louis Guillaume – l’ancre de lumière

Bai Juyi- Assis la nuit dans mon bateau –


. . Assis la nuit dans mon bateau . La pluie a cessé, sur les rives, le paysage est rajeuni il fait frais sous le pont, avec un bon petit vent l’automne, un couple de grues, une barque dans la nuit profonde ils se tiennent compagnie au clair de lune . . Crépuscule sur le fleuve . Un rayon de soleil mourant se jette dans … Continuer de lire Bai Juyi- Assis la nuit dans mon bateau –

Le repas assassiné – ( RC )


image – verso de la pochette du disque des Rolling Stones ‘ let it bleed’ Personne ne sait comment ça a commencé,peut-être avec la sauce trop épicée,une tache sur la nappe.Ça arrive, tu sais… une plaisanterie qui glissedans la crème au beurre,et voila la bouteille renversée,les verres qu’on se jette à la figure, les têtes tournent au vinaigre,puis le saumon qui se réveilleet ouvre sa … Continuer de lire Le repas assassiné – ( RC )

S’arracher au sol – ( RC )


photo Parc des Cevennes – La tête à l’envers, Montée sur l’échelle, quelque part sur la terre, Au delà du ciel, crevant les nuages Après l’ascension lente, que rien ne décourage, Même pas les pentes, D’abruptes avancées, de rochers branlants Aux horizons fermés leurs glaciers luisants comme des mâts de cocagne, plantés comme un défi, au milieu de la campagne, – caprices de topographie… Alors … Continuer de lire S’arracher au sol – ( RC )

Jacques Réda – Septembre –


. Ce qui se lève tout à coup dans la lumière, annonçant l’automne ;Et ce vent des jours oubliés flottant comme une pèlerine ;Et ces arbres appareillant non vers la neige ou les brouillards déjà sous les collines,Mais vers la mer intérieure où le ciel se déploieEt dans un ciel plus haut comme un drapeau fragile se déchire,Arbres rentrant au port enfin, feux rallumés en … Continuer de lire Jacques Réda – Septembre –

Bai Juyi – Première visite aux monts Taihang –


. Première visite aux monts Taihang Le soleil ne brille pas en cette froide journée les sommets du Taihang se perdent dans la verdure bien qu’on les dise dangereux je m’y aventure seul aujourd’hui mon cheval glisse sur les sentiers gelés qui serpentent comme des entrailles de mouton mais si l’on compare ce chemin à notre société il est uni comme la paume de la … Continuer de lire Bai Juyi – Première visite aux monts Taihang –

Causses – (Susanne Derève)-


. Ondulant à perte de vue dans la lumière, les courbes blondes des prairies  griffées de la pierre grise du calcaire, le sillon brun des labours et les vertes dolines . où le vent frais balaie la chaleur de midi, berce dans les sous-bois les strates accumulées      d’anciens automnes.  . Résonne de loin en loin   l’écho d’un pas, le craquement assourdi du bois … Continuer de lire Causses – (Susanne Derève)-

Tsadur Berberian – au cimetière du quartier arménien


Quand je mourrai un jour, emmenez-moi dans le cimetière du quartier arménienet en silence, rendez-moi à la patrie.Car elle est sainte, pure, comme mon sel et le sangElle le gardera dans son sein jusqu’à sa mort. Quand le cercueil descendra dans le trou glacial,Semez de la terre sur le côté et laissez-la telle quelle.Pas d’oraison, pas de prière, pas de cris d’angoisse,mais mettez seulement une … Continuer de lire Tsadur Berberian – au cimetière du quartier arménien

Amina Saïd – deux parenthèses ne font pas un cercle


Deux parenthèses ne font pas un cercleet n’ont rien de définitifpuisqu’elles s’ouvrent et se fermentcomme une porte à laquelle frapperou encore les paupières et la bouched’un homme ou d’une femme qui parle elles sont simplement les cils de nos yeuxquand ils regardent le monde ou deux ailespour s’envoler au-delà de la page de même les aiguilles des horlogesne sont pas des flècheset ne savent pas rejoindre … Continuer de lire Amina Saïd – deux parenthèses ne font pas un cercle

De poésie et d’eau fraiche – (Susanne Derève)


. De poésie  d’eau fraiche et d’une tache sur le mur peinte aux couleurs du jour –  de rouge automne – on vivait là où le soleil nous débusquait parfois au coin d’une table de bois oublieux des heures mariant les rimes soudain pressés  de nous frotter à la douce chaleur de midi, à sa  tiède  torpeur sur la peau et de les remettre à … Continuer de lire De poésie et d’eau fraiche – (Susanne Derève)

Tournesols et roses trémières se souviennent – ( RC )


Les nuages ont envahi le cielLa nature enfile des perles de verre.Ce n’est pas encore l’hiver,les oiseaux fuient à tire d’ailes. Des gouttes irisées,sont suspendues aux toiles d’araignées,j’aime l’odeur de la terre mouillée,le cri du portail rouillé.Ce matin, la girouette a grincé ,sous le souffle du vent.Persiste le mauvais temps :l’arrosoir a débordé , Les escargots sont de sortie ;se sont flétrisle tournesol et les … Continuer de lire Tournesols et roses trémières se souviennent – ( RC )

Valeriu Stancu – Dans le violet de l’ombre –


. Seul un cri a étéemprisonné dans les épines juste un pas,la blessure d’un seul pasvers l’abîme de mon propre être juste un refletenveloppé dans le violet de l’ombre seulement une âmepour la souffrance juste la charge d’un volpour l’aiguille des minutes de l’aile juste un versetque je n’ai pas encore écrit un seul mortun seul mort…. . . Festival international de poésie de Medellin … Continuer de lire Valeriu Stancu – Dans le violet de l’ombre –

Boris Pasternak – Peinture fraîche –


. . « Peinture fraîche. Ne pas toucher. »Ame, vous n’avez pas pris garde !Et voici ma mémoire pleine des taches de ses jambes,De ses joues, de ses bras, de ses lèvres, de ses yeux. Plus que toutes mes joies, plus que tous mes malheurs.Je t’aimais, toi qui faisLa jaune lumière du jourPlus blanche que la céruse. Et je te jure, mon amie, ô ma … Continuer de lire Boris Pasternak – Peinture fraîche –

Michel Leiris – frappements de tambour


( 2è partie du texte de l’ethnologue ) Les frappements de tambour, les claquements de mainset les diverses parties du chœur s’enchevêtrentd’une façon prodigieusement violente et raffinée. De temps en temps, généralement poussée par ses compagnes, une femme se détache du groupe et s’avance dans le cercle. (…) Quand la plupart des femmes faites eurent dansé,le griot à la barbiche exécuta le numéro suivant :continuant … Continuer de lire Michel Leiris – frappements de tambour

Le temple du jardin des rois – ( RC )


Des torches de lumière papillonnent , légères,poussées par les tilleuls. Les bancs nous attendent ,dans un havre préservé du soleil, à l’orée de la forêt de pierre. Vois-tu ces colonnes ? elles ne portent qu’elles-mêmes,ou une part d’histoire qui ne reste jamais sur place. Des roses vivacescachent leurs épines, derrière leurs feuillages,et se tournent vers le bassin, immobiles. Courent derrière les grillesproches du jardin du … Continuer de lire Le temple du jardin des rois – ( RC )

Yehuda Amichaï – L’endroit où nous avons raison


. A l’endroit où nous avons raison ne pousseront pas les fleurs du printemps. . L’endroit où nous avons raison est piétiné , hostile comme le monde extérieur. . Mais comme des taupes et les labours les doutes et nos amours rendent le monde friable. . On entendra un murmure s’échapper de la maison qui a été détruite. . . Le baiser de la poésie … Continuer de lire Yehuda Amichaï – L’endroit où nous avons raison

Ballade – Susanne Derève –


. Un quartier de lune à la traîne une rose qui fane au fond d’un encrier et la mer, et la mer indolente aux blancs reflets d’opale aux reflets d’amarante la mer étale . Nos rêves étaient pareils à ces moissons du ciel qu’engrangent les nuages chimériques Traversent-ils les âges ? . Je ne sais pas Je n’en sais rien Je ne sais plus . Nos … Continuer de lire Ballade – Susanne Derève –

Marie Huot – dans l’agenda de Marie ( 2 février )


extrait de « la maison de Géromino «  Dans l’agenda de Marie 2 février J’ai 27 ans aujourd’hui. Je sais que je recevrai de mon homme une petite carte dans les jours qui viennent.C’est si compliqué pour lui de connaître le temps du voyage.Une carte fleurie pleine de pensées délicates qui aura traversé les orages en mer,. les ports inconnus.J’ai glissé ce matin un brin de … Continuer de lire Marie Huot – dans l’agenda de Marie ( 2 février )

Aytekin Karaçoban – Torrent


. Je suis un torrent qui court pied nu. Mesinstruments affolés recèlent les tempêtes.Prends-moi dans ton lit, sinon seule ma partdestructrice pèsera.Le temps… mon hôte inattendu, au visagemultiple, est ce portrait ne tenant plus dans lecadre.Prends-moi dans ton lit, sinon il cognera satête contre les pierres.Prends-moi dans ton lit, pour ne pasretourner à la source. . Images instantanées édition bilingue Le bruit des autres Continuer de lire Aytekin Karaçoban – Torrent