Le jour passe sa ronde – ( RC )


montage RC Le jour passe sa ronde,et cherche sa géographiesans l’écrire . Une bulle viendrait creverà la surface de la vie,et voilà que ton sourire m’inonde. Ce serait le clair-obscur des nuits,où l’attente finit par trouver une issue. C’est ainsi que je suis népour toi,toi, qui portais le monde sur ton dos,. Tu as délaissé ton passé,la grisaille de l’enfance,pour m’entraîner sur les chemins de … Continuer de lire Le jour passe sa ronde – ( RC )

Feston d’automne – (Susanne Derève)


. Rouge feston des mues d’automne , qui vient aux nervures des feuilles comme on suivrait les lignes de la main. . Je serrais si fort dans la mienne sa petite main d’enfant, chaude et vibrante – le cœur battant d’un petit animal palpitant sous mes doigts – . Son babil m’emportait, ses joues flambaient de froid. Nous épuisions les jours à fouler dans les … Continuer de lire Feston d’automne – (Susanne Derève)

Raymond Queneau – L’ouverture –


Sang fumée ce sont les chasseurs qui jouent du cor, de l’arbalète autour d’eux sont les corps morts de bêtes d’animaux qui jouaient et mangeaient dans les taillis dans la luzerne et qui point ne se doutaient de la giberne adieu la vie adieu l’amour le gibier gît devant les gîtes des reîtres et des pandours cyniques oiseaux oiseaux que je déplore tout ce mal … Continuer de lire Raymond Queneau – L’ouverture –

Alexandre Vialatte – hippopotame


Quant à l’hippopotame, je ne m’en consolerai pas. « Plus inquiétante, dit textuellement la presse, est l’inertie de l’hippopotame. » J’adore l’hippopotame ; il est myope, il est triste, il a la peau trop longue et les dents mal plantées, il vit par couple, il sait marcher sous l’eau, il a l’air d’une grand-mère anglaise ; à quinze louis, à deux mois, c’est une charmante … Continuer de lire Alexandre Vialatte – hippopotame

Pontaniou – (Susanne Derève )-


. En longeant les murs délabrés de l’ancienne prison de Pontaniou  sous le fil bleu des grues je me disais, suspendue à ton bras : «  Te retrouver est comme aimer une première fois,      et la vie une fleur vagabonde ». De sa corolle ouverte  renaissait ton sourire.   Que serions-nous demain ? En ce joyeux Dimanche d’automne  les enfants babillaient  sous les claires verrières de l’ancien … Continuer de lire Pontaniou – (Susanne Derève )-

Jean Tardieu – fantômes


Ce n’est pas tout à fait la terre que connaît un chacun. Je découvre mille mystères Dans les coins, un par un. Le train, c’est une histoire étrange avec tout ces regards ! Aux braves gens les mauvais anges sont mêlés tôt ou tard. Une route se remémore tous les pas disparus Mais elle attend — et rien encore n ‘est vraiment apparu. Qu il … Continuer de lire Jean Tardieu – fantômes

Qui a saisi ce sourire doux-amer ? – ( RC )


Les trains du soirse sont enfuis dans la nuit,et ton sourire a ces lèvres absentesde la beauté fanéed’une photographiequi a mal vieilli.Une pellicule dans un album photooublié au fond d’une armoire. Je ne sais plus qui a saisi cet instant,ce sourire doux-amerqui rappelle celui de la Joconde,derrière son épaisse armure de verre– le mystère d’une perspectivedifficile à saisir – ,une fleur épinglée sur la poitrinelaissant … Continuer de lire Qui a saisi ce sourire doux-amer ? – ( RC )

Sylvie Fabre-G – Ceux qui doivent grandir


Ceux qui doivent grandir nous entraînentà mi-chemin d’amour et de douleur,quelle félicité obscure, la vie !Naissent, viennent et s’en vont les enfantsici, là-bas,visages déchirants du lointain.Comme l’on sent à leur suitele corps à l’âme fonduet les générations nomadeset le désir et la mort transmis,pas assez prié peut-être,sans le savoir toujours les mères prientmais dans le vol assuré des alouettes,il y a départet l’issue manque pour … Continuer de lire Sylvie Fabre-G – Ceux qui doivent grandir

Constantin Cavafis – Devant la maison –


Hier, en marchant dans un faubourg éloigné, je suis passé devant la maison que je fréquentais quand j’étais très jeune. C’est là qu’Éros s’était emparé de mon corps avec sa délicieuse vigueur. Et hier, quand j’ai emprunté cette vieille rue, aussitôt les trottoirs, les magasins, les pierres, se sont retrouvés embellis par l’enchantement de l’amour, jusqu’aux murs, balcons et fenêtres; il n’y avait plus rien … Continuer de lire Constantin Cavafis – Devant la maison –

Sophie Fauvel – la pierre


photo George Priebus – Cleons – Grèce J’avais posé naguèreSur  cette sombre pierreUn souvenir présent,Un brin de coquelicot,Un parfum de sanglot,Pour que jamais le ventN’efface nos mystères. J’avais posé naguèreSur cette sombre pierreFleurie de nos amoursDes secrets interdits,Des verbes alanguis,Des nuits comme des jours,Une lune coquine,Des soupirs d’amour. J’avais posé naguèreSur cette sombre pierreUne douce caresse,Nos plus belles promessesEpargnées par le temps. J’avais posé naguèreSur … Continuer de lire Sophie Fauvel – la pierre

Arcs-en-ciel – (Susanne Derève) –


. Lumineuse est la vie  qui trace de ses pinceaux de joyeux arcs-en-ciel sur l’eau après l’orage               *** Mais j’ai vu  ce matin à même le trottoir sur le pavé luisant de l’averse des hommes de carton qui disent les chiens ont faim . Les chiens ont faim et les hommes se taisent les chiens aboient   les voix s’aigrissent  dans le cliquetis des chaines … Continuer de lire Arcs-en-ciel – (Susanne Derève) –

Enfant-roi – (Susanne Derève)


. Non je  n’irai pas réveiller l’enfant-roi qui sommeille dans la vive clarté du matin, car le ciel est si  bleu, les pins si verts, les cimes si  brillantes qu’ils portent en eux leur propre fin annonciatrice d’orage. . . Je le laisserai dormir à poings fermés dans l’ombre mauve  des persiennes, livré  à la tiédeur  des draps, à la quiétude ailée  de ses rêves                                   et … Continuer de lire Enfant-roi – (Susanne Derève)

Marc Hatzfeld – souvenir du précambrien


Ah! quand de ta tête poussaient des baobabsEn touffes bourrues comme les forêts du BengaleEt qu’y grondaient les tigres tigrésQu’y jacassaient cent mille singes jongleursQuand de ta tête jaillissaient des bambous clairsAh! les bambous, ils ployaient aux sourires de tes rêvesJ’y entendais siffler le vent matutinalChassant la brume au ras de l’eauQuand ta tête flottait parmi les nénupharsFleur d’épave oublieuse et rieuse Sous les saules … Continuer de lire Marc Hatzfeld – souvenir du précambrien

Norge – En forêt


La fille au garçonParlait de façonSi douce. On dirait sous boisUn petit patoisDe source. La main jeune d’elleEn celle de luiGîtant Si frêle en son nid,C’est une hirondelle-Enfant. Le meilleur de Dieu,Des temps et des lieux,C’est eux. Ineffable, étrangeFaçon loin des cieuxD’être anges. Ne bougez plus, mêmePour baiser leur front,Comètes. Ça vaut bien la peineQue les choses rondesS’arrêtent ! J’exagère ? Ô doux,Ce lit de … Continuer de lire Norge – En forêt

Celle qui boit le soleil – ( RC )


Le ciel se fait l’échode la lumière, et joue, à chacun de tes pas,où le chemin te conduit . Les herbes ploient,contre ce champ à la pente douce: un semis de fleurs d’étoiles d’où émerge la robe blanche. Tu avances, la chevelure rousse…Celle qui boit le soleil, Comme s’étalent, ondulent,vagues sur la nuque blanche, robe comme une voile,que le vent porte, et pousse… Légère comme le … Continuer de lire Celle qui boit le soleil – ( RC )

Michel Pierre – un seul mot


À l’intérieur d’un seul mot vous ne respirez plus. La phrase vous laisse l’oxygène indispensable pour en revenir à l’idée, elle-même ombre du paradoxe qui retenait vos poings liés à la page blanche. Sinon des animaux sauvages s’emparent de votre délire. Vous parcourez toutes les savanes, remontez les déluges, appliquez à votre mémoire le vide circonstancié qui aspire faits et gestes anciens, lesquels couturent votre … Continuer de lire Michel Pierre – un seul mot

Gaston Miron – La braise et l’humus


Rien n’est changé de mon destin ma mère mes camaradesle chagrin luit toujours d’une mouche à feu à l’autreje suis taché de mon amour comme on est taché de sangmon amour mon errance mes murs à perpétuitéun goût d’années d’humus aborde à mes lèvres je suis malheureux plein ma carrure, je saccagela rage que je suis, l’amertume que je suisavec ce bœuf de douleurs qui … Continuer de lire Gaston Miron – La braise et l’humus

Embarqué…pour un voyage au Montana – ( RC )


J’ai mangé les pissenlitsqui parsemaient la pelouse.Elle s’est vengée,ne s’est jamais habituée,à mes pas de deux ,entre les pages d’un Richard Brautigan. Il avait sorti d’une boîtede petits cigares,et me regardaitsur la couverture de ses livresavec un chapeau mou,et de petits yeuxderrière ses lunettes. Je me suis laissé embarquépour un voyage au Montanadans un train improbablefilant vers Tokyo,oubliant la couverture cornéeet même la pelouse aux … Continuer de lire Embarqué…pour un voyage au Montana – ( RC )

Lointaine enfance – (Susanne Derève) –


. C’était si proche encore l’enfance si irrémédiablement proche et lointain . Je la cherchais dans le vacillement des couleurs  dans les balbutiements du ciel, . en toute chose qui fragile  pure ingénue  viendrait combler l’irrémédiable perte , dans la grâce imparfaite d’un chant , le froissement ténu d’une aile , la pâle carnation d’un pétale , . . cette tendre innocence, cette limpidité de source  dont je poursuivais inlassablement la … Continuer de lire Lointaine enfance – (Susanne Derève) –

Dominique Fourcade – témoin


J’ai été témoin elle a lâché toutes ses charges tous les sons d’un coup loin avant que la cible soit en vue c’est bien le type fire and forget décrit dans les catalogues c’est guidé çà trouve une autre rose filmait les effets pareil absolument hors de vue je ne m’étonnais pas entendons-nous voyons-nos ce que nous enregistrons toujours les images ont été aspirées par … Continuer de lire Dominique Fourcade – témoin

Francis CARCO – L’ombre –


. Cependant tu n’étais qu’une fille des rues,Qu’une innocente prostituée,Comme celle qui apparut,Dans le quartier de Whitechapel,Un soir, à Thomas de QuinceyEt qu’il chercha, plus tard, sans jamais la trouver,De porche en porche et d’hôtel en hôtel … . Il le raconte dans un livre. . C’est là, pour la première fois, que je t’ai rencontrée.Tu étais lasse et triste, comme les filles de Londres,Tes … Continuer de lire Francis CARCO – L’ombre –

Un dimanche à la fête des morts – ( RC )


Les pierres sont immobiles.laminées par le temps,leur couleur est passée,comme celles des photosqui y sont accrochées,ternies,dans de petits médaillons. On imagine un peuceux qui ont vécu,le regard perduà travers le rideau des annéesqui nous séparent d’euxdavantage que les chaînes argentées. Les tombes voisines sont luisantes de pluie,c’est toujours en novembreque semble mourir l’automne,et que s’échouent les fleurs,qui perdront inéluctablementleurs couleurs. Tu te souviens de la … Continuer de lire Un dimanche à la fête des morts – ( RC )

Luis Cardoza Y Aragon – Cité natale


CITE NATALE ( Guatemala-la-Vieille ) Le grincement d’un grillon ouvre une porte sur un ciel de conte de fées. Tu surgis, les chemins creusent ton lit, navigable Solitude. Le temps n’existe pas; être… Tout est déjà ! Jours d’un autre monde. Ciel sans rêve : paupières Nuits comme d’obscurs bâillements, immobiles… au centre de toutes les heures, indélébiles, infinies, et mûres. Toi, malhabile, sur un … Continuer de lire Luis Cardoza Y Aragon – Cité natale

Toussaint – Susanne Derève –


. Ne parle pas de chrysanthèmes c’est Toussaint Ne me parle pas des pierres c’est cimetière La mort est un jour sans fin et la faim me tenaille de vivre encore A Toussaint autrefois c’était toujours Dimanche parmi les fleurs Maman se serrait contre moi j’étais la chaleur des corps ensevelis contre le sien     un bouclier ardent Je faisais face au poids charnel du chagrin … Continuer de lire Toussaint – Susanne Derève –

Vêtement de glaise – ( RC )


– S’il faut s’extraire de bourbiers,en soulevant des plaques de ciment,tu préfères leur densitécernant les plaques de fonte,en tenant ta joiedu bout des doigts.Le ciel est si pesant,et les pierres obtuses,qu’un orage probable te colle au regard,pendant que tu glissessur ton reflet. Changeant, il se disperse aux premières gouttes,plus loin la terre soupire,de joie aussi, et c’est cette saveur amèrequi promet de nouvelles floraisons.C’est là … Continuer de lire Vêtement de glaise – ( RC )