Une petite route sur les collines de Toscane – ( RC )


C’est une petite routequi cherche son cheminsur les collinesde la Toscane.Elle domine la valléedéjà plongéederrière un rideau de brume.On la devine par des nuances de grisdans la photographie. Comme dans celles de Giacomelliles silhouettes des cyprèsdisposés sur la crètesemblent accompagnercelles des promeneursqui traversent le champ de visionpour aller vers un horizonencore lointain…l’atteindront-ils enfinquand j’aurais finide décrire ce que je vois ici ? Continuer de lire Une petite route sur les collines de Toscane – ( RC )

Manuel Bandeira – désenchantement


J’écris ces lignes comme quelqu’un qui pleurede consternation… de désillusion…Fermez mon livre si pour l’instantvous n’avez aucune raison de remplir vos yeux de larmes. Ma poésie est du sang. volupté brûlante…Tristesse éparse… vains remords…qui me font mal aux veines. Amère et chaude,Elle tombe, goutte à goutte, du cœur. Et de ces lignes d’angoisse sauvage ,des lèvres s’écoule alors la vie,Laissant un arrière-goût âcre en bouche. … Continuer de lire Manuel Bandeira – désenchantement

Pierre Garnier – Heureux les oiseaux, ils vont avec la lumière


ce sont orthographes nouvelles :abeille s’écrit abeilsoleil s’écrit soleille les abeils habitent les abbayesles soleilles sont désormais des sources le féminin s’empare du soleillele masculin s’empare de l’abeil pendant cet instant la route de la mortest barrée l’abeil, la soleillec’est la meilleure orthographeapesantle poète modifie le monde la pomme devient poèmel’abeille courte devient abeil les abeils et les soleilles se rapprochentdu presbytèreon y voit plus … Continuer de lire Pierre Garnier – Heureux les oiseaux, ils vont avec la lumière

Sonnet de la vie rétrécie – ( RC )


Je n’ai pu saisir les fleurs maigres, qui ont échoué aux dents des apprentis funèbres : – déjà s’était retiré le sang, des fleurs sèches et anémiques –          comme leurs couleurs : leurs feuilles d’acier surpiquent mon front ceint de douleur Devrais-je porter ce carcan, la marque infâme d’un lent rétrécissement , la corbeille de soif ,      de l’âme       … Continuer de lire Sonnet de la vie rétrécie – ( RC )

Nous n’avons pas affaire à une statue, dont la bouche reste muette – ( RC )


Quel fruit se sépare,d’un traitoù la largeur de l’infinia peu de chancede rentrer ? La bouche est entr’ouverte,sur les falaises brillantesde l’émail des dents.La soif des motsse repose un instant,de la parole… Il se peut qu’on s’égaredans les phrases,quand aucun voilene dissimule le visage.Nous avons dépasséles vertiges de la censure… Est-ce l’ombre de la véritéqui s’exprimedans la colère ou le sourire ?Nous n’avons pas affaireà … Continuer de lire Nous n’avons pas affaire à une statue, dont la bouche reste muette – ( RC )

Pablo Neruda – Ode à la mer


Ici dans l’îlela meret quelle étendue!sort hors de soià chaque instant,en disant oui, en disant non,non et non et non,en disant oui, en bleu,en écume, en galop,en disant non, et non. Elle ne peut rester tranquille,je me nomme la mer, répète-t-elleen frappant une pierresans arriver à la convaincre,alorsavec sept langues vertesde sept chiens verts,de sept tigres verts,de sept mers vertes,elle la parcourt, l’embrasse,l’humidifieet elle se … Continuer de lire Pablo Neruda – Ode à la mer

Paul Vincensini – Le poids de la vie


-montage  RC Le poids de la vie en somme C’est l’absence Le silence La solitude Ce poids ne compte pas N’a pas de poids Et son symbole n’est pas le plomb Mais le flocon de neige. « Toujours et jamais », 1982. U pesu di a vita U pesu di a vita in calchi manera Hè a mancanza U silenziu A sulitùdina Issu pesu ùn … Continuer de lire Paul Vincensini – Le poids de la vie

Paul Eluard – Air vif


J’ai regardé devant moiDans la foule je t’ai vueParmi les blés je t’ai vueSous un arbre je t’ai vue Au bout de tous mes voyagesAu fond de tous mes tourmentsAu tournant de tous les riresSortant de l’eau et du feu L’été l’hiver je t’ai vueDans ma maison je t’ai vueEntre mes bras je t’ai vueDans mes rêves je t’ai vue Je ne te quitterai plus. Continuer de lire Paul Eluard – Air vif

Annie Salager – Lis de mer


à J.F .Temple Tant d’années sans eux les lis le léger inconfort des étangs les vieilles cabanes de pêcheurs les canaux les roselières l’ennui pour eux de n’être pas la mer soudain un champ de saladelles je gémis attachée au train je guette le mistral les flamants roses je veux les lis de mer les lieux d’exil terre ni mer où travaille l’instable le néant … Continuer de lire Annie Salager – Lis de mer

Renaître et revenir à son point de départ – ( RC )


S’il faut jouer à pile ou faceje n’ai rien décidé de mon destin…je vais me prendre en main( impair ou passe )pour décider de mon voyage,mais la terre est-elle ronde ou plate ?Je commence à la parcourir sans hâteavec très peu de bagages.S’il faut débuter par son lieu de naissancechaque foulée m’en éloigne au fur et à mesuregagnant en envergurepour retrouver mon innocence ;je sème … Continuer de lire Renaître et revenir à son point de départ – ( RC )

Métaphore d’un confinement – ( RC )


Le temps languit, étiréen toute liberté,croit-on… Il n’y a pas de barreaux à nos fenêtres,le cœur profane de la villeest encore videet la pensée ne s’encombre plusd’une pluie battante les voix du mondese sont arrêtéessur une muraille de verrecar même l’orage est confinéderrière une grande barrière : il ne reste plus qu’à compter les jours,détacher les brins de lainepris dans la peine et les barbelésde nos … Continuer de lire Métaphore d’un confinement – ( RC )

Jean Orizet – A tes yeux


À tes yeux de surprise matinale je veux m’étonner le premier À tes lèvres de verveine je veux boire encore ce rire ailé de gazelle A tes cheveux de poivre blond je veux renouveler ma soif À ton ventre de jeune pêche je veux attendre l’été mûrissant Oreille contre cœur Merveille pour merveille. texte extrait de l’anthologie des poèmes d’amour ed B Doucey Continuer de lire Jean Orizet – A tes yeux

Sous une couverture de feuilles – ( RC )


Au milieu d’une forêt, aux arbres centenaires,je me serais arrêté dans une clairière.De petits éclats mauves, clignotant de leurs pétales,au pied du rocher, où je confierais au vent ma destinée.Je serais le chercheur d’herbe, déplaçant les pierresme guidant sur le fil invisible de la sueur des fleurs.Le rocher enflammé doucementavec le soleil couchant comme un dernier espoiravant la couverture du soir. Je me coucherais là, … Continuer de lire Sous une couverture de feuilles – ( RC )

Michel Foissier – série noire ( extrait 1 )


C’est en ouvrant la porte que j’ai compris. Être détective privé à l’approche de l’an deuxmille c’était plus vraiment du cinéma.Les deux malabars qui m’attendaient dans mon bureau n’avaient rien de Laurel et Hardy et leurs blousons Schott et leurs crânes raséslaissaient sous-entendre qu’ils n’étaient pas là pour m’entretenir des derniers prix littéraires.Je constatais d’un coup d’œil panoramique que rien n’avait été dérangé dans la … Continuer de lire Michel Foissier – série noire ( extrait 1 )

Georges Jean – Scène


Aux griffes du jourS’ouvre le théâtreAux personnages noirsQue la nuit forge encoreDans la vaste demeureOù s’apaise la merLe premier rôle est tristeLe sang suinte des mursDans le décor obscurAu bord des marécagesAux limites du sensS’érige une aventureEt le temps recommenceÀ planter ses couteauxDans la poitrine nueDes hérosLe rideau tremble un peuLes personnages passentEt nous laissent de glaceDéfaits. –Rouge théâtre Scène videDes yeux allument le décorDe … Continuer de lire Georges Jean – Scène

Je me rappelle des brumes du nord – ( RC )


Je me rappelle des vents du Nord,de la sueur des hommes,des landes de Bretagnede la brumecernant les arbres de partout ,des légendesau pays de Brocéliandedu cri des hibouxet des bateaux fantômeséchoués sur la grèveparmi les méduses. Je me rappelle des cartes postalescouleur sépia,et de ces damesà haute coiffedes temps anciensqui gardaient aux creux de leurs mainsquelques brins de genêtsou de bruyère,pour des marins revenusle regard … Continuer de lire Je me rappelle des brumes du nord – ( RC )

Nature morte au verre, à l’orange et aux citrons – ( RC )


Grande joie de lumièredans la toile rectangulairedès qu’on ouvre la porte :une nappe plissée,quelques fruits disposés,un verre , et la musique du silenceen couleurs complémentaires : c’est ce qu’on pense être une nature morte… Trois citrons aux ombres vertes,attendent sur une assiette. Aucun des fruits ne bouge,personne ne les dérangedans leur écrin rougevoisin du verre à piedoù transparaît la valse des bleusdans leur savant camaïeu. … Continuer de lire Nature morte au verre, à l’orange et aux citrons – ( RC )

Laure Gauthier – Une pluie sans orage


Une pluie sans orage ,justement,sans nuage,une pluie de lassitude, d’un paysagequi n’essaie plus,d’une nature qui n’a plus que l’humide à opposerdérailléeC’est comme un poème mou et sucré,un poème de salon, c’est la pluie hors-saisonune pluie trempe-touristeMême pas l’anti-mousson,une pluie à rabatsqui rabat les touristes sous les vitrines,une pluie-cabasRattraper les invendus, du lèche-vitrine impromptuça marche parfoisAmasser, ramasser, et si on s’arrêtait ?” extrait de Rodez Blues dans … Continuer de lire Laure Gauthier – Une pluie sans orage

Stephan Hermlin – Ballade des défenseurs des villes


Pour le 25è anniversaire d’octobre — Pour ceux qui souffrent en silence — Pour les vainqueurs de demain — Pour les défenseurs des grandes villes Pour la race nouvelle — Pour les frères incomparables. Près des bergers de la nuit et du plus solitaire peuple de sirènes.là où la tempête dans les vallées gémit et où suave se lamente le cœur des dauphins.jusqu’aux villes dans … Continuer de lire Stephan Hermlin – Ballade des défenseurs des villes

Pierre Béarn – les barques


Les barques, ces berceaux des hommes,nous attendaient sur les canauxde la Venise boréalema belle Hollandaise et moi… Mais l’eau vieillie des habitudeset les présages des moralesparalysaient ma passagère. Dans l’éloquence du désir,d’azur je peignais les forages,La souffrance qui sanctifie,les envies repues des famines,les fruits joyeux d’être cueillis. Mais la peur figeait ses promessesen statue de proue périméeet l’aviron mal arriméfut remisé dans son hangar… extrait … Continuer de lire Pierre Béarn – les barques

Marcher vers le blanc – ( RC )


Avant le blanc,je ne savais rien du passagequi se fraie dans le cœurinvisible du temps :l’émergence de la couleurne s’apprend quelorsqu’on en a oubliéle langage et la significationdes phrases apprises par cœur,mais qui nous masquentles bords du silence.Ainsi rien ne nous indiquele chemin, car nous suivonscelui qu’on nous a appris,à la place de l’inventeravec patienceen sortant des voiesoù les formesluttent contre les ombres. Mais la … Continuer de lire Marcher vers le blanc – ( RC )

Luis Cernuda – remords en costume de nuit


Un homme gris marche dans la rue de brouillard ;Personne ne le devine. C’est un corps vide ;Vide comme pampa, comme mer, comme vent,Déserts d’amertume sous un ciel implacable. C’est le temps passé, et ses ailes maintenanttrouvent parmi les ombres une force pâle ;C’est le remords, qui de nuit, hésitant,Secrètement approche une ombre insouciante. Ne serrez pas cette main. Plein d’orgueil le lierreS’élèvera recouvrant les … Continuer de lire Luis Cernuda – remords en costume de nuit

Isabelle Pinçon – des taches


Quand l’homme fait ses opérations, il met toujours une blouse blanche. L’ennui ce sont les taches. Personnellement je n’y vois pas d’inconvénient, mais d’autres femmes s’acharnent à les faire disparaître. Elles essaient toutes sortes de produits et finissent par quitter l’homme qui reste seul avec les taches indélébiles.C’est curieux que tout repose sur des calculs compliqués. extrait du recueil  » c’est curieux » ( Cheyne editeur … Continuer de lire Isabelle Pinçon – des taches

L’eau et le corps des âmes vives – ( RC )


Le corps des âmes vivess’écoule sans discontinuer,de la source , des cascadesjusqu’aux rivières,pour atteindre le grand fleuve étale. Tu y entendrasle bruissement de soiedes eaux qui parlentde leur voyage tracéau flanc des collines ,des rochers , des courantset des galets qu’elles ont porté. Jusqu’à l’océan, elles accompagnent les vents changeants,qui dialoguent avec les nuageset parfois les bousculent . Ne cherche pas à les comprendre :leur … Continuer de lire L’eau et le corps des âmes vives – ( RC )

rêves anodins , amours chavirés ,impossibles à détacher – ( RC )


Un peu trop de souvenirs agglomérés,rêves anodins , amours chavirés ,impossibles à détacher :de ceux qu’on ne raconte pas,et qu’il est impossiblede rassembler en tas.Ce sont des fils de mémoire,qui tiennent tout çaficelé ensemble:je n’ai pas encore trouvé moyende m’en détacher,même avec les saisons nouvelles :Encombré de leur présence,comment ouvrir grand mes ailes ? Continuer de lire rêves anodins , amours chavirés ,impossibles à détacher – ( RC )

Earendel – (Susanne Derève) –


Doux logis,mol édredon d’hiver voué au roulis sonore des tempêtes, la pluie battait fort aux fenêtres. Haranguant le vent,je rêvais de varangues livrées aux nuits d’étoiles, aux insolentes moissons du Ciel que me contait Le Monde *. Earendel,ta flamme éteinte poursuivait son chemin tandis que La Grande Ourse, dans les mains du Sculpteur,abandonnait la Roue de son Chariot ailé au feu de galaxies lointaines, à … Continuer de lire Earendel – (Susanne Derève) –

Seamus Heaney – Hélicon personnel


Enfant, j’étais fou des puits,Des vieilles pompes avec leurs seaux et leurs poulies.J’aimais la chute noire des parois, le ciel captif, les odeursD’herbes aquatiques, de moisi et de mousse humide. Il y en avait un, dans une briqueterie, au couvercleDe bois pourri. Quel délice, le claquement riche du seauQuand il tombait droit au bout de la corde !Si profond qu’on n’y voyait point de reflet. … Continuer de lire Seamus Heaney – Hélicon personnel

J’apprivoise les cailloux – ( RC )


A force de marcher sur l’eau,j’apprivoise les cailloux,qui se font plus légersdans l’éclat des refletset de l’eau pure :maintenant elle a baissé,je peux traverser la rivièreen équilibre sur le gué.Ce galet plat,je l’ai conservé :c’est une semelle qui me vaadaptée à ma pointure,je n’aurai plus qu’à y adapterdes sangles de cuir :m’en faire une chaussure neuvenaviguer sur le fleuve,que la rivière ira grossir.Pour faire la … Continuer de lire J’apprivoise les cailloux – ( RC )

Edith Södergran – l’appel du feu


L’éclair éclair qui te caches dans un nuage,éclair bleu que je vois,Quand jailliras-tu ?Eclair, ô toi, béni,Chargé de foudre, fécondant, purifiant,Je t’attends, exténuée. Mon corps gît comme une loquePour pouvoir une fois, saisi par des mains électriques,plus ferme que tous les minerais de la terre,envoyer l’éclair. Continuer de lire Edith Södergran – l’appel du feu

La chance de l’avoir rencontré – ( RC )


On ne dérange pasl’éclosion des fleurs. Elles éclatent en silenceet se jouent des vieux boisgémissant sous le vent. On ne dérange pasles lèvres du jour Tu sais que la couleurjoue avec l’éphémère,lutte contre le vent. Tu ne couperas les les fleursdans leur élan Elles ont moins de temps à vivre,mais se répandent par milliersà travers les champs. On ne dérange pasle printemps qui triomphe de … Continuer de lire La chance de l’avoir rencontré – ( RC )

Miguel Angel Asturias – marimba chez les indiens


La marimba pond ses œufs dans les astres… Oh la la, quel caquetpour un œuf que tu ponds ! Eh, venez donc le pondre !La marimba pond des œufs dans les astres…Le soleil est son coq, il la coche, il la saigne.La marimba pond des œufs dans les astres. Oh la la, quel caquetpour un œuf que tu ponds ! Eh, venez donc le pondre … Continuer de lire Miguel Angel Asturias – marimba chez les indiens