Marée basse – (Susanne Derève) –


  Marche loin sur la plage C’est marée basse   La plage appartient à celui qui éprouve sous son pas le sable vierge    raviné de mille ruisseaux de sel                                                                  La lumière à qui boira les blondes fenaisons du ciel le grand soleil d’hiver chassant les brumes de Janvier   et demande à la vie : Qu’es-tu ? Aile furtive, morsure du vent volage sur ma peau … Continuer de lire Marée basse – (Susanne Derève) –

Nizzar Qabbani – tout livre traitant des prophètes


13 J’essaie -depuis mon enfance- de lire tout livre traitant des prophètes des Arabes,Des sages des Arabes… des poètes des Arabes…Mais je ne vois que des poèmes léchant les bottes du Khalifepour une poignée de riz… et cinquante dirhams…Quelle horreur!!Et je ne vois que des tribus qui ne font pas la différence entre la chair des femmes…Et les dattes mûres…Quelle horreur!! Je ne vois que … Continuer de lire Nizzar Qabbani – tout livre traitant des prophètes

Mokhtar El Amraoui – J’écris avec le râle de ma valise


J’écris avec le râle de ma valiseRemplie d’algues et de corail.J’écris avec l’encre de mon ombre,Affiche de mes nuits.J’écris une langue comèteAux rides assoiffées.J’écris les nymphesCaressant mes pieds d’étranger,La spirale verteDe ma titubante amnésie.J’écris avec les baves de l’éclair,Cette déchirure du texte sans étoiles,L’envol mousseux du triangle,Le rat aux griffes de chatQui interroge les égouts,Ruisseaux coulant des masquesDe nos morts inavouées,Peaux froides de cadavres froissésComme … Continuer de lire Mokhtar El Amraoui – J’écris avec le râle de ma valise

Vole la poussière des sentiers – (Susanne Derève)


    Vole la poussière des sentiers,  la mer est au bout du voyage battant et rebattant les cartes du temps, offerte aux pluies d’été au crépitement de l’averse, à son frileux masque de brume.    Dans la soudaine échappée de lumière, l’ombre s’altère,  le fil des pierres heurte le pas, et  le pas cherche en vain l’empreinte  d’autrefois …            … Continuer de lire Vole la poussière des sentiers – (Susanne Derève)

Herta Müller – tous les chats sautent à leur façon


J’ai toujours cherché, en tout, la juste mesure. Je me disais que si je mangeais mon poids de trèfle, le trèfle allait m’aimer – sans savoir si c’était une bonne chose ou non. Ou encore, je me voyais manger tout un carré de plantain lancéolé, de la taille d’un lit, histoire d’y faire un petit somme quand les vaches se coucheraient paresseusement sur l’herbe. Je … Continuer de lire Herta Müller – tous les chats sautent à leur façon

Alain Leprest – J’ai peur


J’ai peur des rues des quais du sangDes croix de l’eau du feu des becsD’un printemps fragile et cassantComme les pattes d’un insecte J’ai peur de vous de moi j’ai peurDes yeux terribles des enfantsDu ciel des fleurs du jour de l’heureD’aimer de vieillir et du vent J’ai peur de l’aile des oiseauxDu noir des silences et des crisJ’ai peur des chiens j’ai peur des … Continuer de lire Alain Leprest – J’ai peur

Méduse et boîte de conserve – ( RC )


Frasques flasquesen reflets sur galets –matière confuse d’une médusemauvais rêve à flanc de grève… hydre molle dans l’attente de marée montante; faut-il qu’on l’apprivoise ? Qui ferait collectionde bulles , de tentacules vers de vase ou vieux poissonsépinglés comme papillons ? Je reste sur la réserve des images oniriques .( mon quant-à soiprivilégie la matière opaque ) ,– oublier le ressac– ouvrir une boîte de … Continuer de lire Méduse et boîte de conserve – ( RC )

Vue mer – (Susanne Derève)


  Vois-tu , la digue au loin, le bras amoureux des terres      enlaçant  le rivage, et sur le blanc corsage des vagues,   la loupe étincelante  du soleil quand cède                                 le brouillard , son scintillement  de perle noire .   Le port baigne encore dans la brume,                                  … Continuer de lire Vue mer – (Susanne Derève)

Jean-Claude Pirotte – retour du vent


ce que nous enseigne le ventvers les parages de la merc’est le secret du mouvementdes ombres c’est le passage d’un automne liquide et sombreet si lumineux cependantun automne trop émouvantnous ne savons guère qu’attendre son retour et qu’il nous enchanteencore aux fenêtres des chambresoù nous guettons des signes vaguesparmi les grands arbres qui tremblentet le miroitement des vagues Continuer de lire Jean-Claude Pirotte – retour du vent

Un conseil de Jean-Sébastien – ( RC )


« Vous n’avez qu’à frapper la note qu’il faut au moment où il faut », il suffit de suivre le conseil de Jean-Sébastien,qui, en matière de musique te dira toujours Tu peux improviser comme ça vientsans te tromper de tempo,au clavecin et viole d’amour un petit air de danseune allemande, une couranteune gigue ou un menuetsur une mélodie de base. Tiens compte des silences,évolue sur une valse … Continuer de lire Un conseil de Jean-Sébastien – ( RC )

La belle lumière – (Susanne Derève)


  A la fenêtre ce matin  un brouillard à couper au couteau – le jour entre parenthèses –   Hier pourtant voguait ma barque aventureuse puisant un avant-gout de printemps sur l’eau et l’eau chantait en courtes vagues sonores dans l’échappée de soleil comme un visage affranchi  du masque                                                               dévoile gaiement son sourire        Le dos rond des galets le sable léger du sentier … Continuer de lire La belle lumière – (Susanne Derève)

Candice Nguyen – la nourriture des méduses


Ces mots prisonniers des rochers et l’eau qui bat entre, inlassablement.C’est une lumière noire qui décline sur la peau de visages rougis par le froid et les sourires piqués par les sels sont laissés là en feu sur la route des marées. Ils flotteront dans le bleu de l’obscurité toute la nuit et disparaîtront dès les premières agitations au matin. C’est la Baltique, en octobre, une … Continuer de lire Candice Nguyen – la nourriture des méduses

Repeindre Saint-Sébastien – ( RC )


Une surface, mais une profondeur,comme celle de l’eau, différente et pourtant semblable ,dissimulée sous les reflets. Est-ce l’enveloppe,la fragilité de la peauqui nous maintientde chair ? Cible des flèchesmon corps sera mon âmeque rien ne distingue,cachée sous son manteau clair. J’effacerai les cicatriceset la peau, comme l’eause refermera sur elle-mêmesans laisser de traces. Les flèches tomberont toutes seules : je repeindrai les blessures avec un … Continuer de lire Repeindre Saint-Sébastien – ( RC )

Anna Jouy – Notre premier lit sera une nuit de pluie


Notre premier lit sera une nuit de pluie. Ta main et la mienne larmes semblables. Je goûterai ce que font les rivières aux corps de sable. Je profiterai des vertus de l’eau pour envahir ton monde, là où la main ignore, là où le nez, la langue et les cheveux ne savent rien. Je t’engloutirai, du secret de ton sexe à la tempe sourde. Il … Continuer de lire Anna Jouy – Notre premier lit sera une nuit de pluie

Lionel Mazari – Printemps captif


J’attends que la nuit soit parfaiteet que les étoiles aient filéet que la pleine lune arrêtede faire sa tête brûlée. Assis sur un banc dans le noir,je regarde la vie qui n’estpas faite pour les grands espoirspas plus que pour les destinées sublimes mais qui se confineen ombres calmes aux fenêtres,anciens fantômes des vitrinesd’un bistrot où nul ne pénètre. Le couvre-feu dès l’heure-du-thé,m’ayant traversé tel … Continuer de lire Lionel Mazari – Printemps captif

Georges Castera – Extraits –


  ( L‘encre est ma demeure – Acte Sud ) Certitude      Ce n’est pas avec de l’encreque je t’écrisc’est avec ma voix de tambourassiégé par des chutes de pierres Je n’appartiens pas au temps des grammairiensmais à celui de l’éloquenceétoufféeAime-moi comme une maison qui brûle Dédicace de la page du milieu femme démesurément femmedans la cassure du présentles jours de solitude inhabitables’il t’arrive … Continuer de lire Georges Castera – Extraits –

Pour desserrer l’étreinte du gel – ( RC )


Le soleil est allé voir ailleurs,et passe davantage de tempsde l’autre côté de l’hémisphère. Aujourd’hui sont arrivés les jours de glace,           suspendus aux branchescomme des minutes allongéesà leurs bras griffant l’air. Les corbeaux en profitentpour déplacer une part de ciel              en confisquant du blanc.La lumière a changé de camp. Elle vient du sol,      … Continuer de lire Pour desserrer l’étreinte du gel – ( RC )

Walt Whitman – Fière musique de la tempête


Ah d’un petit enfant, Tu sais comment pour moi tous les sons sont devenus de la musique, La voix de ma mère dans une berceuse ou un hymne,(La voix, O voix tendres, voix aimantes de mémoire, Dernier miracle de tous, O voix la plus chère de ma mère, sœur, voix;) La pluie, le maïs en croissance, la brise parmi le maïs à longues feuilles, Le … Continuer de lire Walt Whitman – Fière musique de la tempête

Courbes – (Susanne Derève) –


    Le mot aussi rond qu’une bouche naquit pour dire l’amour, et le premier son fut amour, rondeur de la lèvre charnue, œil limpide, prunelle palpitante où chutaient tour à tour la lune pleine,  le globe incandescent du jour Fille, fils , enfantement   et l’œuf diaphane  de l’oiseau                                          sur l’arête du monde  où le tenait ma main ,                                   ombrageuse prunelle, qui … Continuer de lire Courbes – (Susanne Derève) –

Nelly Sachs – Tant de graines aux racines de lumière


Tant de graines aux racines de lumièrequi arrachent aux tombes leur secretet le confient au ventpour parsemer d’énigmes en langues de feu les cheveluresdes prophètes,et apparaissent dans le bûcher blanc du mouriravec tous les aveuglements de la véritéquand le corps près de là reposeavec l’ultime souffle dans les airset ce bruit de chaînes dans le retouret l’enfermement de fer dans la solitudeet tous ces yeux … Continuer de lire Nelly Sachs – Tant de graines aux racines de lumière

Gourmandise de Vermeer – ( RC )


peinture: Joseph Lee On ne saura jamais combiende secondes ont suffipour que se commette ce délit :Aurait-on oubliéd’attacher le chienou serait-il amateur d’art ??( à défaut de visiter un musée ),lui, qui par hasards’est intéresséà la crème glacéede la pâtisserieà plusieurs reprisesavant qu’on ne le chasse. Il a laissé des tracesde sa gourmandiseen mangeant les fruits confits : repas extraordinaire,promener sa langue sur un Vermeer, … Continuer de lire Gourmandise de Vermeer – ( RC )

Linda Maria Baros – La maison en lames de rasoir (extrait) –


  Si le linteau de la porte te tranche la tête,c’est mauvais signe Je suis née dans la gamelle de la neuvième décennie,au temps où la maison n’était qu’un mur.Je viens vers vous du pays des aveugles.Il y a longtemps, mon œil gauche a coulésur les boutons de ma chemise.Ça fait sept ans que je marche, mon œil droitdans ma paume droite.Chez nous, les borgnes … Continuer de lire Linda Maria Baros – La maison en lames de rasoir (extrait) –

Nadine Lefébure – Partances -…


Portée par l’enthousiasme des terres exaltées jusqu’au crépitement, elle arriva pieds nus mains libres dans un pays qui s’adonnait à la lumière — La chaleur poussait l’air à se déployer en dansant au large de la route qui dénudait ses tournants chauds sous la peau dure des pieds tenant la matière voluptueuse comme un planeur — Obstinément les pas la mènent à la mer attendue … Continuer de lire Nadine Lefébure – Partances -…

Le premier train – (Susanne Derève ) –


Le premier train part à cinq heures. La nuit tapine encore que déjà monte la clameur des rails, ébranlant de ses wagons sonores  l’année nouvelle.      Voyageur solitaire, tu guettes la naissance de l’aube et tu regardes défiler la mer , les derniers bateaux à l’ancre , le port désert ,  le ruban incertain de la plage ,   puis tu t’enfonces,  bercé par … Continuer de lire Le premier train – (Susanne Derève ) –

Romane Della Gaspera – l’arbre


L’arbreIl reste tant à faire encore pour devenir humainTrouver en soi le tronc, la racine et la brancheJusqu’à la souche la plus enfouie et la racine la plus épouse du cielComment rendre l’écorce souple, la salive amoureuseComment être canal de toutes les sèves du mondeCelles qui montent aux lèvres et celles qu’on vomitCelles qui brûlent au ventre et toutes celles qui saignentTant de vents vont … Continuer de lire Romane Della Gaspera – l’arbre

Nâzim Hikmet -Un étrange sentiment-


  «Le prunier de Damas est en fleurs,   – C’est l’abricotier qui fleurit le premier – le prunier de Damas le dernier –   Mon amour, sur le gazon agenouillons-nous face à face. L’air est clair et savoureux – mais il ne fait pas encore très chaud – l’écorce de l’amande                 verte et couverte de duvet                                n’a pas encore durci… Nous sommes … Continuer de lire Nâzim Hikmet -Un étrange sentiment-

Une marguerite plantée dans la bouche – ( RC )


Pour faire ton portrait,j’ai commencé par les membres.Je les ai assemblés,placés sous une couverture grise. Je suis allé voler une fleurdans le jardin d’à-côté :une grosse margueritedépouillée de ses frissons,que j’effleure,avant que je ne la plantedans la bouche d’une tête à part,que je n’ai pas encore peinte. J’imagine alors des yeux fermés,mais qui me regardentà travers les paupières.Tu me fixeras sans relâche,perpétuellement immobile,accroché au murdans … Continuer de lire Une marguerite plantée dans la bouche – ( RC )

Hala Mohammad – Ce crépuscule jaune


J’ai posé le plus beau marbre au seuil de la maisonUn marbre vieilli et jauneJ’ai posé un nouveau verrou en bas de la porteUn verrou de cuivre jauneJ’ai fermé la maison sur tout ce qu’elle renfermeDans ce crépuscule jauneSous l’œil du soleil couchantJ’ai fermé la porte sur la poussière jaune rassembléepour me faire ses adieuxEt je me suis retirée de ma vieLorsque je vois de loinLe salon, … Continuer de lire Hala Mohammad – Ce crépuscule jaune

Souvenir d’école – ( Susanne Derève) –


Une fleur de papier  qu’on fixait à la toile ou l’aile d’un moineau  le froissement du crépon sur la peau la soie délicatement abandonnée au point de colle  …  un  souvenir d’école Et  dans la cage de l’oiseau l’éblouissement du vol vertige funambule  l’éclipse des pinceaux  un frémissement d’ailes le vert brillant des plumes l’ocelle noire de deux  yeux affolés et sous le fin duvet … Continuer de lire Souvenir d’école – ( Susanne Derève) –

Mary Oliver – Regarde , les arbres –


Regarde, les arbres sont en train de tourner leurs propres corps en piliers de lumière, sont en train d’exhaler la riche fragrance de la cannelle et de l’accomplissement, les longs cierges des massettes sont en train d’éclater et de flotter là-bas sur les épaules bleues des étangs, et chaque étang, peu importe ce que son nom est, est sans nom maintenant. Chaque année tout ce … Continuer de lire Mary Oliver – Regarde , les arbres –

Sous les étoiles liquides – ( RC )


variation sur « Ondine » de Gaspard de la Nuit de Aloysius Bertrand En ton palais fluide, ta robe de moire s’orne d’ocelles:que forment , au fond du lac ,les ombres frêles des poissons. Le chemin qui mène à ta demeureserpente au gré des courants : c’est un sentier changeant , bien oublieuxd’une terre qui se meurt. De mornes rayons de lunecaressent en nuances de bleule balcon … Continuer de lire Sous les étoiles liquides – ( RC )